Mots-clefs ‘milieu ouvrier’

Lip : des héros ordinaires de Galandon & Vidal

02.04
2014
cop. Dargaud

cop. Dargaud

1973. Le Parrain remporte des oscars. La guerre du Vietnam s’achève, celle du pétrole commence. Le Général Pinochet fait son putsch. Un C.E.S. Pailleron brûle, et avec lui 21 enfants. Pablo Picasso et Pablo Neruda meurent aussi. Ainsi que 300 Indiens lors du carnage de Wounded Knee. L’auteure de ce blog nait. Et une affaire captive toute la France, celle de Lip, où à Besançon, pour la première fois, des ouvriers décident de leur sort, s’opposent aux licenciements et occupent leur usine. Ils s’organisent, gèrent eux-mêmes l’entreprise

« On fabrique, on vend, on se paie ! »

et décident de prendre en otage le fruit de leur travail : 25 000 montres. Parmi ces hommes et surtout ces femmes, Solange, une ouvrière, mère de famille remariée, d’abord soumise à son époux réactionnaire, va couvrir l’événement par les clichés de l’appareil photographique que lui a prêté un journaliste.

Préfacé par Jean-Luc Mélenchon, ce roman graphique de 161 planches en noir et blanc se devait d’exister : il permet de faire découvrir aux plus jeunes cette lutte sans précédent de David contre Goliath, de ces ouvriers contre le capitalisme prompt aux licenciements. Pour couvrir ce bras de fer, Laurent Galandon a choisi comme protagoniste une ouvrière, Solange, que cette grande aventure humaine va émanciper : à l’instar de ces employés avec leur usine, Solange va elle aussi devenir autonome, s’affirmer individuellement et prendre en mains son destin. Cette trajectoire fictive permet au scénariste d’embrasser l’incroyable remise en cause collective des rouages du travail et de valoriser l’aspect documentaire du sujet.

Une BD indispensable.

En fin d’ouvrage, un cahier supplémentaire inédit ainsi qu’un mot de Claude Neuschwander, PDG de Lip de janvier 74 à février 76.

Les mauvaises gens par Etienne Davodeau

13.01
2006

Une histoire de militants

Grand Prix de la critique – Prix France Info 2006 – Prix du public Angoulême 2006 – Prix du scénario Angoulême 2006.

Détrompez-vous : ce scénario n’évoque pas de mauvaises gens, mais les souvenirs d’un couple de militants syndicaux. Alors pourquoi ce titre ? Parce qu’il retrace leur vie dans les « Mauges », dans le Maine-et-Loire, pays rural fermé, catholique et ouvrier, nom dont serait à l’origine la contraction de l’expression « mauvaises gens ».

 

A Botz-en-Mauges, dans les années 50, Maurice et Marie-Jo, les parents du narrateur, ont dû commencer à travailler très jeunes à l’usine. L’une colle puis peint des semelles, l’autre travaille comme mécanicien – ajusteur avant de devenir formateur. La seule personne qui leur ouvre les yeux alors, c’est l’aumônier de la J.O.C. (Jeunesse Ouvrière Chrétienne). Marie-Jo découvre la mer, Maurice le basket, la vie après le travail pour s’épanouir… et se rencontrer. Peu à peu, tous deux s’engagent syndicalement et politiquement…

 

Difficile de ne pas songer à L’Etabli que j’ai lu cette année. Ici aussi le narrateur cherche à témoigner de la ségrégation sociale dès l’enfance quand on est issu d’un milieu ouvrier, des conditions de travail déplorables à la chaîne, d’un destin de 183 planches en noir et blanc jalonné de combats. Un vibrant hommage au courage du prolétariat.