Mots-clefs ‘Littérature russe’

Le portrait *** de Nicolas Gogol

14.09
2005

Traduit du russe par Elsa Triolet

Jeune peintre se consacrant tout entier à son art, vivant en ascèse, Tchartkov voit sa vie bouleversée lorsqu’il trouve dans le portrait angoissant qu’il vient d’acheter de quoi vivre dans le luxe pendant des années. Il ne rêve soudain plus que de gloire et de notoriété auprès de l’aristocratie… Dans une vente aux enchères, l’extraordinaire vivacité des yeux d’un portrait excite la foule jusqu’à ce que la curiosité de cette dernière ne soit piquée par le récit qu’un jeune inconnu leur conte sur son histoire…

Un même sujet, le portrait, est traité de manière différente par deux nouvelles de Gogol aux limites du fantastique. Le sujet de la première se révélera bien plus intéressant que celui de la seconde, qui semble en constituer plus ou moins l’explication mystique, mais qui a peut-être inspiré quelque cinquante années plus tard Oscar Wilde pour son Portrait de Dorian Gray. Toujours est-il que le premier sujet traite de la condition d’artiste, et par-delà des conditions d’émergence de son génie : devient-on un peintre de génie en menant une vie de moine ? Est-on condamné au contraire à la médiocrité au regard de ses pairs si l’on cède aux sirènes de la gloire et des mondanités ? C’est ce questionnement que jugea intéressant Elsa Triolet, à tel point qu’elle proposa sa propre traduction de ces nouvelles, aussi fidèle que possible à la prose du célèbre écrivain russe.

A LIRE !!!

Lire aussi l’article de L’Humanité.



GOGOL, Nicolas.- Le portrait / trad. du russe par Elsa Triolet, postface de Marie-Thérèse Eychart. – Rambouillet : Société des Amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, 2007. – 125 p.. – ISBN : 978-2-84109-690-9 : 9,50 €.

Société des Amis de Louis Aragon et Elsa Triolet
42, rue du Stade

78120 Rambouillet

Voir le commentaire sur les anciens Carnets de Sel

Un premier amour et autres histoires ** de Maxime Gorki

10.09
2005

Ce recueil de 7 nouvelles révèle Maxime Gorki sous un autre jour, non pas seulement l’écrivain engagé, mais surtout l’homme sensible. Dans La Mère, il manifestait ainsi son attachement aux femmes, montrait qu’il en observait le sort et en admirait le courage et l’abnégation. Il est ici moins question de luttes de classes que de la figure féminine elle-même et de son pouvoir de séduction. Aussi chacune de ses histoires brosse-t-elle le portrait psychologique de diverses femmes, couvant le narrateur de leurs yeux souvent bleus, tantôt épouse coquette, tantôt femme-objet asservissant l’homme, tantôt soeurette attendrie partageant la même misère, tantôt énième Emma Bovary.


La lecture de ces nouvelles est un ravissement. Les mots coulent, se fondent, épousent la pensée, et suffisent à eux seuls. Chacune d’entre elles instruit le lecteur sur la nature des relations entre hommes et femmes, les décrivant avec une remarquable sensibilité, sans jamais s’en moquer ou les mépriser. Il y a aussi cette dernière histoire qui détonne, d’esthétique fantastique, où la genèse d’un personnage se met en scène, tourmenté par l’envie de trouver sa dame. Un recueil singulier, dont les intrigues peu épaisses, sur le mode de l’intimité, sont habillées d’un beau matériau stylistique.

GORKI, Maxime. - Un premier amour et autres histoires / préface de François Eychart. – Le Temps des Cerises, 15 mai 2007. – 261 p.. – (Romans des Libertés). – ISBN : 2-8410-9628-9 : 17 €