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Phoolan Devi, reine des bandits

12.02
2020

 

cop. Casterman

cop. Casterman

Née en 1963 dans l’une des plus basses castes de l’Inde, dès son plus jeune âge, Phoolan connait l’injustice, celle de sa condition sociale, celle d’être regardée comme un objet sexuel, celle de sa famille où son oncle, Mayadin, a spolié son père de son héritage. Quelques années après avoir coupé l’arbre devant lui procurer sa dot, agacé par l’insolence de Phoolan, âgée seulement de onze ans, celui-ci présente à son père un ami à lui pour l’épouser. Cet homme beaucoup plus âgé la viole, la séquestre et la roue de coups, si bien qu’elle finit par s’enfuir. Mais la guerre ne fait que commencer. De retour dans son village, Phoolan va vivre un enfer…

Quelle terrible biographie retraçant une vie qui n’a été qu’humiliations, viols, vengeances et révoltes ! Incarnée par un dessin à mi-chemin entre le réalisme et l’abstrait, cette histoire forte fait naitre chez son lecteur un sentiment d’injustice, qui se double d’une admiration pour son courage et sa capacité à prendre son destin en main.

FAUVEL, Claire
Phoolan Devi, reine des bandits
Casterman, 2018

218 p. : ill. en coul.

EAN13 9782203112117 : 22 €

 

Sous l’oeil de Krishna *de Sunny Singh (2008)

04.03
2008

Titre original :  With Krishna’s eyes (Inde, 2006)


« Comment expliquer que l’on puisse tomber amoureux d’un lieu ? Même pour une personne, l’amour perd tout son sens quand on essaie de le mettre en mots. Et l’amour pour une ville, pour un lieu est plus délicat, plus difficile à exprimer, impossible à expliquer. La première fois que j’ai vu la ville, c’était du côté ouest, sur une portion de l’autoroute parallèle à l’Hudson. Elle surgissait de l’eau, son reflet argenté brillait à la lumière du soleil. Telles les facettes de diamants, ses innombrables fenêtres attrapaient la lumière du soleil et luisaient du feu intérieur si indispensable à une gemme parfaite. Le fleuve luisait paisiblement tout autour, comme une grande douve gardant une précieuse forteresse. A l’une des extrémités, bijoux suprêmes, deux grandes tours s’élevaient dans le ciel. Comme un pays dans quelque histoire de magie, de dragons, de grands guerriers. Comme la couronne destinée au plus grand de tous les guerriers, au plus grand de tous les rois mythiques. » (p. 50)

Vous aurez sûrement deviné : c’est de New-York dont est tombée amoureuse Krishna, qui y est partie étudier le cinéma. Mais ici on méprise Bollywood, et ses professeurs n’ont que le cinéma réaliste à la bouche. Et puis survient le 11 septembre, et Krishna déchante rapidement : elle est plus que jamais une étrangère à la peau brune donc suspecte, que rejettent à présent les habitants traumatisés de cette ville amputée, à l’instar de son amant peu de temps auparavant, pourtant d’origine hindou, Natchek. De retour en Inde, elle découvre le présent que lui a laissé Dadiji, sa grand-mère chérie, qui est décédée pendant son séjour aux Etats-Unis : une caméra, et sa dernière volonté, celle de filmer une avocate, Damajanti, qui se prépare, à la mort de son mari atteint par le cancer, à se faire « sati », c’est-à-dire à s’immoler par le feu…

Voici un roman d’apprentissage singulier, où l’héroïne, attirée par les feux de l’Occident, va s’y consumer avant de rentrer retrouver les traditions et les principes ancestraux de l’Inde, qui peuvent sembler incompréhensibles et archaïques de l’extérieur, et de prendre la suite de la dynastie guerrière de sa famille. Difficile ainsi de comprendre les motivations de cette avocate moderne et indépendante à se faire « sati », ce que la justice lui interdit d’ailleurs : ce n’est pas par amour, dit-elle, alors par tradition ? Par honneur ? Ou parce qu’elle ne trouve tout simplement plus de raisons de continuer à vivre ? Le message de l’auteur est clair : malgré la mondialisation, l’uniformisation galopante des cultures, la généralisation des voyages à l’étranger, il subsiste en chaque pays une identité irréductible tissée de croyances, de coutumes et de relations sociales, ce qui en fait la richesse de l’humanité.
Nonobstant, il me semble que certaines d’entre elles, à l’aune d’un regard extérieur, doivent impérativement être remises en question, dès lors qu’elles enferment hommes et femmes dans un carcan ou dans un destin liberticides.

SINGH, Sunny. – Sous l’oeil de Krishna / trad. de l’anglais (Inde) par Nathalie Bourgeau. – Picquier, 2008. – 365 p.. – ISBN 978-2-8097-0003-9 : 22 €.
Service de presse

Un homme meilleur ** à *** d’Anita Nair (2000)

10.12
2006

traduit de l’anglais (Inde) par Marielle Morin (2003)

A sa retraite, Mukundan retourne dans son village natal du Kerala, dans une maison familiale désertée par un père tyrannique parti vivre avec sa maîtresse juste en face. S’insurgeant mollement contre les fonctionnaires de l’électricité ou du téléphone, il est hanté par l’image de sa mère chutant dans les escaliers. Rongé par la culpabilité, il se tourne vers Bhasi, un ancien professeur de littérature reconverti en peintre en bâtiment, qui va le délivrer de fantômes de son passé. Bientôt il découvre l’amour avec une jeune femme de vingt-deux ans sa cadette. Amitié, amour, il semble tout avoir pour être heureux, mais une chose lui manque : la reconnaissance des notables du village comme étant l’un de leurs pairs…

Ce destin en dents de scie, au travers duquel le lecteur découvre les mœurs et rouages de l’Inde du Sud, est savoureusement servi par l’écriture subtile et délicate d’une romancière qui, déjà, avec Compartiment pour dames, avait attiré mon attention, et dont c’est en fait la véritable première œuvre. Elle écrit là un magnifique roman d’apprentissage, dont, chose singulière, le protagoniste n’est autre qu’un homme âgé et y soulève, avec tendresse, intelligence et ironie, les multiples problèmes d’identité, de déracinement, de sentiment d’appartenance à une communauté, et de rapports entre père et fils, auxquels à tout âge un être humain peut être confronté. Par-delà le cas précis de l’Inde, c’est donc tout l’humanité, avec ses conflits intérieurs exacerbés par la pression sociale, qu’elle embrasse du regard.

Un homme meilleur. – éditions Philippe Picquier, 2006. – 478 p.. – (Picquier poche ; 275). – ISBN : 2-87730-870-7 : 10 €.
Service de presse
Autres romans d’Anita Nair chroniqués ici : Compartiment pour dames ** (2004) et Le chat karmique * (2005).

Les mille visages de la nuit * de Githa Hariharan (2006)

25.03
2006

traduit de l’anglais (Inde) par Marie-José Minassian
Prix du Premier Roman du Commonwealth en 1993

De retour en Inde du Sud après avoir poursuivi ses études en Amérique, Devi laisse sa mère organiser son mariage arrangé avec un homme qui l’indiffère. Elle l’accompagne dans sa vaste demeure vide, habitée de son beau-père et d’une vieille servante. Très vite, elle s’y ennuie, se remémore les mythes que lui contait sa grand-mère, et, à la grande déception de sa mère, ne sent pas l’étoffe d’une maîtresse de maison, ni d’une épouse aimante, encore moins celle d’une mère, son ventre restant obstinément stérile…

La réalité de la condition des femmes indiennes se drape ici des légendes de déesses qui symbolisent leur destinée. Un beau roman poétique dont on sort comme d’une rêverie lointaine, dont les échos viennent mourir jusqu’à nos propres incertitudes.

HARIHARAN, Githa. - Les mille visages de la nuit. / traduit de l’anglais (Inde) par Marie-José Minassian. – Arles : Picquier, 2006. – 253 p.. – (Picquier poche ; 265).. – ISBN : 2-87730-834-0 : 8€.
Service de presse

Compartiment pour dames ** d’Anita Nair (2004)

24.09
2005

Akhila a besoin de prendre l’air, de respirer, de partir, seule, enfin. Elle prend une place dans le compartiment pour dames d’un train à destination de l’extrémité sud de l’Inde. Dans ce lieu clos, où chacune sait qu’elles ne se reverront certainement jamais, Akhila incite ses compagnes de voyage à l’éclairer sur leur engagement, sur leurs choix de vie : chacune lui raconte alors spontanément ses joies et ses peines, son parcours de femme mariée ou de femme célibataire, dans une Inde peu permissive…

Des femmes se confient, autant à Akhila qu’aux lectrices, témoignant de leurs abnégations et frustrations. Une femme a-t-elle besoin d’un homme pour vivre pleinement sa vie ? Est-elle prête à affronter les regards de sa famille, de son quartier, des passants ? Dans ce roman où s’entremêlent différentes voix et destins, Anita Nair se fait le porte-parole de toutes les Indiennes, et dénonce la condition de la femme en Inde au sein du noyau familial comme dans le tissu social. Ce faisant, elle lève de nombreux tabous, poussant un cri assoiffé de la liberté à laquelle aspire son personnage principal.

NAIR, Anita. – Compartiment pour dames. – Picquier, 2004. – 449 p.. – (Piquier poche ; 235). – ISBN : 2-87730-747-6 : 9,50 €.
Service de presse