Mots-clefs ‘homosexualité’

Confessions de Régis Loisel & JL Tripp

29.12
2010

Au village québécois de Notre Dame des Lacs, dans les années 40, on célèbre un baptême. Les commérages vont bon train, et quelques habitantes dépêchent monsieur le curé auprès de Marie pour la convaincre de régulariser sa fréquentation avec Serge Brouillet, avec qui elle partage le même toit, en l’épousant rapidement. Marie se sent alors obligée de se confesser…

Un graphisme épousant à merveille l’atmosphère du terroir et la tendresse des personnages (trognon le trio formé par le chien, le chat et le canard !), des dialogues fleurant bon le Québec rural, un scénario à la fois grave et plein d’humour contribuent à faire de cette BD pleine de sensibilité un vrai coup de coeur.

Visualisez de superbes planches ici.

Confessions / sur un thème de Régis Loisel ; scénario et dialogues, Régis Loisel & Jean-Louis Tripp ; dessin, Régis Loisel & Jean-Louis Tripp ; adaptation des dialogues en québecois, Jimmy Beaulieu ; couleurs, François Lapierre. – Casterman, DL 2008. – 69 p. : ill. en noir et en coul., couv. ill. en coul. ; 32 cm. – (Magasin général ; 4). - ISBN 978-2-203-01691-0 (rel.) : 14 EUR. – EAN 9782203016910.
Emprunté à la médiathèque.

Le Bleu est une couleur chaude de Julie Maroh (2010)

20.09
2010

Clémentine s’étonne de se sentir aussi indifférente dans sa relation amoureuse avec Thomas. La nuit où ils s’apprêtent à faire l’amour, elle panique en découvrant qu’elle n’en a absolument pas envie, et rentre chez elle. C’est alors qu’elle rencontre un soir Emma, une jeune fille aux cheveux bleus, qui vit avec son amie…

Cette histoire d’amour, particulièrement émouvante, est servie par un beau coup de crayon, dans un dégradé de gris, indifférencié, d’où jaillit la couleur bleue, l’être aimé. Sans tabou, elle livre aussi bien au regard les pulsions les plus secrètes de l’héroïne que les scènes d’amour qui se concrétisent entre les deux jeunes femmes. Le côté un peu fleur bleue se justifie par le tout jeune âge des protagonistes. Sans jamais glisser vers la vulgarité ou la virulence, Julie Maroh signe là un petit bijou de sensibilité sur le thème du désir amoureux.

L’auteur a son propre site.

Le film qui a adapté cette histoire, rebaptisé La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche,

vient de recevoir la Palme d’or au Festival de Cannes 2013 !

 
Glénat, 2010. – 160 p. : ill. en coul.. – (Hors Collection). – ISBN 978-2-723467834 : 14,99 euros.

Une éducation libertine de Jean-Baptiste del Amo

02.09
2008
RENTRÉE LITTÉRAIRE 2008
SÉLECTION GONCOURT
Prix Laurent-Bonelli
«C’est un homme sans vertu, sans conscience. Un libertin, un impie. Il se moque de tout, n’a que faire des conventions, rit de la morale. Ses mœurs sont, dit-on, tout à fait inconvenantes, ses habitudes frivoles, ses inclinations pour les plaisirs n’ont pas de limites. Il convoite les deux sexes. On ne compte plus les mariages détruits par sa faute, pour le simple jeu de la séduction, l’excitation de la victoire. Il est impudique et grivois, vagabond et paillard. Sa réputation le précède. Les mères mettent en garde leurs filles, de peur qu’il ne les dévoie. Il est arrivé, on le soupçonne, que des dames se tuent pour lui. Après les avoir menées aux extases de l’amour, il les méprise soudain car seule la volupté l’attise. On chuchote qu’il aurait perverti des religieuses et précipité bien d’autres dames dans les ordres. Il détournerait les hommes de leurs épouses, même ceux qui jurent de n’être pas sensibles à ces plaisirs-là. Oh, je vous le dis, il faut s’en méfier comme du vice.» (p. 112-113).


C’est de cet homme, Étienne, que tombe amoureux Gaspard, modeste employé d’un perruquier en ce 18e siècle, dormant dans une cave avec les rats, après avoir laissé derrière lui Quimper pour la capitale, puis les bas-fonds de la Seine et Lucas qui l’avait pris sous sa protection, pour la Rive Gauche. Devenir lui, telle est son ambition. Et c’est après avoir connu les bordels de Paris qu’il aura un sursaut et s’introduira coûte que coûte de nouveau dans les salons mondains…

 

« Je n’ai jamais rien désiré. Je n’ai jamais eu le temps de désirer. Chacune de mes attentes est comblée avant même que je ne l’éprouve. Tu souhaitais connaître la noblesse ? La voici. La noblesse, c’est l’ennui et tant de fantômes naissent de l’ennui. Des envies, il faut m’en créer pour me sentir vivant. Mais sitôt consommées, elles m’ennuient à nouveau. De tout temps, c’est l’ennui qui me ronge, un profond, un sempiternel ennui me dévore comme une gangrène. Et déjà je m’ennuie de toi. » (p. 207)
 

Dans ce roman on passe facilement de la fange dans laquelle pourrissent peu à peu les gens du peuple au cercle plus convoité des nobles et parvenus, sans que le sort d’aucun d’entre eux ne soit plus enviable. De peur de l’abîmer précocement dans les eaux de la Seine, le protagoniste du récit n’hésite pourtant pas à vendre son corps pour sortir de sa condition, et c’est de cet apprentissage, de cette abnégation de son propre corps, de cette éducation libertine dont il s’agit ici. Une violation, une souillure de ce corps dont hélas il ne se rétablira pas, le violentant, le meurtrissant, l’abîmant pour tenter d’en extraire tous les sacrifices auxquels il a consenti pour survivre puis pour accéder au gratin mondain, pour obtenir sa place parmi les nobles.
C’est un roman bien troublant que voilà, un premier roman d’un auteur de 26 ans seulement, le seul dans la sélection qui aurait pu suffire à réhabiliter le prix Goncourt qui, s’il suivait à la lettre le testament des deux frères, récompenserait la première œuvre d’un jeune auteur prometteur.

Du Parfum de Patrick Süskind, il en a l’odeur, les odeurs, celles nauséabondes du peuple comme les senteurs de la noblesse destinées à masquer leurs faiblesses, et celle des aisselles de ses multiples partenaires.

Un très bon roman (2 à 3 étoiles), époustouflant par sa maîtrise du verbe, de la progression, de l’analyse des sentiments et surtout des sensations, un jeune auteur à suivre, mais qui, à coup sûr, n’aura pas le prix Goncourt des lycéens, son sujet en ayant choqué plus d’un.

 

Beaucoup aimé, vraiment

Ici le blog de Jean-Baptiste Del Amo.

DEL AMO, Jean-Baptiste. – Une éducation libertine. – Gallimard, 2008. –  434 p.. – ISBN 978-2-07-011984-4 : 19 €.
Voir les 2 commentaires sur l’ancien blog

et Ce que la blogosphère en a pensé :

Aurore : « Véritable plongée dans un XVIIIe siècle plein de bruits et d’odeurs, ce premier roman de Jean-Baptiste Del Amo, sur la liste du Goncourt au premier coup d’essai, nous surprend par sa richesse et ses descriptions d’un Paris de luxure, de crasse et de violence. »

Flora : « Et même si sa lecture est plutôt aisée, j’avoue que j’ai eu du mal à finir ce texte plutôt dense mais ô combien riche, d’idées et d’odeurs. (…) Finalement, j’ai avancé dans ma lecture par curiosité de connaître le destin de Gaspard, d’abord ouvrier misérable, employé d’un perruquier à la faveur du hasard, prostitué et finalement… »

Isil : « Une éducation libertine est un roman que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire donc, qui pourtant me laissera une impression, forte certes, mais assez imprécise, impression plus due à l’ambiance qu’à l’intrigue au final peu développée. Del Amo est pourtant un jeune écrivain à suivre. »

In Cold Blog : « De l’ascension à la déchéance, le parcours de Gaspard, arriviste amoral pour le moins antipathique, est captivant de bout en bout. La galerie de personnages secondaires participe également à faire d’Une éducation libertine un premier roman remarquable, du généreux Lucas au médiocre Billod, en passant par Emma, prostituée au grand cœur, le pathétique baron de Raynaud ou la clairvoyante Adeline d’Annovres… sans oublier, Paris, personnage capital(e) à part entière. « 

Kalistina : « J’ai eu la sensation de lire avec ce roman ce qui pourrait bien être un classique de demain. Un chef d’œuvre à mon sens. »

Karine : « Je reconnais que la plume est soignée, originale et qu’elle m’aurait beaucoup plu si elle ne m’avait pas levé le cœur à toutes les 10 lignes. Un roman intéressant, dont j’ai apprécié la finale, tout particulièrement, mais auquel j’ai quand même trouvé quelques longueurs. Pour les lecteurs au cœur bien accroché. »

Lau : « J’ai aimé voyager dans les profondeurs de Paris et de l’âme. Roman très fort qui ne laisse pas indemne. Roman qui dérange mais qu’on ne peut qu’admirer. »

Laurent : « Il est vrai que le sujet n’est pas neuf, mais la griffe de l’auteur est bien là, avec son style et son monde. »

Liliba : « Un livre à lire, qui ne peut je crois laisser indifférent, et qui me semble être une très belle description de la vie de cette époque. »

Lou : « J’attendais peut-être un peu trop de ce roman mais Jean-Baptiste Del Amo est sans aucun doute un écrivain prometteur que je serais curieuse de relire un jour. Et, malgré mes réserves, Une éducation libertine est un bon roman, voire plus encore. »

Mazel : « Roman d’apprentissage, Une éducation libertine retrace l’ascension et la chute d’un homme asservi par la chair. »

Nanne : « Nul lecteur ne pourra s’empêcher de faire le rapprochement avec « Le ventre de Paris ». A la différence que les halles ne sont pas la toile de fond de ce roman intense, touffu, fouillé parfois jusqu’à l’overdose, mais plutôt les bordels de bas étage, la fange, la lie de la société du 18e siècle. »

Pascal : « Que dire de cet ouvrage, si ce n’est qu’au delà de toutes ces descriptions morbides et répugnantes, on ne peut plus lâcher ce roman tant le style y est éclatant et la narration captivante ? Une fois ouvert ce livre, impossible de se détacher de Gaspard et de ne pas suivre son parcours au sein de cette grouillante fourmilière parisienne dans le but de s’arracher à ce magma d’immondices qui l’étouffe. »

Pierre Maury : « L’éducation est ici celle, et uniquement celle, de l’argent et du pouvoir – pouvoir illusoire en un temps où le pays vacille sur ses bases. Les philosophes mettent en doute bien des certitudes. La Révolution n’est plus très loin. En attendant, Paris pouilleux danse une funèbre farandole, emporté dans un délire comparable au fleuve malsain qui infecte plus qu’il nettoie. »

Plaisirsacultiver : « Une éducation libertine est une extraordinaire fresque sur un jeune arriviste nauséabond dans un Paris proche de Sodome et Gomorrhe. »

Voyelle et Consonne : « Pour son premier roman, Jean-Baptiste Del Amo marche dans des sentiers balisés – le roman d’initiation dans un cadre historique – mais il parvient dès les premières pages à imposer une écriture sensuelle, très travaillée et néanmoins prenante. »

Yspaddaden : « En ignorant les tentations de l’autofiction auxquelles cèdent bien des premiers romans, Del Amo signe la victoire du romanesque le plus flamboyant sur le nombrilisme germanopratin. Et réjouissons-nous : il n’a que vingt-six ans ! »

Kyoko de Ryû Murakami

28.12
2005

cop. Picquier

Kyoko, c’est une jeune japonaise de 21 ans qui débarque à New York à la recherche de José qui, il y a 12 ans, lui a appris à danser puis est reparti en lui laissant cette adresse lointaine. Dès lors, elle n’aura de cesse de le retrouver, croisant sur son passage les parias de la société, noirs, immigrés et homosexuels, qui tomberont sous son charme lumineux. Quand elle le retrouvera au dernier stade du sida, elle décidera naturellement de réaliser son dernier rêve : parcourir des milliers de kilomètres vers le sud, dans une Amérique profonde intolérante, à bord d’un bus rouge, pour rejoindre une mère qui ignore et son homosexualité et son état.

Un très beau roman redonnant vie et espoir à tous ceux que le personnage rencontre, qui croient, comme nous lecteurs, la société à jamais gangrénée par l’individualisme et l’intolérance. Un personnage créé comme une bouffée d’oxygène, que d’aucuns pourraient qualifier de trop beau pour être réel.

Tristesse et beauté de Yasunari Kawabata

11.09
2005

Titre original : Utsukushisa to kanashimi to

Année de publication : 1965

Prix Nobel de Littérature en 1968.

Commencée en 1961 avec une publication en feuilleton, publiée en février 1965, ce sera la dernière œuvre de Kawabata publiée de son vivant. Il sera traduit et publié en France en 1981.

Oki, écrivain vieillissant, décide d’aller à Kyoto écouter sonner les cloches des monastères annonçant le passage d’une année à l’autre. Sur place, il appelle Otoko, artiste peintre âgée à présent d’une quarantaine d’année. Il ne l’a pas revue depuis plus de vingt ans. A l’époque, Fumiko, son épouse, venait d’avoir son premier enfant, Taichirô, et cet homme alors âgé de trente ans avait abandonné cette jeune maîtresse de seize ans à son triste sort, après qu’elle ait perdu son bébé et tenté de se suicider, l’aimant toujours éperdument. Il a immortalisé cet amour passionné dans son roman le plus connu, Une jeune fille de seize ans. Mais cette nuit-là, Oki ne soufflera mot de ce passé à Otoko, qui ne restera jamais seule avec lui, semblant inséparable de Keiko, sa jeune élève d’une beauté époustouflante. Un jour, cette dernière se déplace jusque chez lui lui apporter ses toiles et rencontre son fils. A son retour, elle avoue à Otoko qu’elle souhaite la venger…

Quel ravissement que ce dernier roman de Kawabata, dont la subtilité laisse une impression de perfection, une fois sa lecture achevée ! Il exprime en notes toutes plus délicates les unes que les autres les thèmes de l’amour, de la beauté et de la jalousie : amour hétérosexuel, amour lesbien, amour maternel constituent les trois faces de cette relation quasi-triangulaire. Par le passé, les liens naissants d’une jeune famille y étaient plus puissants qu’une passion irrationnelle, dont ont souffert en silence la jeune épouse ainsi que la mère d’Otoko. Dans le présent, ils seront mis à mal par la jalousie diabolique de cette autre jeune fille passionnée, qui veut venger sa bien-aimée. Au fil de cette intrigue sont distillées sans cesse de très belles descriptions, tant de paysages que de blasons du corps féminin ou de scènes érotiques, ainsi que de profondes réflexions sur ces deux arts que sont la peinture et l’écriture. Toute critique est vaine devant ce petit bijou de raffinement.

J'ai adoré

Un coup de cœur semblable au magnifique Fusil de chasse de Inoué Yasushi. Décidément, ces Japonais….

190 pages – 5 €.

Zara ** de Luc et François Schuiten (1985)

07.09
2005

Voici le tome 2 de la série Les Terres creuses.
Etant de fait une véritable fan de la série Les Cités obscures de Benoit Peeters et de François Schuiten, j’avais eu la curiosité de lire le premier tome de cette série des deux frères, Carapaces,  très créative, plus érotique et inventant des mondes probables ou imaginaires.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que dans ce second tome le thème de la sexualité remplit un rôle essentiel dans l’intrigue. Cette dernière en fait se joue sur 3 volets. Dans le premier, une jeune femme, Odile, à peine sortie de l’adolescence,  aux formes plus que suggérées, s’interroge sur le sens de la microsociété dans laquelle elle vit et qui ne l’a pas encore initiée à un certain mystère : les siens, comptant leur vie en cycles, sont constamment mobiles, en déplacement, de peur d’une chose qu’elle ignore, pour repasser à chaque cycle au même  point. Un jour, elle décide de se cacher et d’attendre qu’ils partent pour voir ce qu’il va advenir dans l’intervalle de leurs passages…

Dans le second volet,  le lecteur découvre une autre société sur cette même planète Zara, une société uniquement composée de femmes lesbiennes ; simultanément, des guerriers à des années lumière de là les repèrent.

Troisième volet : assez surprenant…

Le premier volet m’a semblé vaguement inspiré du Monde inverti de Christopher Priest, le second un fantasme sexuel prenant peu à peu corps sous le crayon de François Schuiten, et le troisième enfin créant la surprise. Ce mélange imaginaire m’a tout de même, au final, bien plu.

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