Mots-clefs ‘handicap’

De rouille et d’os (2012)

08.04
2014
mini_de-rouille-et-d-os-affiche-cannesScénario de Thomas Bidegain (avec Jacques Audiard), adapté du recueil de nouvelles Rust and Bone de l'écrivain canadien Craig Davidson

L'idée

Comment peut-on réapprendre à vivre, amputé de ses jambes ?

Le résumé

Ali, alors cerbère dans une boîte de nuit, ramène chez elle la jolie Stéphanie, dresseuse d'orques au parc aquatique d'Antibes, qui vit avec quelqu'un. Il est hébergé avec son fils âgé de 5 ans chez sa soeur et son beau-frère. Stéphanie est victime d'un terrible accident, une orque la privant de ses jambes. Au bout de quelques mois, vivant cloîtrée seule chez elle, elle décide de composer le numéro qu'Ali lui avait laissé. Ali arrive aussitôt, et l'oblige à sortir prendre le soleil et la mer, à vivre...

Ma critique

Le mentor ici, en la personne d'Ali, vient aider Stéphanie à prendre un nouveau départ, à réapprendre à s'aimer et à aimer la vie. Il prend lui-même beaucoup d'importance, dans la mesure où son personnage va lui aussi connaitre une métamorphose tout au long du film. Ce mentor faillible, intéressé, presque indifférent au sort des autres, quels qu'ils soient, rend particulièrement intéressante l'intrigue principale de cette jeune femme à qui tout a été retiré, qui aurait pu être larmoyante sans quoi. Il n'aurait peut-être pas fallu ajouter l'accident du fils qui, l'unique fois où il rend visite à son père qui s'est amendé, tombe sous la glace et manque de mourir, mais le remplacer par un élément moins mélodramatique et moins attendu. Un bon film, mais qui ne vaut pas Un Prophète, qu'il a également écrit.

Firmin de Sam Savage

24.04
2009

cop. Carnets de SeL

Autobiographie d’un grignoteur de livres

 

Difficile de ne pas songer au rat qui nous a fait saliver dans Ratatouille avec cette fable d’un autre rat qui, lui, après avoir commencé par se rassasier de livres au sens propre, s’y met au figuré, avalant une librairie entière, et passant ainsi toute sa vie à lire et à côtoyer les tenants et aboutissants du livre, c’est-à-dire un libraire de Scollay Square puis un écrivain.
Néanmoins, la souffrance surgit à chaque page, celle de la loi du plus fort, celle de l’intolérance envers l’autre, celle de l’incommunicabilité et du handicap. Aucun des trois personnages-clés n’est épargné : Firmin, après avoir souffert de l’égoïsme des siens, les voit mourir les uns après les autres, et frôle lui-même la mort à plusieurs reprises ; le libraire se voit contraint par la spirale des profits de liquider sa boutique et tous ses livres, avant de mettre la clé sous la porte ; l’écrivain se noie seul dans l’alcool…
Qu’en ressort-il ? Le plaisir de partager avec ce singulier dévoreur de livres la même passion, les mêmes lectures, et de sourire de voir comparer leurs différentes saveurs dans tous les sens du terme. L’incipit surtout vous mettra en appétit…

« J’avais toujours imaginé que si, d’aventure, j’écrivais un jour l’histoire de ma vie, la première phrase en serait saisissante : quelque chose de lyrique à la Nabokov, « Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins » ou de radical à la Tolstoï au cas où le lyrisme me ferait défaut, « Les familles heureuses se ressemblent toutes, les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon. » Les gens se rappellent ces mots, même quand ils ont tout oublié du livre qui va avec. Mais à mon avis, en matière d’amorce, on n’a jamais surpassé celle du Bon soldat de Ford Madox Ford : « Voici l’histoire la plus triste qu’il m’ait été donnée d’entendre. »

Paru en 2006 aux Etats-Unis, Firmin est le premier roman de ce septuagénaire, titulaire d’un doctorat de philosophie et ayant exercé de multiples métiers. 

SAVAGE, Sam. - Firmin : autobiographie d’un grignoteur de livres. – Arles : Actes sud, 2009. – 201 p.. – ISBN 978-2-7427-8348-9 : 18 €. 

Aux heures impaires ** d’Eric Libergé (2008)

17.04
2009

Un homme sourd mange tranquillement son sandwich dans le musée du Louvre, en attendant quelqu’un pour un stage, lorsqu’un gardien le réprimande. Alors que ce dernier s’offense de sa conduite auprès de ses collègues, il est interpellé par un gardien de nuit, sourd lui aussi, et même un peu fou semble-t-il, qui lui propose un rendez-vous le soir-même pour le seconder. A l’heure dite, il découvre le musée du Louvre sous un tout autre jour, ou plutôt sous une toute autre présence, qui s’éveille au son d’instruments de musique…

Eric Libergé, je l’ai rencontré pour la première fois, je m’en souviens très bien, en automne 2000, au Festival de la BD de Blois. C’était alors un parfait inconnu. Personne ou presque n’attendait à son stand, et son petit éditeur (les éditions Pointe Noire) le portait à bout de bras pour faire connaître son talent. J’étais alors repartie avec trois BD de lui, les seules d’ailleurs achetées ce jour-là, les deux premiers tomes de Mardi-Gras Descendres ***, avec sa belle palette de gris, noir et blanc, et son éventail de squelettes tous plus différents les uns que les autres, croqués avec beaucoup d’humour noir, et une autre, Le Dernier Marduk, format comic, en couleurs, plus violentes. Intriguée à l’achat, ravie des magnifiques planches qu’il m’avait dédicacées, je fut totalement conquise à leur lecture, et commençais à suivre « l’ascension » de l’auteur, les deux tomes suivants de Mardi-Gras Descendres, son départ vers les éditions Dupuis peu après avoir reçu le Prix Goscinny, et le voilà avec un tout autre coup de crayon, toujours aussi doué, et sur deux tout autres thèmes, a priori totalement étrangers l’un à l’autre, mais réunis dans une même histoire qui reste dans la veine fantastique : l’insertion des handicapés dans la société, et l’animation aux heures impaires de la nuit des oeuvres d’art du Louvre. Certes, le sujet aurait mérité d’être développé, quelques oeuvres plus approchées, mais le résultat reste infiniment séduisant.

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