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Les ignorants d’Etienne Davodeau

14.03
2012

cop. Futuropolis

Récit d’une initiation croisée

Après avoir raconté les souvenirs d’un couple de militants syndicaux dans Les mauvaises gens, puis le pétage de plombs d’une mère au foyer dans Lulu femme nue, Etienne Davodeau a décidé de vivre pendant plus d’un an le quotidien d’un vigneron indépendant, métier dont il ne connait rien, et d’apprendre à connaître les vins. En échange, Richard Leroy s’est engagé à découvrir l’univers de la bande dessinée : imprimerie, maison d’édition, salons, atelier de reliure, rencontre d’auteurs, lecture intensive…

Les Ignorants retrace ainsi ces initiations respectives s’échelonnant sur toute l’année, sensibilisant du même coup le lecteur à deux univers d’apparence complètement différents, et pourtant… Alors que le personnage de Richard Leroy est rendu attachant par son amour de la vigne, sa vigilance au climat, « sa loyauté et son plaisir » à faire du vin, sans herbicide ni pesticide et sans souffre,  en utilisant la biodynamie (de l’eau à la bouse de corne) ou en pulvérisant de la silice en pleine nuit (!), on assiste en parallèle à la fabrication de Lulu femme nue et à de nombreuses conversations avec des auteurs reconnus. On lit même une planche de Lewis Trondheim en réponse au scepticisme du vigneron sur le bec de son héros. Car le vrai défi d’Etienne Davodeau, ce n’est pas tant d’avoir taillé la vigne ou dégusté divers vins, que d’avoir croqué des personnages réels, y compris ses confrères : on se rend ainsi chez Gibrat, Marc-Antoine Mathieu, Emmanuel Guibert et les deux médecins sans frontière du Photographe, devenus vignerons. Ce n’est en effet pas anodin, conclut Richard Leroy, de se voir transformé en héros de BD ! En tout cas, le succès de la BD laisse à penser que le message d’une agriculture alternative est passé chez les consommateurs, qui peut-être auront acheté le vin de ce vigneron indépendant qui refuse d’être étiqueté bio ou AOC !

Une lecture savoureuse.

 

Lulu femme nue ** à *** d’Etienne Davodeau (2008)

24.02
2011

Copyright Futuropolis

Tomes 1 & 2
“J’en ai marre, Tanguy.”

Tout commence à partir de l’aveu de Lulu fait à son époux sur son portable, à sa sortie d’un entretien d’embauche, certaine de ne pas être prise, après seize ans sans avoir travaillé pour pouvoir élever ses trois enfants. Ce jour-là, elle n’a pas le courage de rentrer chez elle. Elle prend une chambre à l’hôtel où elle rencontre une VRP qui lui propose de l’emmener sur la côte. Ses amis sont tous réunis qui pour retracer son escapade qui pour l’apprendre de la bouche des autres.

Le personnage de Lulu est drôlement attachant. Comment ne pas comprendre le ras-le-bol de cette femme qui semble n’avoir jamais vécu pour elle-même ? Comment ne pas imiter son meilleur ami, inquiet, parti l’espionner, et qui la découvre rayonnante, libre enfin ? Alors vite, au second tome, afin de poursuivre la lecture de cette bande dessinée dont le thème principal, vous l’aurez compris, est la condition féminine de ces épouses et mères si nombreuses, qui, même si elles ne travaillent pas, n’ont jamais de temps LIBRE… pour elles.

Lulu femme nue a son blog, créé par Etienne Davodeau le temps de la parution du second tome !
Et hop, lu en février 2011 le second tome de Lulu femme nue :
Lulu poursuit son escapade. Elle ne veut pas rentrer, pas maintenant.  »A quarante ans passés, pour la première fois de sa vie, votre amie Lulu fait du stop » raconte sa fille à ses amis pressés d’apprendre ce qui lui est arrivé. Elle se retrouve dans une station balnéaire, mais sans un sou pour pouvoir manger et dormir au chaud. Alors elle tente, pour la première fois de sa vie aussi, de voler le sac d’une vieille femme, pour s’en repentir aussitôt et lui venir en aide. C’est alors que cette dernière lui fait une bien étrange proposition : lui offrir le gîte et le couvert en échange du récit de ses journées…
Indubitablement cette BD aura eu le chic pour nous offrir le grand large, nous redonner une bouffée d’air frais, par le biais de cette aventurière du quotidien, en quête d’identité, de rencontres et de liberté.
A lire seulement si vous avez lu la BD : La fin peut paraître un peu étonnante, vu la métamorphose de Lulu, comme si une parenthèse se fermait, mais le lecteur pourra deviner que plus rien ne saurait être comme avant, désormais.
Un vrai coup de coeur !

DAVODEAU, Etienne. – Lulu femme nue : premier livre. – Futuropolis, 2008. – 77 p. : ill. en coul. ; 30 cm. – ISBN 978-2-7548-0102-7 : 16 euros.

Lulu, femme nue. Second livre / un récit en deux volumes d’Étienne Davodeau. – [Paris] : Futuropolis, 2010. – 77 p. : ill. en coul., couv. ill. en coul. ; 30 cm. - ISBN 978-2-7548-0103-4 (rel.) : 16 EUR. – EAN 9782754801034.

Emprunté pour le premier à la médiathèque, puis coffret des 2 tomes acheté à Legend BD.


Rencontre avec Etienne Davodeau
envoyé par EVENE.

Les mauvaises gens par Etienne Davodeau

13.01
2006

Une histoire de militants

Grand Prix de la critique – Prix France Info 2006 – Prix du public Angoulême 2006 – Prix du scénario Angoulême 2006.

Détrompez-vous : ce scénario n’évoque pas de mauvaises gens, mais les souvenirs d’un couple de militants syndicaux. Alors pourquoi ce titre ? Parce qu’il retrace leur vie dans les « Mauges », dans le Maine-et-Loire, pays rural fermé, catholique et ouvrier, nom dont serait à l’origine la contraction de l’expression « mauvaises gens ».

 

A Botz-en-Mauges, dans les années 50, Maurice et Marie-Jo, les parents du narrateur, ont dû commencer à travailler très jeunes à l’usine. L’une colle puis peint des semelles, l’autre travaille comme mécanicien – ajusteur avant de devenir formateur. La seule personne qui leur ouvre les yeux alors, c’est l’aumônier de la J.O.C. (Jeunesse Ouvrière Chrétienne). Marie-Jo découvre la mer, Maurice le basket, la vie après le travail pour s’épanouir… et se rencontrer. Peu à peu, tous deux s’engagent syndicalement et politiquement…

 

Difficile de ne pas songer à L’Etabli que j’ai lu cette année. Ici aussi le narrateur cherche à témoigner de la ségrégation sociale dès l’enfance quand on est issu d’un milieu ouvrier, des conditions de travail déplorables à la chaîne, d’un destin de 183 planches en noir et blanc jalonné de combats. Un vibrant hommage au courage du prolétariat.