Mots-clefs ‘Emile Zola’

Zola ** d’Henri Barbusse (1932)

22.04
2011

copyright Le Temps des cerises

RELECTURE :


En 1932, l’auteur du Feu publie un ouvrage évoquant un Emile Zola évoluant dans un Paris éblouissant de réalité, de 1869 à 1902, et dans son cercle d’amis : Cézanne, Alphonse Daudet, Huysmans, Paul Bourget… Partant d’une analyse richement documentée, Henri Barbusse commence par retracer le parcours idéologique de Zola qui l’amènera au naturalisme, puis propose à son lecteur trois niveaux de lecture différents. En effet, si souvent l’auteur engagé n’hésite pas à se positionner par rapport à Zola, il s’efface en général devant cet écrivain auquel il réussit à donner vie, tantôt en le montrant de l’extérieur comme pour un personnage par une focalisation externe, tantôt en lui prêtant paroles et réflexions en tant que narrateur, par une focalisation interne. Cette introspection lui permet de développer les ambitions littéraires de Zola par rapport aux monstres sacrés de l’époque – Balzac, Flaubert ou Hugo-, qui l’amèneront à écrire son Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire, dont l’Assommoir sonnera le tocsin du succès. Préfacée par le directeur des Cahiers Henri Barbusse, cette biographie fouillée écrite par « le Zola des tranchées » est à lire comme un formidable roman dépeignant le parcours de l’un des plus grands écrivains français.

 

BARBUSSE, Henri. – Zola / préface d’André Picciola. – Le Temps des Cerises, 2002. – 309 p.. – ISBN 2-84109-359-x : 15 euros.

 

Pot-Bouille *** d’Emile Zola (1882)

24.09
2005

Le jeune Octave, montant de Marseille à Paris pour y faire fortune, loge dans un immeuble bourgeois de la rue de Choiseuil. Or il lui apparaît bientôt que, derrière les portes honorables de cette demeure, ce ne sont que manoeuvres intéressées et adultères, dont se gaussent à loisir les bonnes aux fenêtres de la cour intérieure, lesquelles sont visitées le soir par quelques-uns de ces messieurs. Il entreprend alors de séduire certaines de ces dames…

Emile Zola entreprend ici la dénonciation d’une certaine bourgeoisie qui, derrière ses mondanités, dissimule ses vices. Car, pour maintenir son train de vie et une certaine apparence sociale, il lui faut de l’argent, et cet argent elle le trouve rarement par le travail (sauf à s’épuiser à faire des bandes), en héritant ou en comptant sur sa famille (les déceptions y sont nombreuses), mais bel et bien par les mariages d’intérêt. La chose faite, il n’est pas surprenant que l’épouse en question, tombe dans les bras du premier venu par désoeuvrement, par bêtise ou par intérêt. Car ce sont bien des femmes en particulier qu’il s’agit dans ce roman, des effets pervers d’une éducation religieuse et donc chaste de la vie et des hommes, ou parentale et alors tournée exclusivement vers la séduction pour un beau mariage. Pas un des personnages n’échappe d’ailleurs à la critique, si ce n’est cette famille heureuse du second qui ne se mêle jamais aux autres (dont l’époux est écrivain et de surcroît semble en railler certains dans son roman, tout comme Zola), les bonnes affamées étant plus épargnées par Zola que ces bourgeois qui montrent du doigt une femme qui travaille, la chasse enceinte, pour la laisser accoucher dans la misère et tuer son propre enfant, avant d’en faire un exemple, tandis qu’une des bonnes de leur maison, engrossée par l’un de ces messieurs, met seule bas, une nuit, dans d’atroces souffrances pour reprendre son travail aussitôt sans un mot par crainte de représailles. Pot-Bouille n’est pas le plus connu de la fresque romanesque de Zola, car si sa critique sociale est acerbe, ses portraits saisissants, l’intrigue n’en reste pas moins, selon moi, assez faible, Octave papillonnant de gauche à droite avant de réussir un mariage d’intérêt lui aussi.

Voir le commentaire sur l’ancien blog

La joie de vivre ** d’Emile Zola (1884)

16.09
2005

Orpheline à 10 ans avec un bel héritage, Pauline Quenu est recueillie par son oncle et sa tante. Douce et calme, elle se fait aussitôt accepter par eux et par son cousin Lazare, qui vient d’obtenir son baccalauréat mais ne rêve que de musique au grand dam de sa mère, qui nourrit beaucoup plus d’ambitions pour lui. Peu à peu, la petite se dévoue entièrement à cette famille d’adoption et à tous ces pauvres gens du village qui envoient leurs enfants mendier auprès d’elle tous les samedis, mais plus encore pour Lazare pour lequel elle va consentir à alléger le paquet de titres dont elle a hérités. Et plus les années passent, plus Lazare change de passions, plus le ménage de la famille vient à manquer, et tandis que le magot s’allège, la famille, ayant mauvaise conscience, commence à beaucoup moins l’aimer…

Ce roman psychologique semble être le plus intimiste de Zola, en ceci que Lazare souffre comme lui de cette idée de sa mort prochaine. Zola essaie ainsi de réagir contre sa propre hantise de la mort en brossant le portrait de ce personnage nerveux, jamais heureux, antinomique de celui de Pauline portée par une pulsion de vie et d’altruisme, contre le scepticisme et le désespoir pour ceux qui sont trop instruits pour croire aux promesses religieuses. Toute une machinerie du corps est ainsi mise en branle dans le roman à travers les maux dont souffrent l’oncle avec sa goutte, puis la tante, et enfin Louise dont l’enfantement est terrifiant. Zola confronte ainsi la maladie, la douleur physique, à la joie de vivre, à la patience de Pauline qui croit en la médecine et en la toute-puissance de la volonté. C’est ainsi que Pauline, en lutte d’abord contre sa jalousie et son besoin d’être aimée, puis pour son droit d’être pleinement femme et mère, atteindra l’ultime abnégation d’elle-même. A tel point que le lecteur est révolté devant cette souffrance morale, il a bien envie de la secouer, et de rêver pour elle d’une autre vie possible que lui laisse entrevoir le cher médecin, seul à voir clair dans son dévouement sans borne.

Voir les 4 commentaires sur l’ancien blog

Germinal d’Emile Zola

13.09
2005

1866, dans le Nord. Etienne Lantier, embauché comme herscheur au Voreux, découvre la condition des mineurs s’épuisant au travail, y laissant souvent leur peau, tout cela pour ramener un maigre salaire qui suffit à peine à nourrir toute leur famille. Or, prétextant de boisages bâclés, la Compagnie entend changer ses tarifs, au détriment des mineurs : la colère gronde, et Etienne se retrouve bientôt à la tête de la grève…

Le lendemain de l’écriture, le 2 avril 1884, de sa première page de Germinal, Emile Zola écrivait à un ami peintre, Antoine Guillemet, qu’il s’était « remis au travail, à son grand coquin de roman qui a pour cadre une mine de houille et pour sujet central une grève. »

Car Emile Zola se proposait d’étudier la grève comme la forme extrême des luttes ouvrières, et cela chez les mineurs, là où le travail est le plus pénible et le plus dangereux. Pour ce faire, tout son roman est ici orchestré pour mettre en évidence une criante inégalité sociale, la richesse de quelques-uns, oisifs, face à la misère de tous les autres, travailleurs. Par conséquent, il dénonce l’exploitation d’une classe travaillant et ne possédant rien par l’autre, possédant tout et ne travaillant pas.
En revanche, il insiste aussi sur le caractère versatile et dangereux de la foule, capable de tout et du pire, bercée ici par un idéal politique, que bientôt ne pourra plus canaliser son orateur, Etienne, qui se voyait déjà en héros, gravissant les marches de l’ascenseur politique jusqu’à Paris, et ne valant en cela pas mieux, selon Souvarine l’anarchiste, que les bourgeois.

A la relecture de ce roman, je me suis aperçue me rappeler, depuis le collège, de ses trois temps cruciaux, l’incipit, l’acmé qui, pour moi, constitue la vengeance des femmes sur le commerçant profiteur de leur misère, et la chute, avec cette lente agonie au milieu des cadavres, dans l’eau et le noir, des personnages principaux.
Il est clair que c’est certainement, comme dans mon souvenir, le roman  le plus ouvertement militant de toute la fresque des Rougon-Macquart. Porté par un souffle épique, il soutient le combat de ces ventres affamés, de ceux qui finissent par se révolter parce qu’ils ont trop faim, de ceux qui crient « du pain ! » alors que chez eux, bien au chaud, les bourgeois festoient, comme lors de la chute de la royauté, voulant faire tomber bas le capitalisme qui l’a remplacée. AussiGerminal n’a-t-il hélas rien perdu de sa force ni de son actualité : avec une nette diminution du pouvoir d’achat conjuguée à la suppression des classes moyennes, nous voilà revenus au clivage riches et pauvres ; seulement, la grève n’est même plus comprise par l’autre moitié des Français, PDG, actionnaires, hommes politiques comme médias ayant réussi à diviser pour régner.

Chef-d’oeuvre.

Voir les 2 commentaires sur l’ancien blog

Au bonheur des dames d’Emile Zola

07.09
2005

Un an après le décès de son père, Denise, orpheline, seule chargée de veiller sur ses deux frères, Jean, bel adolescent bourreau des coeurs, et Pépé, encore bien petit, débarque un matin en plein Paris dans l’espoir de trouver chez son oncle emploi, gîte et couvert. Mais le petit commerçant souffre trop de la concurrence du grand magasin de nouveautés « Au bonheur des Dames » pour pouvoir l’employer. C’est donc en face, dans cette machine immense dont elle est toute émerveillée, qu’elle va travailler, croisant parfois Octave, le jeune patron ambitieux. Mais, souffre-douleur de ses collègues, elle se fait un jour renvoyer sans qu’Octave ne le sache, et tombe dans le dénuement le plus total…

Voici un roman pour les femmes écrit par un homme, tout comme Octave conçoit le « Bonheur des Dames », nouvel Eden où va se perdre la gent féminine. Ecrit à la suite de Pot-Bouille, où l’on découvrait Octave, ce roman est l’antithèse du premier : autant Pot-Bouille n’épargnait aucun de ces petits bourgeois et commerçants concupiscents, pessimiste en tout, autant celui-ci éclate de vie et d’énergie, applaudit les initiatives du grand commerce, quitte à faire disparaitre concrètement toutes ces petites boutiques spécialisées ; il donne surtout le beau rôle à Denise, héroïne courageuse cristallisant toutes les vertus qu’il déniait accorder aux personnages féminins de Pot-Bouille. Et si Octave sait manipuler les femmes pour s’enrichir, il finira à genoux devant celle qu’il aime. Si l’on en restait à ce simple fil conducteur, on pourrait croire à un roman sentimental, aux bons sentiments, mais voilà, c’est du Zola (ah s’il pouvait remplacer les Harlequin sur les tables de chevets !), avec plus qu’ailleurs la peinture sociale du microcosme des commis et vendeurs d’un grand magasin, une puissance d’évocation, une virtuosité à donner consistance à ses personnages, à imaginer des scènes dramatiques, à décrire la frénésie du grand magasin, de ses calicots et de ses clientes. En un mot : quel bonheur !

Voir les 2 commentaires sur l’ancien blog et 5 commentaires ici aussi.