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En silence d’Audrey Spiry

13.06
2012

Le mercredi, c’est bande dessinée…

cop. KSTR

Un jeune couple part faire du canyoning dans le sud avec un moniteur, Yann, en compagnie d’une petite famille d’habitués. Face à cette expédition insolite, où elle va frôler le danger et prendre des risques, Juliette, la narratrice, qui vient de terminer ses études, va s’interroger sur son avenir… avec Luis, plus âgé, qui travaille dans le cinéma, et qui ne l’impressionne plus autant. Cette journée sonnerait-elle le glas de son amour pour lui ?

 

Instantanément, le dessin de cette jeune auteure nous captive. Violemment coloré, il saisit et les pensées et métamorphoses les plus intimes des personnages, et les forces de la nature prêtes à les absorber en son sein. Simple au premier abord, le scénario lui-même invite le lecteur à une double lecture, les mésaventures de Juliette symbolisant sa relation de couple, qui se cherche, se perd, et requiert un effort (en faisant un grand saut) pour se retrouver.

cop. Audrey Spiry

Plein de sensibilité, de poésie et d’originalité, ce premier album d’une auteure prometteuse, particulièrement envoûtant, n’est pas sans nous faire songer au talent de Bastien Vivès, unanimement applaudi, voire davantage dans le domaine pictural à Edvard Munch, rien de moins.

 

Un coup d’oeil sur le blog d’Audrey Spiry d’ailleurs conforte vite cette première impression.

 

 

 

 

 

SPIREY, Audrey. – En silence. – Casterman, 2012. – 168 p. : ill. en coul. ; cm. – EAN13 978-2-203-03é72-9 : 16 €.

Villa Amalia de Pascal Quignard (2006)

10.07
2008

Le soir où, bouleversée, Ann Hidden, âgée de quarante-sept ans, suit Thomas, son conjoint, jusqu’à la maison de sa maîtresse à Choisy-le-Roi, elle retrouve un ami d’enfance, Georges Roehl, homosexuel souffrant de sa solitude. Cette même nuit, elle décide de quitter Thomas, et avec lui, toute sa vie passée dont elle fait table rase, vendant ses pianos (elle compose), ses meubles, sa maison, quittant son travail, et partant pour l’Italie. Là-bas, elle tombe amoureuse, pas d’un homme, non, d’une villa sur la falaise, inhabitée, que possède une vieille paysanne, Amalia, et qui ne tarde pas à accepter de la lui vendre…

« Elle aimait de façon passionnée, obsédée, la maison de zia Amalia, la terrasse, la baie, la mer. Elle avait envie de disparaître dans ce qu’elle aimait. Il y a dans tout amour quelque chose qui fascine. Quelque chose de beaucoup plus ancien que ce qui peut être désigné par les mots que nous avons appris longtemps après que nous sommes nés. Mais ce n’était plus un homme qu’elle aimait ainsi. C’était une paroi de montagne où elle cherchait à s’accrocher. C ‘était un recoin d’herbes, de lumière, de lave, de feu interne, où elle désirait vivre. Quelque chose, aussi intense qu’immédiat, l’accueillait à chaque fois qu’elle arrivait sur le surplomb de lave. C’était comme un être indéfinissable, euphorisant, dont on ne sait pas par quel biais on se voit reconnue par lui, rassurée, comprise, entendue, appréciée, soutenue, aimée. » (p. 137)
Peu de lieux vous conquièrent ainsi. Il suffit que vous y soyez pour que vous vous y sentiez comblé(e), entier(e), enfin vous-même. Pascal Quignard excelle dans l’expression de ce sentiment indicible. L’eau est un élément qui accompagne presque chacun des décors où se déplace sa protagoniste, entre la Bretagne, l’étrange village de Teilly bâti au-dessus de l’Yonne, et cette villa sur l’île d’Ischia surplombant la mer Tyrrhénienne. Il nous plonge tantôt dans la fraîcheur de l’eau, tantôt dans les rigueurs du climat, sous un soleil de plomb ou dans le givre d’un plein hiver.
Le roman, en fait, se déroule en quatre temps : le premier, euphorisant, c’est la libération, la rupture ; le second ne l’est pas moins, c’est la félicité trouvée avec l’amour porté à cette villa et à la fillette, Lena, âgée de deux ans, de son amant ; le troisième introduit d’autres personnages, encore, dont un narrateur, ce « je » ayant la particularité de n’arriver qu’aux deux tiers du roman, sans jouer de rôle essentiel, si ce n’est de lui faire connaître Juliette, qu’elle va aimer dans tous les sens du terme, faisant naître un trio inséparable composé d’Ann, de Lina et de Juliette dans ce petit coin de paradis perdu. C’est l’acmé de sa vie. Un drame surviendra, qui précipitera son abandon de la maison et son retour en France dans la dernière partie.
Je n’avais jamais rien lu de cet auteur qui passe pour être l’un des plus importants actuellement en France. J’avoue avoir préféré les deux premières parties. Son écriture sobre et sensible m’a séduite autant que sa thématique de l’amour et de la fuite, par ailleurs assez banale mais ici remarquablement bien abordée.

QUIGNARD, Pascal. – Villa Amalia. – Gallimard, 2006. – 300 p.. – (Folio ; 4588). – ISBN 978-2-07-034706-3.