Mots-clefs ‘déracinement’

Un homme meilleur ** à *** d’Anita Nair (2000)

10.12
2006

traduit de l’anglais (Inde) par Marielle Morin (2003)

A sa retraite, Mukundan retourne dans son village natal du Kerala, dans une maison familiale désertée par un père tyrannique parti vivre avec sa maîtresse juste en face. S’insurgeant mollement contre les fonctionnaires de l’électricité ou du téléphone, il est hanté par l’image de sa mère chutant dans les escaliers. Rongé par la culpabilité, il se tourne vers Bhasi, un ancien professeur de littérature reconverti en peintre en bâtiment, qui va le délivrer de fantômes de son passé. Bientôt il découvre l’amour avec une jeune femme de vingt-deux ans sa cadette. Amitié, amour, il semble tout avoir pour être heureux, mais une chose lui manque : la reconnaissance des notables du village comme étant l’un de leurs pairs…

Ce destin en dents de scie, au travers duquel le lecteur découvre les mœurs et rouages de l’Inde du Sud, est savoureusement servi par l’écriture subtile et délicate d’une romancière qui, déjà, avec Compartiment pour dames, avait attiré mon attention, et dont c’est en fait la véritable première œuvre. Elle écrit là un magnifique roman d’apprentissage, dont, chose singulière, le protagoniste n’est autre qu’un homme âgé et y soulève, avec tendresse, intelligence et ironie, les multiples problèmes d’identité, de déracinement, de sentiment d’appartenance à une communauté, et de rapports entre père et fils, auxquels à tout âge un être humain peut être confronté. Par-delà le cas précis de l’Inde, c’est donc tout l’humanité, avec ses conflits intérieurs exacerbés par la pression sociale, qu’elle embrasse du regard.

Un homme meilleur. – éditions Philippe Picquier, 2006. – 478 p.. – (Picquier poche ; 275). – ISBN : 2-87730-870-7 : 10 €.
Service de presse
Autres romans d’Anita Nair chroniqués ici : Compartiment pour dames ** (2004) et Le chat karmique * (2005).

La reine des rêves ** de Chitra Banerjee Divakaruni (2006)

11.03
2006

« Mon travail consiste à rêver« , répond un jour la mère de Rakhi à sa fille, « Je rêve les rêves d’autres gens. Je peux ainsi les aider à vivre leurs vies. » Voilà tout ce que Rakhi apprendra jamais sur sa mère, si secrète, si silencieuse, qui n’a jamais voulu non plus raconté sa jeunesse en Inde, la privant d’une identité, de racines qui lui manquent sur ce sol californien où elle est née de parents indiens. Mère d’une petite Jona, séparée du père, Sonny, Rakhi vit avec Belle, sa meilleure amie, des revenus de leur salon de thé et parfois de sa peinture. Sa vie tout à coup bascule : un redoutable concurrent vient s’installer en face de leur petit commerce, une galerie expose les peintures de Rakhi, sa mère disparaît brutalement, laissant derrière son « Journal des rêves » aux siens…

Rakhi n’est pas une jeune femme heureuse au début du roman : elle ne connaît finalement que très peu ses propres parents, garde des rancunes auprès de son ex-mari, et perd peu à peu sa fille qui lui préfère son père. (Suite à lire après avoir lu le roman) La mort de sa mère va l’obliger à se rapprocher de son père et à retrouver avec lui les racines qui lui manquaient, par ses histoires, ses chansons, ses spécialités gastronomiques, tandis que les évènements de septembre 2001 vont la confronter à des réactions xénophobes brutales et à une révélation inattendue qui vont ressouder ses liens avec son ex-mari et sa fille. Un roman sur le déracinement, aux douces effluves fantastiques.

DIVAKARUNI, Chitra Banerjee. - La reine des rêves / trad. de l’anglais par Rani Mâjâ. – Picquier, 2006. – 348 p.. – ISBN 2-87730-841-3 : 15 €.
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