Mots-clefs ‘condition féminine’

Le sentier des reines d’Anthony Pastor

04.11
2015

cop. Casterman

 

Savoie 1919. Alors qu’est célébrée la messe en mémoire de leurs défunts époux, Pauline et Bianca partent sur la route avec Florentin, un orphelin de 11 ans, vivotant de la vente de leur mercerie. Mais un ancien poilu les attend à leur première étape. Elles auraient la montre de l’officier supérieur de leur mari en butin, et il réclame sa part. Une course poursuite commence…

Une aventure initiatique très sombre pour ces deux veuves dénonçant la condition féminine de l’époque.

Pastor, Anthony

Le sentier des reines

Casterman, 2015 (Univers d’auteurs)

120 p. : ill. en coul.

EAN13 9782203094529 : 20 €

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme de Stefan Zweig

23.03
2015

cop. Folio

 

On ne parle que de ça dans cette pension de famille située sur la Côte d’Azur : Madame Henriette, l’épouse d’un client et mère de deux enfants, est partie sur un coup de tête avec un jeune Français qu’elle connaissait depuis à peine vingt-quatre heures. Seul contre tous, le narrateur essaie de comprendre sans la juger cette femme qui, sur un coup de foudre, a fait fi du qu’en dira-t-on. L’écoutant la défendre, une vieille dame anglaise s’ouvre alors à lui d’un secret qu’elle garde depuis plus de vingt ans : un soir où elle se rendit au casino de Monte-Carlo, cette veuve rencontra un jeune homme de vingt ans enfiévré par le jeu au point de vouloir se donner la mort cette nuit-là. En voulant le sauver, elle fait tomber sa bonne éducation…

Enchâssée à l’intérieur du scandale de Madame Henriette s’enfuyant de sa vie d’épouse et de mère bien rangée sur un coup de tête, cette confidence sur la passion amoureuse qui peut naître en moins de vingt-quatre heure et changer à jamais la vie d’une femme permet à Stefan Zweig de dénoncer le carcan dans lequel est maintenu toute femme dans la bonne société. Il décrit également à la façon du Joueur de Dostoïveski la passion du jeu qui anime les mains et toute l’âme de ce jeune homme, que même la foi religieuse ou l’amour dévoué d’une veuve ne peuvent sauver. Mais ces Vingt-quatre heures, ce sont surtout vingt-quatre heures vécues plus intensément que toute une vie réunie, au travers desquelles la narratrice passe par les émotions les plus extrêmes : la peur, le doute, la bienveillance, la charité, la honte, l’amour passionnel, l’impatience, le désespoir, la désillusion. Vingt ans après, la vieille dame souffre encore de cette blessure, de ce coup de canif porté à son amour-propre de femme. Une aventure amoureuse vue sous le prisme psychologique, d’un suspens haletant. Un petit chef-d’oeuvre sur les ravages de la passion.

ZWEIG, Stefan.

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme = Vierundzwanzig Stunden aus dem Leben einer Frau.

Trad. De l’allemand (Autriche) par Olivier Le Lay et annoté par Jean-Pierre Lefebvre.

Gallimard (Folio bilingue, 192 ; 2015).

199 p.

EAN13 9782070461967 : 7 €.

 

Nous sommes tous des féministes de Chimamanda Ngozi Adichie

08.03
2015

cop. Folio

Chimamanda Ngozi Adichie raconte certains détails de sa vie particulièrement éclairants sur la condition féminine, tels cet épisode à l’école primaire où le chef de classe ne pouvait être qu’un garçon, celui où une femme ne peut pas entrer dans un hôtel sans être soupçonnée d’être une prostituée, où une femme est ignorée par les serveurs d’un restaurant car c’est l’homme seul qui est important et qui a l’argent. Elle se considère comme une Féministe Africaine – car le féminisme ne serait pas africain – Heureuse – car les féministes seraient « malheureuse(s), faute de trouver un mari« -  qui ne déteste pas les hommes - car être féministe serait synonyme de haine des hommes… et rêve d’un monde plus équitable, qui commence par l’éducation des enfants.

Dans Les Marieuses, Chimamanda Ngozi Adichie évoque l’arrivée d’une jeune mariée nigérienne aux Etats-Unis chez son « mari tout neuf« , médecin traitant à l’hôpital, choisi par son oncle et sa tante…

Version modifiée d’une conférence, le premier texte est paradoxalement très personnel puisqu’il tire du vécu de l’auteure des preuves quotidiennes de l’existence de préjugés sexistes et de l’inégalité entre les sexes, à l’école, dans la rue, au travail. Simple, clair, direct.

Dénonçant les mariages forcés, le second texte décrit tout à la fois la soumission d’une jeune épouse nigérienne à son mari diplômé et américain, et sa distanciation ironique vis-à-vis de ce mode de vie qu’il compte lui imposer, dans l’espoir de pouvoir s’intégrer.

NGOZI ADICHIE, Chimamanda.

Nous sommes tous des féministes suivi de Les marieuses.

Trad. De l’anglais (Nigeria) par Sylvie Schneiter et Mona de Pracontal.

Gallimard (Folio 2€, 5935 ; 2015).

 87 p.

EAN13 9782070464586 : 2 €.

Le garçon manqué de Liz Prince

10.12
2014

cop. çà et là

Déjà toute petite, Liz Prince déteste porter des robes. Pourquoi l’y obliger parce que c’est une fille ? Dès lors, elle adopte résolument la garde-robe des garçons, se coiffe d’une casquette rouge, se chausse de baskets, veut jouer au base-ball, et surtout, surtout, elle ne se reconnaît pas du tout, mais alors pas du tout dans l’image que l’on a des filles : polies, adorables, roses, frivoles, délicates, réservées, gentilles, etc. et qui ne peuvent être populaires que si elles sont jolies. D’ailleurs elle déteste les filles et préfère les jeux des garçons. Heureusement sa mère est la première à la soutenir, puis quelques amis/amies, contre les préjugés sexistes dominants…

Eh non ! Etre un garçon manqué, cela ne signifie pas forcément être une lesbienne, et cela n’a rien d’anti-naturel, explique Liz Prince en retranscrivant son parcours, bien au contraire ! C’est juste être une fille qui ne s’identifie pas à des codes culturels sexistes injustifiés inscrits dans les mentalités. Une bande dessinée qui tombe à pic pour remettre avec beaucoup d’humour les pendules à l’heure, et pour s’imposer au pied du sapin de Noël.

PRINCE, Liz. – Le garçon manqué / trad. par Philippe Touboul, lettrage de Hélène Duhamel. – Editions çà et là, 2014. – 253 p. : ill. n.b. + couv. En coul. ; 23 cm. – EAN13 978-2-36990-204-1 : 20 €.

Les pieds bandés de Li Kunwu

13.08
2014
cop. Kana

cop. Kana

Forcée par sa mère, qui souhaite lui offrir sa seule chance par un beau mariage de s’élever au-dessus de sa condition, Chun Xiu doit renoncer à l’insouciance et aux jeux de son enfance, et à l’amour de son camarade de jeu Magen, pour souffrir le martyr : désormais elle ne peut plus sauter ni courir, ni même marcher comme les autres. Hélas, à peine est-elle en âge de se marier, que la révolution éclate : à bas les coutumes féodales ! De convoitée, Chun Xiu est soudain transformée en paria. Fuyant la violence de la ville, elle se réfugie avec Magen à la campagne. Mais dès le premier jour d’absence de son fiancé, qui n’a encore pas osé la toucher, Chun Xiu subit un viol collectif, et ne peut plus enfanter. Le déshonneur est tel qu’il lui faut alors également renoncer à Magen…

 

Longtemps j’ai tardé à acheter ce one-shot chinois dont Joël de l’ACBD m’avait fait l’éloge : je savais que ce serait terrible… Ce le fut. Aucun doute là-dessus : impossible de retenir une larme à la lecture de l’histoire tragique de cette pauvre femme qui ne connut, à vrai dire, quasiment que peine et douleur tout au long de sa vie… et tout ceci à cause de l’impitoyable tradition millénaire des pieds bandés, que l’on dit alors « aériens », ressemblant à la belle gazelle, mais qui sont tout bonnement horriblement atrophiés, jusqu’à ne mesurer que 7,5 cm ! Si cette histoire mérite d’être connue, la virtuosité de l’auteur, déjà plébiscité pour Une Vie chinoise, mérite d’être, elle, saluée : la page 72, par exemple, renouvelle la mise en page de l’héroïne, cible de tous les regards. Un manhua incontournable.

L’Apollonide : souvenirs de la maison close

03.06
2014
  • Genre : drame
  • Scénario et Réalisation : Bertrand Bonello (assisté d’Elsa Amiel)
  • Année de sortie en salle : 2011

lapollonideL’histoire

Paris, novembre 1899. Marie-France gère l’Apollonide, une maison close parisienne, et ses douze prostituées. Une vie d’esclave sexuelle entre quatre murs, où les filles arrivent à l’âge de 16 ans, où aucune d’entre elles ne parvient à payer ses fameuses dettes, et où elles repartent souvent les jambes devant, de la syphillis. Madeleine, dite « la Juive », fait un rêve étrange, dont les éléments symboliques sont distillés au cours du film : dans ce rêve, son client régulier lui demande sa main. Mais, lorsqu’elle lui raconte ce rêve, il l’attache et la mutile, faisant naître sur son visage le « sourire de l’ange » qui la défigure à jamais…

Mon avis sur le scénario

Dans cette maison close où les clients parviennent encore à fantasmer sur cette chair qu’ils fréquentent tous les jours, en habitués, les « filles de joie » font bonne figure et ne perdent pas espoir en une vie meilleure. Tableau magnifique de la prostitution de luxe en huis clos, ce film commence par un rêve hautement symbolique et quelque peu prémonitoire, qui va donner le la : jamais personne ne tirera ces filles de leur situation si ce n’est en les « cassant », en les défigurant ou en les contaminant. C’est ce que comprend cette couturière provinciale recommandée par ses parents, qui prend vite la poudre d’escampette quand elle comprend la fermeture proche. Tragique est leur fin, et plus encore leur avenir, un siècle plus tard, à héler le client sur le trottoir, par tous les temps, en s’en remettant à leur bonne étoile quand elles montent en voiture. Un très bon scénario, à l’image de ce huis clos asphyxiant et languissant, cousant les fils du rêve pour mieux découdre ceux de douze vies, treize avec cette gérante, ancienne prostituée, mère de deux enfants.

 

Philomena

11.02
2014

PhilomenaLong-métrage écrit par Steve Coogan & Jeff Pope

Le film est adapté de l’histoire vraie de Philomena Lee, rapportée par le journaliste britannique Martin Sixsmith.

Le pitch

Un grand journaliste aide à contre-coeur une vieille Irlandaise à retrouver son fils, qu’on lui avait retiré au couvent il y a de cela près de 50 ans, alors qu’elle était fille-mère, pour le confier à un couple plus fortuné.

Le synopsis court

Lorsque le journaliste de la BBC Martin Sixsmith tombe en disgrâce, il ne sait plus quoi faire. Quand il parle d’écrire son grand ouvrage sur l’histoire de la Russie, on sourit d’ennui. C’est alors qu’une extra, lors d’une réception, lui parle de sa mère, Philomena, une Irlandaise ayant accouché adolescente dans un couvent catholique, et n’ayant aucune nouvelle de son fils depuis près de 50 ans, adopté contre son gré. Martin commence par refuser : il ne fait pas dans l’aventure humaine. Mais les circonstances l’y contraignent. Martin se charge alors de la quête de Philomena, qui les amènent tous deux aux Etats-Unis, et à se découvrir l’un l’autre, chacun avec ses croyances et son but personnel à atteindre.

Ma critique

On pourrait rapprocher ce thème de celui de The Magdalene Sisters, qui traitait aussi du sort des jeunes filles « perdues » placées dans des couvents en Irlande au XXesiècle, et d’ailleurs évoqué pendant le film par Martin Sixsmith. Mais, finalement, l’enjeu de l’histoire ne réside pas seulement dans cette dénonciation d’un extrêmisme religieux reniant presque la qualité d’être humain libre et aimant, à ces pauvres filles-mères qui sont plus pauvres et isolées que vicieuses et pécheresses. – La scène pleine de suspens du départ du fils alors que la mère n’en est même pas informée, est particulièrement révoltante. – Il réside peu dans les flash-back sur le fils menant sa propre vie sans sa vraie mère, ni dans la quête proprement dite, vite évacuée. Elle réside surtout dans l’interprétation que le spectateur peut faire du duo formé par cette vieille dame de la classe populaire, qui arrive encore à pardonner à celle(s) qui lui a (ont) gâché une partie de sa vie de mère, et qui nous est en cela assez agaçante de conviction religieuse intégrée, et par ce journaliste habitué au luxe, condescendant à faire de l’aventure humaine pour pouvoir remonter sur la scène publique. Rien n’est vraiment dit, mais tout geste qui paraît humain de la part du journaliste n’est en réalité que guidé par son intérêt personnel… Un traité de manipulation finalement…