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La fabrique pornographique de Lisa Mandel

07.06
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

Vigile dans un grand magasin, Howard mate le soir des films X. Fan de Pamela, qui d’actrice porno vient de passer derrière la caméra, il lui avoue un jour au Salon de l’érotisme vouloir travailler avec elle. Ni une ni deux, elle lui donne sa chance, et en est contente. Howard propose alors à une vendeuse avec qui il vient d’avoir une aventure de l’accompagner sur un tournage en Espagne pour gagner sa vie en faisant du X…

Directrice de la nouvelle collection Sociorama chez Casterman, Lisa Mandel attaque fort en choisissant de retranscrire le milieu pornographique pour ce premier opus. A partir des recherches du sociologue Mathieu Trachman, elle nous fait découvrir l’industrie sans fard du porno. Ainsi on découvre que le racisme dans le choix des rôles et des partenaires, tout comme le sexisme chez les réalisateurs, existent là aussi. Et puis, on s’aperçoit que si au départ il y a une excitation, un désir d’aventures, très vite la lassitude commence à s’installer, de même qu’une fatigue physique, certaines positions peu naturelles étant indispensables pour la caméra. Enfin, les carrières sont courtes, autant à cause des motifs cités qu’à cause du public avide de nouvelles « têtes ».

Une bande dessinée instructive, qui n’est pas tombée dans l’écueil du voyeurisme déplacé, et qui a aucun moment ne porte de jugement sur le milieu pornographique et les motivations des uns et des autres.

 

La raconteuse de films de Hernan Rivera Letelier

06.10
2013

laraconteuse  »A la maison, comme l’argent courait toujours plus vite que nous, quand un film arrivait à la Compagnie et que mon père le trouvait à son goût – juste d’après le nom de l’actrice ou de l’acteur principal – on réunissait une à une les pièces de monnaie pour atteindre le prix du billet et on m’envoyait le voir.

Ensuite, en revenant du cinéma, je devais le raconter à la famille, réunie au grand complet au milieu de la salle à manger. » (incipit)

Comment faire quand on aime le cinéma mais que dans une famille de cinq enfants, on a tout juste de quoi acheter une seule entrée ? On vote pour celui des cinq enfants qui raconte le mieux un film : désormais c’est donc la seule fille, la cadette de la famille, qui a l’immense privilège d’aller au cinéma. Son talent de raconteuse de films lui taille une si belle réputation qu’elle prend un nom d’artiste, Fée Ducinée, et que bientôt toute la Compagnie vient payer son entrée pour aller la voir elle, se donnant en spectacle avec force mimiques, jeux d’acteurs et accessoires.

Tout commence par le regard naïf et fier d’une fillette heureuse d’être l’élue de la famille pour avoir le droit d’aller au cinéma et de devenir la starlette de la Communauté. Et puis, et puis, la réalité prend le dessus, d’abord avec les vices, la concupiscence des hommes, puis avec le monde extérieur qui arrive jusque là : comment une merveilleuse idée née des impératifs de la misère va finalement se tarir au contact des technologies nouvelles. Mais plus encore, ce sont les conditions de vie de toute la Communauté que le progrès va remettre en cause. C’est aussi et surtout le drame d’une famille, dont la mère a quitté le foyer, le père ayant un accident l’obligeant à être en fauteuil roulant. Une histoire tragique sur fond de salpêtrière dans le fin fond du désert.

 

RIVERA LETELIER, Hernan. – La raconteuse de films / trad. de l’esp. (Chili) par Bertille Hausberg. – Métailié, 2012. – 128 p..  - (Suites ; 168). – EAN13 9782864249368 : 9 €.

Joyeux Noël !

25.12
2011

Cinéma : la grande histoire du 7e art * (2011)

01.07
2011

 

copyright Larousse

Il s’agit de la réédition d’un ouvrage paru en 2005, préfacé par Gilles Jacob, président du Festival de Cannes, dirigé par Laurent Delmos, critique de cinéma et Jean-Claude Lamy, auteur du Dictionnaire mondial des films.

Commençant par le cinéma muet et s’achevant sur  le Pina de Wim Wenders (2011), ce Larousse du cinéma en découpe l’histoire en cinq grandes périodes. Chacune d’entre elles s’ouvre sur un tableau chronologique, puis propose une vingtaine de gros plans, sur de belles double – pages richement illustrées, sur des réalisateurs, des acteurs, des genres, des thèmes, des mouvements et écoles qui ont marqué ces années. En annexes en fin d’ouvrage sont ajoutés les palmarès, les filmographies de réalisateurs et d’acteurs célèbres, un glossaire et un index.

C’est un bel ouvrage encyclopédique, agréable à prendre en mains et à feuilleter, qui a toute sa place dans les bibliothèques municipales et scolaires, et qui constitue un ouvrage de base que l’on peut offrir à des néophytes.

Cinéma : la grande histoire du 7e art / sous la dir. de Laurent Delmas et Jean-Claude Lamy. – Larousse, 2011. – 335 p. : photogr. n.b. et coul. ; 25 cm. – ISBN 978-2-03-586023-1 : 22 €.

Les Inrockuptibles ** (1986-)

24.03
2011

copyright Les Inrockuptibles

Parce que la lecture, c’est aussi lire la presse :

Un magazine d’actualité culturelle !

Pour la petite histoire

A l’origine, Les Inrockuptibles, hebdomadaire culturel, était un magazine trimestriel français consacré au rock, d’où son titre, mot-valise, contrepèterie inspirée du fameux film Les Incorruptibles. Peu à peu d’autres rubriques culturelles ont fait leur entrée, comme la littérature et le cinéma, quelques brèves aussi. En mars 1992, la revue devient mensuelle, et en 1995, hebdomadaire. Désormais le magazine se veut généraliste, et accompagne régulièrement ses numéros de compilations sous forme de CD.

Les Inrocks aujourd’hui

Changeant plusieurs fois de formules, le magazine se dit toujours généraliste culturel.

Qu’en est-il ?

Sur 122 pages en couleurs de ce magazine dont d’aucuns regrettent le côté branchouille parisien, on compte en moyenne désormais

  • 39 pages consacrées à l’actualité, soit près d’un tiers de la revue, avec un point de vue divers gauches,
  • une rubrique magazine donnant un coup de projecteur sur une actualité culturelle un peu brûlante,
  • un best-of en dernière page de tout ce qu’il faudrait aller voir, lire ou écouter en ce moment,
  • et 24 pages de publicité, généralement culturelles, en accord avec les rubriques concernées.

Toujours plus d’actualités, de décryptage de look, de buzz,… plus les années passent, et les directeurs de la rédaction changent, plus le magazine perd de sa pertinence : l’actualité culturelle passe bien après, au sens propre comme au figuré, l’actualité politique tout court, « infos » peu fouillées que l’on peut lire par ailleurs dans les quotidiens et hebdos, lesquels proposent des articles de fond. C’est bien dommage car il n’y a pas énormément de presse culturelle digne de ce nom par ailleurs.

Je prise peu en outre certains choix bien marqués des Inrocks, péremptoires, ses chouchous qu’il porte à bouts de bras, de la « jet-set intello culturelle » du tout-Paris, fréquemment : Michel Houellebecq, Frédéric Beigbeder en littérature, la Palme d’or Oncle Boonmee, le groupe Revolver, les Versaillais qui ont déjà la grosse tête, et les groupes anglo-saxons plutôt que les groupes français (d’où le quiproquo créé par le groupe Cheveu), les critiques ayant été pris dans leur propre piège…

N’empêche que je le feuillette chaque semaine, glanant ici et là quelques idées, intéressée par les sorties ciné, un article sur Céline et les pamphlets, un autre sur The King of Limbs, le nouveau Radiohead, vendu en téléchargement, testant un nouveau modèle économique et vexant la critique musicale logée à la même enseigne que n’importe quel internaute pour le juger,… mais d’année en année l’intérêt va s’amenuisant : ne subsiste que l’attrait des compilations de CD accompagnant régulièrement le magazine.

Sortant chaque mardi, ce mensuel est disponible en kiosque (2,50 euros) et sur abonnement. Vous pouvez retrouver le magazine en ligne sur www.lesinrocks.com.

Rétrospective Ciné 2010

08.01
2011

Une fois n’est pas coutume, cette fois, on ne parlera pas de livres, mais de films.

Vous pouvez retrouver mes chroniques de films ailleurs, notamment sur Telerama.fr.

L’année 2010 s’étant achevée, quels films m’ont finalement marquée ?

Je regarde les tickets ciné conservés, et certains titres, déjà, ne m’évoquent plus rien ou presque : Greenberg par exemple ?

De même, on est toujours très heureux d’aller voir le dernier Woody Allen, certain de passer un bon moment, mais depuis la claque de Match point, les films se succèdent et sont aussitôt oubliés. Le dernier s’attarde sur les mauvais choix que tous les personnages font à un moment-clé de leur vie.

Et puis, il y a ce film applaudi tant par la presse que par le public, Des Dieux et des hommes. Film académique, servi par un jeu d’acteur magistral, un Lambert Wilson admirable, ce long-métrage, en gros, relate l’entêtement d’hommes de foi qui, menacés de mort, préfèrent rester auprès de civils auprès desquels, morts, ils seront de toute manière inutiles. Car leur vie, rappelle Lambert Wilson à un récalcitrant qui veut sauver sa peau et qu’il remet dans le droit chemin, ils l’ont déjà donnée, à Dieu, ils ne peuvent plus la reprendre. Athée convaincue, cette obstination m’a passablement énervée, d’autant qu’il y a tant d’associations humanitaires qui se dévouent de par le monde, sans être pour autant « grandies » par la foi. Par ailleurs, leur sérénité n’est pas à jalouser : donnez à un groupe de gens intelligents un havre de paix identique, ils ne seront pas moins philosophes. Bref je peux comprendre pourquoi les gens ont aimé, les critiques moins.

Enfin il y a la palme d’or à Cannes, Oncle Boonmee, qui a lui aussi mis tous les critiques à genoux, visiblement restés en adoration…

Au bout des cinq premières minutes, je me demandais déjà si je n’allais pas sortir (une première !). Après coup, j’ai bien relu toutes les critiques tentant d’expliquer le génie de cette vaste fumisterie : eh bien non, je suis peut-être idiote, mais Oncle Boonmee, ça ne me parle pas, surtout après être allée voir juste avant le Prix du Scénario, dont je parlerai à la fin, puisqu’il s’agit de mon coup de coeur 2010.

Parmi les films que j’ai vus cette année,

voici mon top 10 dans l’ordre de préférence :

Poetry *** de Lee Chang-Dong

Sound of noise ** de Ola Simonsson et Johannes Stjärne Nilsson

Fantastic Mister Fox ** de Wes Anderson

Bright Star ** de Jane Campion

Les Rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch **, documentaire d’Anne Linsel et Rainer Hoffmann

Le nom des gens ** de Michel Leclerc (hilarant)

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu ** de Woody Allen

Biutiful * à ** d’Alejandro González Inárritu

(film savamment orchestré, même s’il n’use pas des mêmes ficelles que dans sa trilogie précédente, avec un scénario aux antipodes du titre justement !!!)

Entre nos mains * à **, documentaire de Mariana Otero (expérience d’une coop de lingérie féminine près d’Orléans)

Carlos * de Olivier Assayas

Non retenus :

A serious man des frères Cohen (avec beaucoup d’hésitation, de justesse retiré du top ten)

Shutter Island

The Social Network

Invictus

Alice au pays des merveilles de Tim Burton

Avatar (héros exécrable, scénario douteux mais bravo aux gars qui ont construit le monde féerique des grands hommes bleus : et si on reprenait leur matière pour faire un bon film cette fois ?)

Inception (bon concept initial complètement sabré à la soupe des films d’action à effets spéciaux américains),

Harry Potter (le film spectacle de Noël, avec pas mal de motifs inspirés du Seigneur des anneaux, tout de même)

Greenberg (comédie dramatique ou romantique avec Ben Stiller, que j’ai complètement oubliée)

The ghost writer (thriller politique pas transcendant)

Des Dieux et des hommes (voir ci-dessus)

Oncle Boonmee (voir ci-dessus)


Celui qui, selon moi, s’est vraiment démarqué de tous les autres, sorti en France le 20 août, est donc sans aucun doute possible

Poetry ***


Synopsis : Dans une petite ville de la province du Gyeonggi traversée par le fleuve Han, Mija vit avec son petit-fils, qui est collégien. C’est une femme excentrique, pleine de curiosité, qui aime soigner son apparence, arborant des chapeaux à motifs floraux et des tenues aux couleurs vives. Le hasard l’amène à suivre des cours de poésie à la maison de la culture de son quartier et, pour la première fois dans sa vie, à écrire un poème.

Elle cherche la beauté dans son environnement habituel auquel elle n’a pas prêté une attention particulière jusque-là. Elle a l’impression de découvrir pour la première fois les choses qu’elle a toujours vues, et cela la stimule. Cependant, survient un événement inattendu qui lui fait réaliser que la vie n’est pas aussi belle qu’elle le pensait.

Ce long-métrage sud-coréen est un bijou de sensibilité, évoquant le pire, le plus trivial, le viol, la bassesse, l’égoïsme, avec une finesse et une subtilité sans égales. On ressort de ce drame émerveillé par tant d’intelligence de la part de Lee Chang-Dong.

Le cinéma muet * de Vincent Pinel (2010)

07.10
2010

La ruée vers l’or de Chaplin, Le Cabinet du docteur Caligari, Nosferatu le vampire de Murnau, Le Docteur Mabuse et Métropolis de Fritz Lang, Le Cuirassé Potemkine d’Eisenstein, Le Mécano de la “General” de Buster Keaton, Un chien andalou de Luis Buñuel… ces chefs-d’oeuvres ne méritent pas cette appellation de “cinéma muet”, comme s’il s’agissait d’un handicap, donnée lorsque la technique nouvelle du “parlant” commença à le concurrencer. Muet, ce cinéma ne l’est d’ailleurs pas vraiment, puisqu’on l’accompagne musicalement, et qu’on le complète par des intertitres, des didascalies et parfois des dialogues écrits. D’ailleurs le « parlant » posera, lui, le problème de la voix des acteurs (la carrière de certains dont la voix passe mal s’en trouvera interrompue) et de leur nationalité (pour qu’un même film soit vu par le monde entier, il faut désormais soit sous-titrer soit doubler les dialogues).

Directeur du département du film à la Cinémathèque française, Vincent Pinel, s’excuse d’avoir été contraint, vu l’ampleur de la production, à une filmographie essentiellement occidentale. Après un bref historique des origines du cinéma, il nous expose, année après année, dans cet ouvrage synthétique et richement illustré, les faits, films et anecdotes (le triomphe déjà des studios Pathé) qui ont marqué le cinéma muet durant tout son règne, de 1895 à 1929.

Ce panorama du cinéma muet nous invite à découvrir une multitude de films que nous n’avons toujours pas vus, tels que L’Oiseau bleu de Maurice Tourneur, Les Vampires de Louis Feuillade, Monte là-dessus ! de Fred Newmeyer et Sam Taylor, La Chute de la maison Usher de Jean Epstein,…

PINEL, Vincent. – Le cinéma muet. – Larousse, 2010. – 287 p. ; 25 cm. – (Collection Comprendre Reconnaître). – ISBN 978-2-03-584339 : 27 €.