Mots-clefs ‘autobiographie’

Give peace a chance de Marcelino Truong

27.04
2020
cop. Marcelino Truong

cop. Carnets de Sel

 

Give peace a chance de Marcelino Truong

Londres 1963-75

 

Londres, calme et so british, est bien différente du Saïgon effervescent pour la fratrie, et même leur mère souffre de sa routine de femme au foyer. Pour la préserver, leur père quitte la diplomatie de peur de devoir retourner au Vietnam où la guerre s’envenime. Marcelino, qui poursuit de brillantes études, constate, désemparé, avec quel manichéisme les médias occidentaux jugent ce conflit.

 

Dans cette suite, Marcelino Truong n’est plus un enfant, et du coup son regard porté sur l’actualité devient bien plus critique et avisé, ce qui rend d’autant plus intéressant ce roman graphique. En effet, il nous offre ainsi la version très différente d’un vietnamien du sud, de celle que nous avions intégrée en tant qu’occidentaux, notamment grâce à la photo emblématique « La fille à la fleur » de Marc Riboud, datée de 1967. De quoi largement remettre en question le parti pris des pacifistes de l’époque.

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Une BD conseillée et prêtée par Christine B.

Denoël graphic, 2015

278 p. : ill. en coul.

EAN13 9782207117941 : 24,90 €

 

Une si jolie petite guerre de Marcelino Truong

24.04
2020

IMG_20200424_183010Saïgon 1961-1963

En 1961 Truong Buu Khanh quitte les Etats-Unis avec sa famille pour devenir l’interprète du président Ngô Dinh Diêm, au Sud Vietnam. Originaire de Saint-Malo, son épouse se plaint sans cesse de l’insécurité qui règne à Saïgon, tandis que Marcelino, son frère et ses soeurs s’adaptent facilement à la situation.

Marcelino Truong partage avec nous ses souvenirs d’enfance à Saïgon, entre un père absent, absorbé par son travail, une mère blonde, bipolaire, attendant un quatrième enfant, et des domestiques issus des quartiers pauvres de Saïgon. Pour ses yeux d’enfant, tout n’est encore que jeux de guerre, armes suscitant la curiosité, batailles et explosions, d’où le choix du titre construit sur une oxymore. Un dessin très agréable pour une lecture instructive.

Une BD conseillée et prêtée par Christine B.

Denoël graphic, 2012

269 p. : ill. en coul.

EAN13 9782207111789 : 24,90 €

 

Ailefroide : altitude 3954 de Rochette

25.04
2018
cop. Casterman

cop. Casterman

Jean-Marc Rochette, fasciné depuis l’enfance par Le Boeuf écorché de Soutine au musée de Grenoble, tombe un jour amoureux de la montagne. Souffrant de sa relation tendue et peu affective avec sa mère obligée de l’élever seule, et de l’intransigeance aveugle de ses professeurs au lycée, il fuit l’internat les mercredis après-midis pour escalader des sommets avec son ami Sempé. A 16 ans, tous deux rêvent de devenir un jour guides de haute montagne, d’ouvrir de grandes voies, de remplir une liste de courses pour postuler à la formation d’aspirant guide. Mais au moindre faux pas, à la moindre mauvaise évaluation du temps, la montagne est sans pitié…

Puissant et sans concession, ce récit autobiographique révèle la première vocation du dessinateur Jean-Marc Rochette, l’auteur du Transperce-neige, qui a dû renoncer à son rêve de grimper un jour la face nord d’Ailefroide et d’en faire son métier, vaincu par la dangerosité de l’alpinisme.

Dans ce récit initiatique, Jean-Marc Rochette nous livre malgré tout un vibrant hymne à la beauté des sommets et de la montagne.

ROCHETTE, Jean-Marc
Ailefroide : altitude 3954
Casterman, 2018
284 p. : ill. en coul.
EAN 9782203121935 : 28 €

Comme un chef de Peeters & Aurita

24.01
2018
cop. Casterman

cop. Casterman

 

Ce récit initiatique de Benoit Peeters nous ouvre les portes de son intimité : il nous livre d’abord son enfance où son environnement est peu propice à un éveil au goût, puis son adulescence où il a la révélation en goûtant à l’escalope de saumon à l’oseille des frères Troisgros. Mais c’est grâce à La cuisine gourmande de Michel Guérard que Benoit Peeters commence à cuisiner. S’inspirant de son ouvrage Roland Barthes sur Roland Barthes, Benoit Peeters invite alors à diner l’illustre et le seul directeur de thèse à avoir accepté son sujet sur Hergé, Roland Barthes. Mais pour Barthes et ses amis, la saveur y est, mais pas la quantité ! Benoit publie un roman chez Minuit, et, contre l’avis de ses parents qui lui coupent les vivres, il renonce à tenter Normale Sup ou Sciences-Po. Pour vivre, tout en rédigeant son mémoire sur Tintin, il décide alors de louer ses services comme cuisinier à domicile, où il va de surprise en surprise, comme sa compagne d’ailleurs, future photographe, qui a décidé de faire taxi…

Il nous avait caché ça ! S’il y a une personne encore vivante, dont j’admire le parcours littéraire et artistique, c’est bien Benoit Peeters. Si le terreau familial n’était pas propice à une vocation de gastronome, en revanche, Benoit Peeters a fait des rencontres littéraires et artistiques qui ont pu lui ouvrir la voie : François Schuiten, qui publie déjà chez Métal hurlant, fut un ami d’enfance, Roland Barthes son directeur de thèse, Jérôme Lindon son premier éditeur ! Et voilà qu’il aime la bonne cuisine, a côtoyé les plus grands chefs, et sait cuisiner : mais bon sang, voici un homme à marier ;-)

Trêve de plaisanteries : sous couvert d’une vocation inachevée, Benoit Peeters nous livre ici, en plus d’une autobiographie culinaire, une véritable invitation à l’éducation au goût : la qualité plus que la quantité, quitte à ce que Barthes le trouve un rien ascétique à son goût, ce que, du reste, Benoit Peeters semble avoir mal digéré, une trentaine d’années après.

Ce roman graphique, qui met de la couleur dans les mets et vins, donne bien envie de se remettre aux fourneaux !

 

Peeters, Benoît, Aurita, Aurélia
Comme un chef
Préface de Pierre Gagnaire
Casterman, 2018 (Écritures)

EAN13 9782203146754 : 18,95 €

Carnation de Xavier Mussat

09.07
2014

cop. Casterman

 

Schéma classique d’un dessinateur de BD qui débarque à Angoulême et se retrouve prolétaire du dessin animé. Oui, mais voilà, elle aussi est attirée par la ville de l’image, fait le vide autour de lui et le dévore très vite de l’intérieur, dans une passion exclusive… 

Xavier Mussat se met à nu dans cet album autobiographique, dans lequel il a mis toutes ses tripes, innovant, bousculant les codes graphiques, dans une recherche artistique trop souvent brimée par la réalité d’une économie libérale. Un très bel album.

MUSSAT, Xavier. – Carnation. – Casterman, 2014. – 247 p. : ill. n.b. ; 27 cm. – (Univers d’auteurs). – EAN13 9782203087767 : 25 €.

 

Autobiographie des objets de François Bon

27.01
2013

cop. Carnets de SeL / Seuil

 

Question

«C’est une danse : on ne s’y reconnaît plus. De deux ans en deux ans il faut se débarrasser de l’ancien et remplacer par ce qui est tellement mieux – de toute façon, l’objet tombe en panne de lui-même et ce n’est pas réparable. » (incipit, p. 7)

Partant de ce constat, de ces objets de consommation devenus périssables au bout de quelques années voire quelques mois, François Bon regarde dans son rétroviseur pour faire revivre les objets qui ont marqué son enfance : une corde de Nylon bleue, un miroir, des machines à écrire, un microscope, la toise, les cartes postales, … Ce sont ainsi 64 textes brefs de quelques pages à lire  pour autant d’objets à re-découvrir selon l’âge du lecteur.

Dans la lignée de Francis Ponge, après les Choses de Pérec et de L’Invention du quotidien de Michel de Certeau, François Bon s’attarde sur tous ces objets qui ne survivent plus que dans les brocantes… qu’il fuit. Car point de nostalgie ici : il s’agit juste pour cet auteur et éditeur du Web, qui avait d’abord publié ces textes en autant d’articles sur son site Tierlivre.net, ayant depuis longtemps troqué l’objet-livre contre une tablette tactile, d’évoquer sa vie passée (autobiographie) par le biais d’un univers irrémédiablement disparu, celui des objets qui durent, et dont on connait les fabricants ou les commerçants. Dommage que Philippe Claudel ait eu exactement la même idée, en publiant aussi 63 textes autobiographiques mais en s’inspirant des odeurs qui ont jalonné sa vie, et en ayant en commun un texte intitulé Ether. Du coup, le concept semble moins original que voulu, surtout en ayant lu Parfums en premier. Toutefois, il émane de ces textes une sincérité, une simplicité dont sont dépourvus Parfums, recueil à la prose plus empruntée semble-t-il. Et, même si François Bon s’en défend, il émane de cette vie d’autrefois, où l’on franchissait le seuil de tels commerçants pour acheter tel objet, tel vêtement confectionné sur place parfois, une certaine nostalgie. Sans remonter très loin, on peut ne serait-ce songer qu’à ces cartes postales que l’on s’envoyait aux vacances, aux anniversaires, aux fêtes de fin d’année, aux anniversaires, et qui vont disparaître peu à peu, balayées par l’instantanéité du portable, du web, des réseaux sociaux.

Certes, la plupart des entrées de ce dictionnaire amoureux des objets m’ont peu séduite : François Bon a en effet grandi dans un garage, et quand il se penche un peu trop souvent sur la mécanique, mon intérêt s’est émoussé. D’autres heureusement, comme le petit miroir dont il détourne l’usage pour regarder le ciel, ou la maison familiale dont un cousin aveugle a hérité, l’ont réveillé. Contrairement à François Bon, j’aime m’entourer d’objets qui ont vécu (machines à écrire, miroirs anciens ayant appartenu à ma grand-mère, vieilles cafetières, balance Roberval, meubles chinois de la fin du 19e siècle, antiquités Art déco, Art nouveau) comme je rénove actuellement une vieille maison pour lui redonner son charme d’antan, c’est pourquoi j’ai apprécié ce recueil, même si la lecture linéaire de textes brefs, comme je le disais pour Parfums, tend à me fatiguer : mieux vaut les picorer quelques minutes par-ci quelques minutes par-là que de tout lire d’une traite.

A lire également la critique de Télérama et celle de l’Irrégulière.

BON, François. – Autobiographie des objets. – Seuil, 2012. – 244 p.. – (Fiction & Cie). – EAN 9782021088397 : 18 €.

 

Parfums de Philippe Claudel

25.11
2012

cop. Carnets de SeL

 

Se dérobant à l’exercice périlleux de l’autobiographie classique que d’aucuns pourraient juger inintéressante, Philippe Claudel a choisi de partir d’un de nos cinq sens, l’odorat, pour faire remonter à la surface ses souvenirs d’enfance, d’adolescence mais également pour évoquer un passé proche. De cette façon, il est également parvenu à se dérober à la rentrée littéraire dont il ne pouvait désormais plus être juge et partie, ayant accédé au titre honorifique de membre de l’Académie Goncourt, qui délivre le prix littéraire le plus convoité de l’année.

Né en 1962 à Dombasle-sur-Meurthe, petite ville de la Lorraine, où il demeure toujours, Philippe Claudel dresse ici l’inventaire, sous la forme d’un abécédaire, des parfums qui ont marqué sa vie :

« Un matin, j’attends mon oncle en préparant le café, comme d’habitude. Il ne viendra pas : il est mort dans la nuit. Son pull-over repose sur un escabeau. Presque humain. Fatigué. Troué par endroits. Avec deux petites taches de plâtre frais qui se sont lovées dans les fibres du tissu. J’enfouis mon visage en lui comme dans le creux des bras d’un être aimé, en pleurant. Mon oncle est là, violemment présent, dans le parfum froid de la cigarette, les traces atténuées d’un après-rasage bon marché, la poussière de ciment, la colle à papier peint, surgissant d’une alchimie que le vêtement a concentrée malgré lui. » (p. 166)

Comme une madeleine de Proust, certaines odeurs font ainsi revivre pour chacun d’entre nous des lieux, des moments, des personnes. Philippe Claudel a choisi d’en disséquer les fragrances, à la manière du héros de Patrick Süskind, Jean-Baptiste Grenouille, pour nous livrer son amour du terroir, des choses simples, dans des chapitres très courts de deux ou trois pages, qui se dégustent comme autant de  Première(s) Gorgée(s )de bière.

Ma sélection de la rentrée littéraire a placé entre mes mains ce recueil de textes autobiographiques de Philippe Claudel, orné d’une jaquette illustrée par le célèbre tableau de Klimt, Les trois âges de femme, au moment où je donnais moi-même naissance à une petite fille, dont je respirais le doux parfum en l’allaitant.

Si le travail d’écriture de Philippe Claudel ne laisse aucun doute, chaque mot étant pesé savamment pour traduire ses ré-impressions, l’exercice m’a semblé néanmoins, peut-être à tort, trop appliqué et trop scolaire. Mis à part quelques passages comme celui cité précédemment, le recueil ne m’a pas émue, comme l’ont fait la plupart de ses romans.

Une lecture plaisante.