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Un diamant brut *de Yvette Szczupak-Thomas (2008)

13.06
2008
Un diamant brut : Vézelay – Paris 1938-1950

Ses parents morts, Yvette Thomas reste chez maman Blanche, en Bourgogne, qui la traite comme sa fille et s’émerveille de son intelligence des choses. Mais l’Assistance Publique retire Yvette de ce foyer chaleureux pour la placer dans une famille d’accueil, chez des gens méchants qui la traitent comme une esclave et où elle régresse insensiblement. Mais voilà que les Zervos, éditeurs et mécènes, appartenant à l’intelligentsia parisienne, découvrent la beauté, l’intelligence et les talents de cette petite et décident de l’adopter. Commence alors son immersion dans un autre monde à Saint-Germain-des-Prés, fréquenté par des artistes comme Pablo Picasso, son professeur de dessin et ami, Paul Eluard ou René Char, un monde fascinant mais aux desseins troubles…

Nul doute que les références constantes à des artistes célèbres, à qui elle redonne couleur humaine, sont pour beaucoup dans l’intérêt éprouvé à la lecture de cette autobiographie, bien écrite au demeurant, prenant la suite au souffle tragique d’une enfance malheureuse et à la dénonciation du sort des enfants placés en Assistance Publique, utilisés à des fins diverses, utilitaires d’abord, puis en guise de faire-valoir et d’objet sexuel.

SZCZUPAK-THOMAS, Yvette. – Un diamant brut : Vézelay-Paris 1938-1950. – Métailié, 2008. – 438 p.. – ISBN : 978-2-86424-654-1 : 20 €.

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Kiki de Montparnasse ** de Catel & Bocquet (2007)

19.05
2008

Vous avez tous reconnue dessinée l’égérie de Man Ray dans les années 20, celle que le tout Montparnasse appelle Kiki, et que tous les artistes de l’époque ont adulée ou prise au moins une fois pour modèle voire pour maîtresse : Soutine, Modigliani, Kisling, Fujita, rendu célèbre par son Nu couché à la toile de Jouy d’elle, Per Krohg, l’amateur d’art Henri-Pierre Roché, Picasso, Tristan Tsara, Robert Desnos, André Breton, Marcel Duchamp, Calder, Utrillo, Léger, Ivan Mosjoukine, Jean Cocteau, Henri Broca, Ernest Hemingway,… Voici la biographie tumultueuse et passionnée d’Alice Prin que rien ne prédestinait à devenir cette muse charismatique du tout Paris de l’entre-deux-guerres.

Voilà un visage aux yeux fermés que je contemple depuis longtemps sans bien le connaître, celui posant sur l’une de ces photographies de Man Ray demeurée dans la mémoire collective, Noire et blanche, datée de 1926. Cette bande dessinée a l’heur de nous plonger dans ce Paris des années 20 en pleine effervescence artistique, au milieu des histoires amoureuses des uns et des autres, de leurs amitiés perdues et retrouvées, et de leur percée les poches pleines dans le monde de l’art ou quittes pour n’être reconnus qu’à leur mort. Le personnage de Kiki, qui pourrait passer pour vulgaire et grossier, vendant ses charmes à qui veut et poussant la chansonnette grivoise sur les tables, y devient entier et attachant, et ceux des artistes les plus célèbres on ne peut plus humains. Une BD emblématique d’une époque-phare de l’art.

Prix FNAC-SNCF – 2008

Prix Essentiel – Angoulême 2007

Vous pouvez lire aussi d’autres avis, tel celui inspiré sur Lectures et autres.

Casterman, 2007. – 374 p.. – (écritures). – ISBN 978-2-203-39621-0 : 18,95 €.

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Le portrait *** de Nicolas Gogol

14.09
2005

Traduit du russe par Elsa Triolet

Jeune peintre se consacrant tout entier à son art, vivant en ascèse, Tchartkov voit sa vie bouleversée lorsqu’il trouve dans le portrait angoissant qu’il vient d’acheter de quoi vivre dans le luxe pendant des années. Il ne rêve soudain plus que de gloire et de notoriété auprès de l’aristocratie… Dans une vente aux enchères, l’extraordinaire vivacité des yeux d’un portrait excite la foule jusqu’à ce que la curiosité de cette dernière ne soit piquée par le récit qu’un jeune inconnu leur conte sur son histoire…

Un même sujet, le portrait, est traité de manière différente par deux nouvelles de Gogol aux limites du fantastique. Le sujet de la première se révélera bien plus intéressant que celui de la seconde, qui semble en constituer plus ou moins l’explication mystique, mais qui a peut-être inspiré quelque cinquante années plus tard Oscar Wilde pour son Portrait de Dorian Gray. Toujours est-il que le premier sujet traite de la condition d’artiste, et par-delà des conditions d’émergence de son génie : devient-on un peintre de génie en menant une vie de moine ? Est-on condamné au contraire à la médiocrité au regard de ses pairs si l’on cède aux sirènes de la gloire et des mondanités ? C’est ce questionnement que jugea intéressant Elsa Triolet, à tel point qu’elle proposa sa propre traduction de ces nouvelles, aussi fidèle que possible à la prose du célèbre écrivain russe.

A LIRE !!!

Lire aussi l’article de L’Humanité.



GOGOL, Nicolas.- Le portrait / trad. du russe par Elsa Triolet, postface de Marie-Thérèse Eychart. – Rambouillet : Société des Amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, 2007. – 125 p.. – ISBN : 978-2-84109-690-9 : 9,50 €.

Société des Amis de Louis Aragon et Elsa Triolet
42, rue du Stade

78120 Rambouillet

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Tristesse et beauté de Yasunari Kawabata

11.09
2005

Titre original : Utsukushisa to kanashimi to

Année de publication : 1965

Prix Nobel de Littérature en 1968.

Commencée en 1961 avec une publication en feuilleton, publiée en février 1965, ce sera la dernière œuvre de Kawabata publiée de son vivant. Il sera traduit et publié en France en 1981.

Oki, écrivain vieillissant, décide d’aller à Kyoto écouter sonner les cloches des monastères annonçant le passage d’une année à l’autre. Sur place, il appelle Otoko, artiste peintre âgée à présent d’une quarantaine d’année. Il ne l’a pas revue depuis plus de vingt ans. A l’époque, Fumiko, son épouse, venait d’avoir son premier enfant, Taichirô, et cet homme alors âgé de trente ans avait abandonné cette jeune maîtresse de seize ans à son triste sort, après qu’elle ait perdu son bébé et tenté de se suicider, l’aimant toujours éperdument. Il a immortalisé cet amour passionné dans son roman le plus connu, Une jeune fille de seize ans. Mais cette nuit-là, Oki ne soufflera mot de ce passé à Otoko, qui ne restera jamais seule avec lui, semblant inséparable de Keiko, sa jeune élève d’une beauté époustouflante. Un jour, cette dernière se déplace jusque chez lui lui apporter ses toiles et rencontre son fils. A son retour, elle avoue à Otoko qu’elle souhaite la venger…

Quel ravissement que ce dernier roman de Kawabata, dont la subtilité laisse une impression de perfection, une fois sa lecture achevée ! Il exprime en notes toutes plus délicates les unes que les autres les thèmes de l’amour, de la beauté et de la jalousie : amour hétérosexuel, amour lesbien, amour maternel constituent les trois faces de cette relation quasi-triangulaire. Par le passé, les liens naissants d’une jeune famille y étaient plus puissants qu’une passion irrationnelle, dont ont souffert en silence la jeune épouse ainsi que la mère d’Otoko. Dans le présent, ils seront mis à mal par la jalousie diabolique de cette autre jeune fille passionnée, qui veut venger sa bien-aimée. Au fil de cette intrigue sont distillées sans cesse de très belles descriptions, tant de paysages que de blasons du corps féminin ou de scènes érotiques, ainsi que de profondes réflexions sur ces deux arts que sont la peinture et l’écriture. Toute critique est vaine devant ce petit bijou de raffinement.

J'ai adoré

Un coup de cœur semblable au magnifique Fusil de chasse de Inoué Yasushi. Décidément, ces Japonais….

190 pages – 5 €.