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Comprendre les symboles de Clare Gibson (2010)

03.12
2010

Où trouve-t-on le séma taouy ? Que signifie le son Om ? A quoi est associé Saint Raphaël ? Comment sont représentés les principaux dieux du shintoïsme ?

Continent par continent, ce guide passe en revue les symboles des systèmes sacrés, sociaux et religieux du monde entier. Pour ce faire, sur chaque page de gauche, une oeuvre d’art illustre l’un des quatre symboles expliqués sur celle de droite.

Déjà publié chez Dessain et Tolra, cet ouvrage abondamment illustré, sous un format agréable à prendre en main, synthétise la masse de symboles, des plus élémentaires aux plus élaborés. que l’on peut être amené à rencontrer dans tous les domaines.

GIBSON, Clare. – Comprendre les symboles : tout sur la signification des symboles dans l’art. – Larousse, 2010. – 255 p. ; 17 cm. – ISBN 978-2-03-585403-2 : 12,90 €.
Service de presse.

Paula T. une femme allemande *** de Christoph Hein

14.05
2010

Paula T. une  femme allemande

Titre original : Frau Paula Trousseau

Pour quitter au plus vite son père qui terrorise sa famille et une mère et un frère alcooliques, Paula se jette dans les bras d’un mari qui ne la veut qu’au foyer et n’hésite pas, pour arriver à ses fins, à substituer un placebo à ses pilules. Mais Paula, qui a arrêté sa formation d’infirmière et a été reçue à l’examen d’entrée de l’école des Beaux-Arts de Berlin, est fermement décidée à poursuivre ses études, même enceinte, et à devenir peintre…

Christoph Hein (Prise de territoire) signe là un magnifique roman d’apprentissage, moins par la qualité de son écriture que par les thèmes exploités et l’émotion suscitée. Il brosse en effet le portrait d’un personnage endurci par l’égocentrisme d’un père puis d’un mari de la « vieille école », qui, à son tour, va être taxé d’égoïste pour ses choix allant à l’encontre de sa nature de femme et de mère, se méfiant à jamais des hommes (p. 209), mais aussi d’artiste de l’Allemagne de l’Est. En mettant l’accent sur la non-représentation publique de sa grande toile blanche et l’impossibilité pour Paula de suivre sa tendance à l’abstrait, le roman souligne la difficulté d’être créateur dans certains pays et à certaines époques (p. 199).

« Je sentais que la nouvelle toile était enfin sur la bonne voie. J’étais soulagée, car lorsque la toile refusait de me laisser pénétrer en elle, quand elle ne me forçait pas à travailler, il y avait quelque chose qui clochait dans mon travail. Ou en moi. J’avais déjà fait cette expérience. Le matin lorsque j’étais impatiente de me trouver devant mon chevalet, ou énervée parce que j’avais des rendez-vous dont je voulais me débarrasser le plus rapidement possible pour pouvoir enfin me mettre au travail, je savais que j’étais sur le bon chemin et que je n’allais pas au-devant d’un échec, comme c’était si souvent le cas. » (p. 258)

Il évoque aussi le dilemme entre sa vocation d’artiste et ses renoncements pour des travaux alimentaires, les méthodes d’enseignement (p. 202), la beauté  de la Nature qui se dérobe comme motif (p. 330), les périodes d’inspiration et de désillusion (p. 258). Un beau roman.

HEIN, Christoph. – Paula T. une femme allemande / trad. de l’allemand par Nicole Bary. – Paris : Métailié, 2010. – 417 p. : couv. ill. en coul. ; 22*14 cm.. – (Bibliothèque allemande). – ISBN 978-2-86424-722-7 : 22 €.

Prague

23.08
2008

Prague, c’est la ville-muséehantée par le vague souvenir du Golem et par les pas de Franz Kafka. Prague, c’est une ville qui se regarde plus qu’elle ne se visite. Ses façades forment un tout homogène qu’aucun conflit n’a abîmé. Prague hélas semble aussi avoir été désertée par les Tchèques, laissée en pâture à la cohorte d’étrangers qui en achètent les demeures et continuent à la faire vivre par le tourisme.


Souvenirs inoubliables

 

La place de la vieille ville (Staromestske namesti)

Les belles façades des immeubles de la vieille ville, partout où l’on va,

Le quai Mazarykovo nabrezi et son alignement d’immeubles néobaroques,

quai Mazarykovo nabrezi

rue Nerudova

La rue Nerudova  à gravir pour atteindre le château… Cela ne vous évoque rien ????

La vue sur Prague des jardins (gratuits) du château

L’impression générale de quantité et de qualité des palais qui fleurissent dans Prague : le palais Cernin (in- photographiable tant il est long), la place du Hradschin avec le palais Toscan, la cour d’honneur du château, pas très belle, elle, et le palais Renaissance Schwarzenberg. Mais ceci n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

Les vitraux de Mucha dans la cathédrale gothique Saint-Guy

Vitraux de Mucha dans la cathédrale

 

Maison municipale

 

 

La salle Smetana, salle de concert, et la salle du maire, petite et ronde, entièrement décorée (luminaires, rideaux, vitraux,peintures,…) par Mucha dans la Maison Municipale, commencée en 1905 et inaugurée en 1912.

L’Hôtel Pariz et l’hôtel Central, hôtels art nouveau aussi.
Le Pont Charles (Karluv most), pont gothique.
Les promenades dans les rues silencieuses de l’île Kampa.

Ceux qui le sont un peu moins…

L’hôtel de ville,

L’église Notre-Dame-du-Tyn, la cour du Tyn,

La ville juive : elle ne vit plus, ce ne sont que des vestiges visités par les touristes ; ne subsistent au milieu des larges avenues aux jolies façades que les synagogues, l’ancienne salle des cérémonies et le vieux cimetière juif. Décevant.

Le sanctuaire de Lorette (110 couronnes),

Le Musée Kafka (240 couronnes), le temps d’une averse, car rien n’est plus difficile que d’évoquer la biographie d’un auteur et son oeuvre,

Le château : l’entrée est chère, pour n’y voir pas grand chose (si l’on compare à Versailles !) et le château lui-même est moins beau que les façades qui s’offrent à notre vue dans Prague, puisq’il a été refait à la plus mauvaise période du classicisme insipide. On y visite

La Ruelle d’Or, envahie par les touristes, dans l’enceinte du château, où demeura quelques mois Kafka au numéro 22 en 1916-1917.

Les différentes cours du château, les façades classiques du château, l’intérieur de l’ancien palais royal (vide avec peu de salles ouvertes à la visite… pour le prix !),

L’église Saint-Georges, à la façade ocre rouge et blanc, derrière laquelle on découvre une très belle salle romane à l’intérieur, avec une galerie.

La rue Karlova, envahie par les boutiques à souvenirs,

Le Klementinium : visite guidée obligatoire = 220 couronnes : entrée chère pour ce qu’on y donne à voir. La chapelle des miroirs n’a rien d’épatant, la bibliothèque baroque…. Allez donc voir celle de Vienne, magnifique, dans laquelle, d’ailleurs, contrairement à celle-ci, on peut circuler ; quant à la tour astronomique, la vue y est belle, mais moins chère des deux tours de Prague.

L’Eglise Saint-Nicolas de Mala Stranatrès belle église baroque, mais comme tant d’autres ; hélas, si vous êtes déjà allés à Rome, vous en aurez vu de bien plus impressionnantes.

La Tour poudrière : la vue y est belle, et c’est pour cela qu’on y monte, mais pas inoubliable.

Le Musée Mucha : peu d’oeuvres (Médée), mais certaines que je ne connaissais pas encore.

La tour Daliborka, où ont été entreposés des instruments de torture.

 

Salle du petit-déjeuner à l'hôtel

 

Où se loger comme des princes

L’hôtel IMPERIAL *****

Magnifique salle art déco du petit déjeuner où tout un chacun peut aussi venir se restaurer, très beau hall, chambres très confortables, espaces SPA et fitness inclus pour ceux qui font un long séjour.

 

Le bottin du gourmet gourmand

Passez votre chemin

Café Franz Kafka

Contrairement à sa citation dans le guide du Routard, passez votre chemin !!!! Les toilettes sont infectes, le serveur antipathique et un peu voleur avec les touristes, la carte sans originalité.

 

Restaurant Hôtel Europa

Amoureux de l’art nouveau, l’hôtel Europa, avec ses menus raisonnables, vous tend les bras.  Mais n’y allez que pour un café, ou quelque chose de ce genre. Un sentiment de lieu qui va à vau-l’au, d’un bel établissement de luxe de fin de règne, comme mourant, sous perfusion, avec les quelques touristes que les serveurs réussissent à attirer dans l’un des trois restaurants. Nous voilà dans une belle salle, mais avec des serveurs zélés et forçant à la consommation (refusez l’apéritif proposé, et sachez que le pourboire obligatoire qu’ils s’attribuent fait monter l’addition de 10 %).

Au menu : la soupe nationale (ceska bramborova) agrémentée de quelques boulettes de boeuf : pas terrible, un goulash écoeurant, une coupe colonel tout ce qu’il y a de plus original ! Le tout pour 1380 euros pour 2 personnes, l’apéritif proposé et le pourboire exigé compris.

 

Pour la pause gourmande

Maison municipale

Vous ne pourrez pas y échapper au petit-déjeuner, au goûter ou en dessert : tentez ces petits gâteaux au pavot et à la cannelle, ou le Sachertort (gâteau au chocolat). Ce n’est pas mauvais du tout.

Allez donc au magnifique Café Art nouveau-art déco de la Maison municipale : le cadre vaut le détour, et les gâteaux proposés sont bien appétissants.

Si vous voulez vous goinfrer bon et pas cher, allez donc à la pâtisserie Odkolek, fréquentée par les Tchèques, à deux pas de la place de la Vieille Ville, qui dispose de quelques tables pour déguster tous ses encas salés ou sucrés.

Pour les gloutons sans le sou

Restaurant Vikarka – U Suteru

130 couronnes l’addition pour deux plats copieux et consistants pour le midi. A deux pas des grandes artères piétonnes commerçantes.

On pourra ainsi vous y servir un camembert chaud pané accompagné de frites et de sauce béarnaise : pour les authentiques gloutons aimant le gras !

Vous aurez souvent en République tchèque proposées en accompagnement des knedliky, préparées à base d’oeufs, de farine, de levure et de pain rassis, cuites à l’eau, assez consistantes mais insipides.

Restaurant Stoleti

Vraiment bon marché, agrémenté d’un service sympathique, qualité suffisamment rare à Prague pour mériter d’être mentionnée, mais cela reste évidemment très simple pour le prix : vous aurez en entrée un toast de fromage fondu sur toast et feuille de salade, une escalope de poulet et röstis en plat, et quelques petites profiteroles en dessert.

Pour les romantiques

Restaurant U maltézskych rytiru

Un cadre très romantique dans une cave romane voûtée, éclairée à la bougie, le repas pris (un plat et un dessert) fut assez bon, l’Appfelstrudel (gâteau aux pommes) fait maison très bon, mais néanmoins cher pour ce que c’était, c’est-à-dire un restaurant qui n’était pas un gastro, où les plats n’étaient pas travaillés malgré un intitulé très alléchant :

- Paupiette de carpe organic du sud de la Bohême farci des tomates, champignons et câpres séchés, bouillie d’orge perlée, sauce raifort (380 couronnes).

- Tournedos de sanglier à la sauce de gratte-culs, légumes rissolés, croquettes de pommes de terre de la maison (455 couronnes).

- Roulade aux pommes de la maison et des noix de jaye, glace à la vanille, cognac d’oeuf, caramel (140 couronnes).


Pour le rapport qualité-prix

Restaurant-brasserie Kolkovna

Une addition de 730 couronnes pour 1 bière (Müller Thurgau 79 Kc), 1 verre de vin blanc (Pilsner Urquell 39 Kc), 2 plats (Gulas 165 Kc et Svickova 159 Kc), 2 desserts (Cokoladove sufle 149 KC et Tvarohovy dort 139 Kc). La saveur du boeuf aux airelles en sauce = le Svickova) est vraiment agréablement surprenante, (pour ceux qui aiment le salé sucré. Le dessert fut parfait : une grande assiette composée d’un soufflé au chocolat bien coulant sur une pléthore de fruits frais… Un régal !

Plaisirs à lire

Le Golem de Gustav Meyrink

 

 

Le Procès de Franz Kafka

 

Verdict : Alors, j’y retournerais ou pas ?

Avec plaisir, si l’occasion se présente, mais pas de ma propre initiative (il y a tant d’autres sites à découvrir en une seule vie !), et plutôt en février. L’ambiance doit tout à fait changer, et les touristes se raréfier !

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Les sous-sols du Révolu ** de Marc-Antoine Mathieu (2006)

03.01
2007

Les Sous-sols du Révolu : Extraits du journal d’un expert / Marc-Antoine Mathieu

Marc-Antoine Mathieu : ce seul nom m’a décidée hier à emporter cette nouvelle BD avec moi. Ce nom ne vous dit rien ? C’est pourtant celui dont toute l’oeuvre figure dans mon palmarès 2006, grâce aux aventures aussi absurdes que fantastiques et intelligentes de son anti-héros Julius Corentin Acquefacques (lire l’anagramme de Kafka). Cette fois,l’anagramme ne porte pas seulement sur le nom du protagoniste mais sur le musée lui-même et les oeuvres qu’aperçoit Eudes le Volumeur. Ce dernier, expert de son état, est chargé de recenser les acquis anciens du Musée dans ses innombrables et sinueux sous-sols. Il y découvre les préoccupations les plus saugrenues, les métiers les plus oubliés et les secrets les mieux gardés, comme celui du sourire de la Joconde, qui nous apprend beaucoup sur le regard dans l’art : qui regarde ? Qu’y voit-on ? La mise en abime du tableau Voleur de musée y est d’ailleurs bluffante. Une vie ne suffit pas à tout inventorier et Eudes le Volumeur, comme ses prédécesseurs, poursuivra alors le rite de passage.

Cette petite BD, qui n’a pas malgré tout l’épaisseur des scénari précédents, s’inspire tout à la fois des labyrinthes borgésiens, des parcours kafkaïens et surtout de l’univers des Cités obscures de Schuiten et Peeters. Elle amène tout en finesse et subtilité le lecteur à s’interroger sur les coulisses historiques d’un musée, voire sur l’art.

MATHIEU, Marc-Antoine. - Les Sous-sols du Révolu : Extraits du journal d’un expert. -  Futuropolis - Musée du Louvre éditions, octobre 2006. - 60 p. : ill. n.b.. – ISBN : 2-75480-050-6 : 16 €.

L’art égyptien de Christiane Ziegler & Jean-Luc Bovot

25.06
2006

cop. Larousse

A travers son art, à la fonction essentiellement funéraire et religieuse, c’est toute la civilisation de Égypte ancienne qui est déclinée ici en quatre chapitres faciles à appréhender : des origines au temps des pyramides, le Moyen Empire ou l’âge du classicisme, le Nouvel Empire ou le temps des conquêtes, la Basse Époque ou les derniers feux de l’art égyptien. Ce sont ainsi 100 chefs-d’œuvre (pyramides de Saqqara à Mykérinos, temple d’Abou Simbel, statue de Kephren sous la protection du faucon Horus, peintures murales des tombes thébaines, mobilier funéraire de Toutankhamon, trésors,…) que nous invitent à découvrir la directrice du département des Antiquités égyptiennes du musée du Louvre et un archéologue ingénieur d’études attaché à ce même département, de la période de Nagada à l’époque ptolémaïque.
En annexes : chronologie des dynasties, carte, glossaire, bibliographie.

 

Un documentaire de plus sur le sujet, mais pas n’importe lequel puisqu’il s’agit du tout nouveau titre de la collection « Reconnaître et comprendre », dont le sérieux pédagogique et la richesse iconographique sont les gages d’un véritable ouvrage de référence. Aussi ses explications claires et accessibles séduiront autant les férus d’Égypte ancienne que les profanes et tous ceux qui un jour sont partis comme moi, ou partiront, ce guide à la main, admirer ces joyaux in situ ou dans les nombreux musées les exposant, dont ceux du Louvre ou du Caire.

 

ZIEGLER, Christiane, BOVOT, Jean-Luc. – L’art égyptien. – Larousse, 2006. – 143 p. : ill. en coul. ; 25*15 cm. – (Comprendre et reconnaître). – ISBN : 2-03-505559-8 : 15 €.

Arts d’Afrique, des Amériques et d’Océanie d’Etienne Féau, Pascal Mongne, Roger Boulay

05.06
2006

 

cop. Larousse

Ce titre de la collection « Comprendre et reconnaître » est publié à point nommé pour l’ouverture le 26 juin prochain du musée du Quai Branly rassemblant les collections parisiennes d’arts africain, américain et océanien. Co-écrit par un historien de l’art, d’un archéologue, tous deux enseignants à l’École du Louvre, et d’un ethnologue réputés, cet ouvrage est introduit par un rappel de l’influence de ces arts longtemps méconnus et négligés sur des artistes du XXe siècle comme Picasso, le groupe Die Brücke, André Breton, Apollinaire,… Fort d’une riche iconographie, de cartes et tableaux chronologiques, il se découpe ensuite en trois espaces d’étude géographique et historique : les arts d’Afrique subsaharienne, des Amériques indiennes et métisses, et d’Océanie insulaire. Ce documentaire met en exergue le constat suivant :

« L’art pour l’art n’existe pas en Afrique : c’est avant tout un art fonctionnel, qui sert le pouvoir, la religion, la vie quotidienne. » (p. 37)

Cette affirmation, à laquelle on pourrait ajouter les rituels, semble en fait tout aussi valable pour les deux autres espaces étudiés. D’ailleurs, le tatouage et la scarification, devenant à la mode dernièrement, ont perdu en France la fonction qu’ils occupent en Océanie. Pour le même motif, on peut aussi remarquer l’absence de la peinture (si ce n’est contemporaine) parmi les arts recensés dans cet ouvrage : sculptures, orfèvrerie, objets, arts décoratifs, architecture.
Un documentaire très bien fait sur la question.

 

FLEAU, Etienne, MONGNE, Pascal, BOULAY, Roger. – Arts d’Afrique, des Amériques et d’Océanie. – Larousse, 2006. – 238 p. : ill. en coul.. – (Comprendre et reconnaître). – ISBN : 2-03-505543-1 : 27 €.

L’ennui d’Alberto Moravia

15.09
2005

Titre de l’édition originale : La Noia (1960)
Traduit de l’italien par Claude Poncet

« (…) aussi loin que ma mémoire remonte au long des années, je me rappelle avoir toujours souffert de l’ennui. Mais il faut s’entendre sur ce terme. Pour beaucoup de gens, l’ennui est le contraire de l’amusement et l’amusement est distraction, oubli. Mais pour moi, l’ennui n’est pas le contraire du divertissement ; je pourrais même dire que sous certains aspects il ressemble au divertissement en ce qu’il provoque justement distraction et oubli, d’un genre évidemment très particulier. L’ennui pour moi est véritablement une sorte d’insuffisance, de disproportion ou d’absence de la réalité. » (p. 52-53)

Dino, fils unique âgé de trente-cinq ans d’une riche bourgeoise, s’est donc toujours ennuyé, jusqu’au moment où il découvre la peinture :

« Ce fut alors que je devins peintre ; je veux dire que j’espérai rétablir une fois pour toutes, au moyen de l’expression artistique, mon rapport avec la réalité. » (p. 57)

Hélas, l’espoir n’est que de courte durée : quittant la luxueuse villa familiale sur la voie Appienne pour habiter un atelier, ne désirant plus qu’un « maigre » argent de poche pour survivre, ne se consacrant plus qu’à la peinture, il s’aperçoit vite que l’ennui l’afflige toujours autant. Il décide le jour de son anniversaire de retourner auprès de sa mère, mais il ne peut toujours pas supporter sa condition sociale, ses obligations et ses clichés, aussi retourne-t-il dans le quartier des artistes où il rencontre un jeune modèle, Cecilia, dont un vieux peintre, son voisin de palier,était tellement fou amoureux qu’il en est mort. Pour une fois intrigué, Dino répond aux avances de Cecilia, espérant qu’un amour naissant pourrait le tirer de son ennui. Mais il n’éprouve rien pour elle, jusqu’au jour où elle ne vient pas à un rendez-vous, celui qui devait précisément être le dernier…

Très beau texte poétique encore que ce roman d’Alberto Moravia, dont le sujet principal n’est autre que son thème de prédilection, l’ennuisoit la difficulté à appréhender la réalité, qui parcourt toute son oeuvre, (et dont je souffre aussi, je crois, n’ayant jamais vraiment eu l’impression d’être fermement ancrée dans cette réalité, comme une spectatrice regardant défiler sa vie et celle des autres). Ici, trois solutions qui auraient pu permettre au protagoniste de s’ancrer dans le réel sont écartées l’une après l’autre : l’argent, l’art et l’amour. Dino se désintéresse complètement du confort matériel que lui procure sa fortune, du moment qu’il est assuré de ne pas en manquer. Il semble n’avoir aucun talent, aucun génie, aucune vocation artistique réelle, qui lui permettrait d’appréhender le réel sous son prisme. Enfin, il ne parvient pas à être amoureux, et si Cécilia l’obsède tant, c’est que, pour une fois, il éprouve un désir, celui de la posséder entièrement, et qu’elle-même ne soit pas mue par un désir lui échappant totalement. Parallèlement, c’est aussi la bourgeoisie qui est aussi fustigée, enfant gâté à qui l’on n’a jamais rien refusé, et qui ne sait comment occuper son temps et ses journées pour ne pas ressembler à sa mère, gérer sa fortune et souffrir les mondanités. Alors le moins avilissant et le plus honorable dans cette rébellion banale, c’est encore de se dire artiste, bourgeois bohème, et de se présenter chez sa mère avec une fille sans aucune fortune. Car Cecilia n’est jamais qu’un instrument pour Dino, jamais une personne, un moyen, pas une fin.


Un roman psychologique à ne pas manquer.

MORAVIA, Alberto. – L’ennui / traduit de l’italien par Claude Poncet ; préface, bibliogr. et chronologie par Gilles de Van. – 371 p. : couv. ill. en coul.. – ISBN : 2-08-070451-6.
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