Mots-clefs ‘amour’

Library wars de Yumi & Arikawa

22.06
2020

IMG_20200615_085606Les deux premiers tomes

Dans un futur alternatif, le gouvernement japonais juge néfastes certaines lectures et décide de les censurer au moyen d’un comité d’amélioration des médias. Mais les bibliothécaires défendent parfois au prix de leur vie leurs livres, revues et journaux, et finissent par faire voter la loi de sauvegarde des bibliothèques, qui crée aux côtés des bibliothécaires un corps paramilitaire. C’est ce dernier qu’intègre Iku Kasahara à l’insu de ses parents, qui veut suivre les traces d’un « prince charmant » mystérieux lequel avait sauvé son livre favori des griffes de deux membres du Comité d’amélioration des médias. Très vite ses performances physiques qui surpassent celles des filles et de nombreux garçons lui permettent d’être sélectionnée par le lieutenant Atsuhi Dojo, qui semble très dur envers elle…

Sur fond de conflit pour la liberté d’expression, de lois de confidentialité comme celle de ne pas dévoiler les lectures d’un meurtrier, se déroule semble-t-il une histoire d’amour qui s’ignore. Divertissant mais pas original au point d’avoir envie de poursuivre la lecture de cette série.

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Au bonheur des dames d’Agnès Maupré

07.06
2020

IMG_20200607_205104Désormais orpheline, Denise, chargée seule de veiller sur ses deux frères, Jean, bel adolescent bourreau des cœurs, et Pépé, encore bien petit, débarque un matin en plein Paris dans l’espoir de trouver chez son oncle emploi, gîte et couvert. Mais le petit commerçant souffre trop de la concurrence du grand magasin de nouveautés « Au bonheur des Dames » pour pouvoir l’employer. C’est donc en face, dans cette machine immense qu’elle va travailler. Mal coiffée, souffre-douleur de ses collègues, elle a droit à une leçon d’Octave, son jeune patron ambitieux, pour être davantage présentable. Mais lorsque son frère Jean vient la trouver au magasin, Octave croit que c’est son amant et la renvoie. C’est alors qu’il se rend compte à quel point il est tombé amoureux d’elle…

Voici une adaptation relativement fidèle d’un roman de Zola faisant la part belle à Denise, une héroïne courageuse cristallisant toutes les vertus devant laquelle Octave finira à genoux, lui qui sait d’ordinaire manipuler les femmes pour s’enrichir, qui conçoit un nouvel Éden où va se perdre la gent féminine, qui imagine les ressorts de la société de consommation. Cette histoire sentimentale a pour cadre la peinture sociale du microcosme des commis et vendeurs d’un grand magasin, des petits commerçants mis à genoux par la toute-puissance de cette machine à profit. Agnès Maupré a bien distingué par ses couleurs les hommes en noir des femmes, les vendeuses en noir de leurs clientes. Elle décrit admirablement le nouvel engouement des femmes de l’époque pour ces grands magasins, et la frénésie qui y règne. Une BD réussie.

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Les petits chevaux de Tarquinia de Marguerite Duras

21.05
2020

IMG_20200521_204206Sara passe ses vacances dans un village italien au bord de la mer, avec son mari, son fils, sa bonne, son amie et un couple d’amis. La chaleur est écrasante, leur rituel composé de baignades, de bitter campari, de poissons grillés en terrasse de l’hôtel et de jeux de boules. Même la mort d’un jeune démineur dans la montagne perturbe à peine ces vacances. Seul le désir de l’homme au bateau parvient à la troubler…

« L’homme », « l’enfant » : Marguerite Duras préfère aux prénoms fantoches leur désignation. Comme dans Moderato Cantabile, la mère se distingue par son amour pour son fils, constant et inaltérable, contrairement au lien amoureux avec son mari qui se délite. Ne connaitre qu’un amour absolu est-il possible ? La tentation d’une aventure l’effleure, se savoir désirée et donc exister aux yeux d’un autre la rassure. Son mari, qui l’a apparemment souvent trompée, lui, éprouve pour la première fois la douleur d’être le témoin de cette tentation. Leur couple d’amis italien se déchire continuellement, mais à l’opposé n’envisage pas d’autre partenaire. La torpeur de ces vacances qui les plonge dans l’inertie gagne aussi la lectrice que je suis, qui s’imagine parfaitement se rafraîchir dans la mer ou avec des apéros entre amis pour se reposer du train social et professionnel. J’ai adoré ce roman, dans la filiation duquel naîtra le formidable Moderato cantabile. A lire sur la plage cet été !

Gallimard, 1953
220 p.
EAN13 978207036187X

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Des vies en mieux d’Anna Gavalda

04.04
2020

IMG_20200402_155532Des vies en mieux, celles de Billie, Mathilde et Yann. Au fond d’une crevasse dans le parc des Cévennes avec son meilleur ami Franck cassé en mille morceaux, Billie raconte à la petite étoile qu’elle aperçoit cette nuit-là tout ce qu’ils ont vécu ensemble ces dernières années, et comment leur amitié et leur confiance ont germé avec On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset… Mathilde s’aperçoit que son sac à main avec une enveloppe contenant dix mille euros en cash a disparu. Un homme le lui rend trois jours après, avec tout son contenu, et disparait. Elle décide par la suite de le retrouver… Yann aide ses voisins à monter un meuble chez eux et comprend, après la soirée inoubliable qu’il passe avec eux, qu’il doit quitter son amie et changer de vie…

Je me suis fourvoyée : j’ai bien cru qu’il s’agissait d’un roman, d’un roman choral avec des personnages qui se croisaient à un moment donné, mais non, il s’agit de trois histoires totalement indépendantes les unes des autres. Pour autant elles ont un certain nombre de points communs : les personnages sont tous âgés d’une vingtaine d’années, ils souffrent tous d’un manque de confiance en eux et d’une origine sociale moins favorisée que d’autres qu’ils côtoient, ils se retrouvent tous à la capitale, avec encore un avenir à construire, qu’ils vont justement prendre à bras-le-corps.

Autre erreur : j’ai toujours cru qu’Anna Gavalda était à ranger avec Guillaume Musso et Marc Lévy… Grossière erreur, cela n’a rien à voir. Je l’ai pioché du reste dans une boîte à livres (avant le confinement) pour justement en avoir le cœur net. Elle adopte le langage de ses personnages dans son écriture, et n’hésite pas à les faire chuter au plus bas de l’échelle de l’amour de soi. Un livre que j’ai lu d’une traire.

Aldobrando

05.02
2020

AldobrandoSur le point, il le sait, de mourir pour défendre son honneur et une cause juste dans la Fosse, le père d’Aldobrando confie son fils à un mage, qui devra l’élever puis le lâcher dans le vaste monde. Plusieurs années après, alors que le sorcier veut enseigner un secret à Aldobrando devenu un adolescent toujours enfermé dans la cabane, le sortilège tourne mal et, grièvement blessé à l’œil par un chat, le mage lui ordonne de partir très loin en quête de l’herbe du loup, qui seule pourra le soigner. Pour la première fois, Aldobrando quitte la maison et la seule personne qu’il ait jamais connue avec son père. Sur le chemin, il rencontre l’assassin d’un prince qui se fait passer pour le prince lui-même et qui en fait son écuyer. Le retrouvant avec l’arme du crime, c’est Aldobrando que les soldats emprisonnent et que la princesse Bianca vient interroger…

Splendide objet inspiré d’un jeu italien que cet album au dessin tantôt au trait précis tantôt emprunté à la ligne claire, aux belles textures de couleurs et au récit initiatique avec une belle amplitude. Nous voilà transporté dans une Italie moyenâgeuse, sur les pas de ce jeune homme naïf, honnête et courageux, qui va découvrir un monde extérieur particulièrement violent, avec ses hommes assoiffés de désir et de pouvoir, mais également l’amour.
Petit coup de cœur pour cet album au message humaniste.

CITRONE, Luigi, GIPI
Aldobrando
coul. de Francesco Daniele et Claudia Palescandolo ; trad. de l’ital. par Hélène Dauniol-Remaud
Casterman, 2020
204 p. : ill. en coul. ; 29*22 cm.
EAN13 9782203166677 : 23 €

Et si l’amour c’était aimer ?

24.01
2020

Et si l'amour c'était aimer ?

 

Sandrine et Henri vivent heureux jusqu’à cette livraison de macédoine à domicile qui scelle le désir de Sandrine de revoir Michel, le beau ténébreux, chaque jour…

 

Fabcaro a choisi de plagier le roman-photo à l’eau de rose pour évoquer la fragilité du couple condamné à la routine, qui explose à la moindre allumette du désir. C’est tellement juste. Il met le doigt là où ça fait mal !

Blue de Kiriko Nananan

20.07
2018
cop. Casterman

cop. Casterman

Dans un lycée japonais de province, deux adolescentes, Endo et Kayako, se lient d’amitié. Endo, qui a, par le passé, eu une liaison adultère avec un homme plus âgé, attire Kayako… et leur relation, d’amicale devient amoureuse…

Cette histoire a été prépubliée en 1996 dans le magazine « Comic Aré » au Japon. Après une première édition dans le sens de lecture japonais en 2004 chez Casterman, elle est aujourd’hui rééditée dans la collection « écritures ». C’est donc bien avant la parution de l’autre BD, « Bleu est une couleur chaude », de Julie Maroh et de son adaptation sulfureuse au cinéma (« La Vie d’Adèle ») que ce manga a abordé de manière très subtile et poétique le thème de la découverte du sentiment amoureux entre deux jeunes filles. Ici le cadrage fait la part belle au gros plan et au très gros plan, afin de souligner les regards appuyés de Kayako sur la nuque et le visage d’Endo, qu’elle dessine, et de mettre en exergue la pudeur et la délicatesse de chacune dans sa relation à l’autre. Avec une économie de décors et de personnages, Kiriko Nananan raconte avec nostalgie une période clé de sa vie, le moment crucial des choix qui forgent toute une vie. Un très beau manga.

Nananan, Kiriko
Blue
Casterman, 2018 (Écritures)

227 p. : n.b.

EAN13 9782203155701 : 18,95 €