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Un jour sans fin

22.10
2013
La scène du réveil

La scène du réveil

Scénario de Danny Rubin (Américain né en 1957)

Réalisé en 1993

Genre : comédie fantastique

Pitch : Un présentateur météo égocentrique semble condamné à vivre la même journée de la Marmotte dans une petite ville provinciale qu’il déteste.

Synopsis :

Phil Connors de la station de télévision fictive Pittsburgh WPBH-TV9, son producteur Rita et un caméraman nommé Larry partent à Punxsutawney en Pennsylvanie, pour couvrir les festivités annuelles du jour de la Marmotte. Lassé de ce devoir annuel et de la bourgade, Phil enregistre à contrecœur son reportage sur le festival et tente de revenir à Pittsburgh quand une tempête de neige, que ses prévisions avaient localisée dans une autre région, bloque les routes principales. Phil et son équipe sont contraints de rester à Punxsutawney un jour de plus.

Après une nuit de sommeil, Phil, en se réveillant, découvre qu’il revit à nouveau la journée du 2 février. La journée se déroule exactement comme la précédente sans que quiconque semble conscient de la boucle temporelle, mais Phil se souvient parfaitement des événements qu’il a vécu la veille. Initialement perturbé de continuer à se réveiller chaque matin à 6 heures le 2 février, il commence à tirer profit, sans crainte des conséquences à long terme, de sa connaissance préalable de ce qui va se produire : il apprend les secrets des habitants de la ville, dérobe de l’argent et se retrouve au poste pour conduite en état d’ivresse. Il séduit une femme mais s’aperçoit à cette occasion qu’il est hanté par Rita.

Toutefois, ses machinations pour séduire celle-ci (mémorables scènes de répétition où il perfectionne sa technique de séduction en comblant ses attentes) se soldent toujours par un échec, d’autant que cette dernière ne couche pas dès le premier soir !

Phil se désespère et tente de plus en plus radicalement à mettre fin à la boucle temporelle, enregistrant des reportages ridicules et offensants sur le festival, abusant des résidents et, finalement, kidnappant la marmotte mascotte du festival ; après une longue poursuite, il jette sa voiture du haut d’une falaise, semblant se tuer en même temps que la marmotte. Toutefois, en se réveillant, Phil constate que rien n’a changé, et ses nouvelles tentatives de suicide sont tout aussi vaines.

Lorsque Phil explique la situation à Rita en lui donnant des preuves de sa bonne foi, elle lui dit qu’il devrait en profiter pour se perfectionner. Phil s’efforce alors d’en savoir plus sur Rita et améliore chaque jour sa connaissance d’elle-même et de la ville. Un des tournants du film est sa rencontre avec le vieux clochard : il découvre le vieil homme, agonisant dans une ruelle. Après sa vaine tentative pour le sauver, il recommence chaque jour à tenter de le faire échapper à son destin. En vain. Il commence alors à utiliser sa vaste expérience de cette journée pour aider autant de personnes qu’il le peut.

Il utilise également ce temps pour apprendre, entre autres choses, à jouer du piano, à sculpter sur glace et à parler le français (dans la version française, à parler l’italien). Au bout du compte, Phil devient capable de se lier d’amitié avec presque tous ceux qu’il rencontre durant la journée. Il utilise son expérience pour sauver des vies, aider toutes sortes de citadins et se rapprocher de Rita. Il enregistre un reportage sur la célébration de la fête de la Marmotte si éloquent que toutes les autres stations orientent leurs micros vers lui. Après une soirée dansante où on le voit déployer des talents remarquables au piano, Rita, étonnée par l’acharnement de Nancy et d’une autre femme, « remporte » Phil au cours d’enchères caritatives aux célibataires. Plusieurs habitants de Punxsutawney viennent alors tour à tour remercier Phil sous les yeux de Rita, séduite. Phil et Rita se retirent ensemble dans la chambre de Phil.

Phil, qui a vécu une journée parfaite, se réveille enfin le matin en constatant la boucle temporelle brisée : c’est le matin du 3 février et Rita est encore allongée à ses côtés. (source : Wikipedia)

 

Influences :

Ce thème de la similitude sans fin d’une même journée semble avoir surtout été abordé dans des épisodes de nombreuses séries américains. (cf.l’article de Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Un_jour_sans_fin)

Récompenses pour le scénario :

Le film a remporté le British Academy Film Award du meilleur scénario original.

Le film a obtenu cinq autres nominations aux Saturn Awards (dont celle du meilleur scénario).

Théorie : Même si le monde extérieur ne peut pas changer, on peut changer soi-même.

Thématique :

Tout d’abord une réflexion philosophique sur le quotidien, sur la routine et la répétitivité : à quoi servirait d’être immortel si c’est pour vivre toujours dans le même espace temporel ?

Ensuite l’épanouissement personnel, car si l’on ne peut pas changer le cours des événements, on peut peut-être changer les autres et soi-même.

Enfin, le héros est amené à éprouver de la considération pour les autres, à s’intéresser à eux, ce qui l’amène à progresser humainement.

Critique personnelle :

Comment rendre intéressante une histoire où un personnage vit sans cesse la même journée ?

C’est le défi qu’a relevé ici Danny Rubin : le personnage égocentrique commence par croire qu’il n’a aucune prise sur cette journée, puis à se rendre compte que ses actions, actes et paroles, n’ont donc aucune conséquence sur le lendemain : discours, destructions, violences, insultes, vols, suicides… Mais cela aussi le lasse très vite. Sa vie va prendre un autre tournant lorsqu’il croise la mort avec le clochard, mort contre laquelle il ne peut rien changer. Il va donc essayer d’améliorer la vie des autres et la sienne, et donc se transformer en ce que Rita aimerait qu’il soit : généreux, musicien, etc. C’est en se tournant vers les autres et vers lui-même, en essayant de progresser à l’intérieur d’une routine, qu’il va rompre le sortilège qui reste inexpliqué (et le scénariste fait bien).

Un excellent message servi par un scénario intelligent et drôle à la fois.

Ikebukuro West Gate Park II d’Ira Ishida

21.06
2009

cop. Picquier

Le truc de Majima Makoto, c’est de se mêler des affaires des autres, en particulier quand ces derniers ont l’air seuls, perdus, ou dans leur bulle, dans ce quartier de Tôkyô où il vend des fruits avec sa mère. C’est ainsi qu’il va venir au secours de Hiroki, un môme obsédé par les nombres, qui va être enlevé, et puis de Kao, la fille d’une prostituée, Hiroko, menacée… 

De ce polar qui verse plus dans le roman social et psychologique, aux personnages attachants, ont été tirés un manga et une série TV du même nom.

 

ISHIDA, Ira. – Ikebukuro west gate park II / trad. du japonais par Anne Bayard-Sakai. – Editions Philippe Picquier, 2009. – 247 p.. – ISBN 978-2-8097-0114-2 : 19 €.

 

La joie de vivre ** d’Emile Zola (1884)

16.09
2005

Orpheline à 10 ans avec un bel héritage, Pauline Quenu est recueillie par son oncle et sa tante. Douce et calme, elle se fait aussitôt accepter par eux et par son cousin Lazare, qui vient d’obtenir son baccalauréat mais ne rêve que de musique au grand dam de sa mère, qui nourrit beaucoup plus d’ambitions pour lui. Peu à peu, la petite se dévoue entièrement à cette famille d’adoption et à tous ces pauvres gens du village qui envoient leurs enfants mendier auprès d’elle tous les samedis, mais plus encore pour Lazare pour lequel elle va consentir à alléger le paquet de titres dont elle a hérités. Et plus les années passent, plus Lazare change de passions, plus le ménage de la famille vient à manquer, et tandis que le magot s’allège, la famille, ayant mauvaise conscience, commence à beaucoup moins l’aimer…

Ce roman psychologique semble être le plus intimiste de Zola, en ceci que Lazare souffre comme lui de cette idée de sa mort prochaine. Zola essaie ainsi de réagir contre sa propre hantise de la mort en brossant le portrait de ce personnage nerveux, jamais heureux, antinomique de celui de Pauline portée par une pulsion de vie et d’altruisme, contre le scepticisme et le désespoir pour ceux qui sont trop instruits pour croire aux promesses religieuses. Toute une machinerie du corps est ainsi mise en branle dans le roman à travers les maux dont souffrent l’oncle avec sa goutte, puis la tante, et enfin Louise dont l’enfantement est terrifiant. Zola confronte ainsi la maladie, la douleur physique, à la joie de vivre, à la patience de Pauline qui croit en la médecine et en la toute-puissance de la volonté. C’est ainsi que Pauline, en lutte d’abord contre sa jalousie et son besoin d’être aimée, puis pour son droit d’être pleinement femme et mère, atteindra l’ultime abnégation d’elle-même. A tel point que le lecteur est révolté devant cette souffrance morale, il a bien envie de la secouer, et de rêver pour elle d’une autre vie possible que lui laisse entrevoir le cher médecin, seul à voir clair dans son dévouement sans borne.

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