Mots-clefs ‘adolescence’

Mai 68 par eux-mêmes **(1989)

21.01
2011

« Ce livre est un aperçu de leurs actes, leurs passions, leurs interrogations, leurs itinéraires dans ce « long fleuve tranquille » dont les zones de rapides, tel 68, modifient le cours » , nous dit l’introduction (p. 9).

Les trente-huit entretiens ou articles sur les soixante-six personnes entendues reflètent la diversité des acteurs d’alors : lycéens, étudiants ou actifs, ouvriers et syndicalistes, femmes, personnel hospitalier, artistes, personnes politisées ou pas, tous soulignent le facteur surprise de mai 68, ce mouvement soudain qui ne fut ni prémédité ni généré par une idéologie.

De Paris ou de la province, on y trouve ainsi le témoignage d’un ancien étudiant anarchiste du mouvement du « 22 mars », Jean-Pierre Duteuil, d’un apprenti à Caen, d’un ouvrier suivant les cours du soir, d’un lycéen de Grenoble, d’un docker anarchiste, d’une lycéenne d’Arcachon. La lecture de Charlie hebdo (sous le titre de Hara-Kiri à l’époque), voire de Combat, les a, à l’époque, tous marqués, tout comme la dernière n’a pas supporté le message véhiculé dans le livre de Rotman, parlant d’une élite et d’une masse suiveuse.

A la suite des jeunes, on trouve les actifs, les ouvriers, un ingénieur-électronicien à Sud-Aviation, d’un militant syndical à Creusot-Loire, … Tout comme les étudiants, leurs revendications étaient plus qualitatives que quantitatives. La CGT comme le PCF en prennent plein leur grade au fil de ces témoignages. En effet, ceux-ci n’ont pas su soutenir les grévistes qui voulaient remettre en cause l’organisation taylorienne, contrôler ou du moins participer à la gestion de l’entreprise : la grève n’avait pas été lancée pour que les jours de grève soient payés, mais pour qu’après « rien ne soit plus comme avant. »

Beaucoup de femmes témoignent aussi de ce que mai 68 a pu apporter à la cause féministe, à ce que la femme soit reconnue comme un individu à part entière. Si ce ne fut pas un commencement, du moins ce fut un tremplin pour les mesures à venir.

Cabu et Léo Ferré témoignent également, l’un garde un souvenir jouissif de sa traversée des Champs-Elysées à bicyclette pendant la pénurie d’essence, l’autre du gala qu’il avait donné à la Mutualité lors de la nuit des barricades.

Trente-huit regards donc sur ce mouvement social, tant décrié par les partis de droite et d’extrême-droite. Forcément : la jeunesse et la main d’oeuvre du pays réclamaient le changement, le dialogue, la participation aux différentes instances, de meilleures conditions pour étudier ou travailler…

Mai 68, par eux-mêmes : le mouvement de Floréal an 176 / textes et propos recueillis par « Chroniques syndicales », « Femmes libres » et le Groupe Pierre-Besnard de la Fédération anarchiste… [et al.]. – Paris : Éd. du « Monde libertaire », 1989. – 239 p. : ill., couv. ill. ; 20 cm. – (Bibliothèque anarchiste). – ISBN 2-903013-13-6 (br.) : 6 € sur le site.

Blue * de Kiriko Nananan (1997, France 2004)

05.01
2011

Dans un lycée japonais de province, Endô Masami et Kirishima Kayako se lient d’amitié. Endô a été renvoyée du lycée l’an dernier, après avoir avorté d’un homme marié. Kirishima en conçoit de la jalousie. Son trouble la pousse dans les bras d’un garçon dont est amoureuse son autre amie Watanabé, avec laquelle elle se brouille. Interrogée par Endô sur son geste, Kirishima lui avoue qu’elle l’aime. Entre elles naît une idylle…

Alternant entre très gros plans et scènes d’ensemble, en noir et blanc, le dessin de Kiriko Nananan ne cherche pas la précision, certains de ses personnages n’ont même pas de visage (le professeur) et peuvent se confondre, mais de faire sourdre dans un univers intimiste l’émotion, la sensibilité de ses personnages tourmentés dans les cris, mais surtout dans de longs silences. Tout y est décliné de manière subtile, souvent au moyen de planches muettes ou dans les non-dits entre les personnages : la déception après une nuit d’amour avec un garçon, la peur d’une sexualité qui s’annonce moins simple à vivre, l’absence de choix, l’évidence d’un amour interdit, la jalousie, l’état amoureux,…

Une bande dessinée pleine de sensibilité, dont s’est probablement inspiré Julie Maroh pour Le Bleu est une couleur chaude **, sélectionnée au Festival d’Angoulême.

Blue / Kiriko Nananan ; traduction, Corinne Quentin…. – Casterman, DL 2008. – 229 p. : ill., couv. ill. ; 24 cm. – (Écritures). . – Trad. de : Burū. - ISBN 978-2-203-01744-3 (br.) : 13,50 EUR. – EAN 9782203017443.

Le pain nu de Mohamed Choukri (1980)

31.10
2010

Titre original : al-khubz al-hâfî

« Nous habitions une seule pièce. Mon père, quand il rentrait le soir, était toujours de mauvaise humeur. Mon père, c’était un monstre. Pas un geste, pas une parole. Tout à son ordre et à son image, un peu comme Dieu, ou du moins c’est ce que j’entendais… Mon père, un monstre. Il battait ma mère sans aucune raison. » (p. 13)

Dans les années 1940, à Tanger, le jeune Mohammed quitte rapidement sa famille qui vivote avec les ventes dur le marché de sa mère. Son père, qu’il hait, ivre la plupart du temps, les brutalise tous, jusqu’à assassiner son frère. Il survit d’expédients, dormant à la belle étoile et ramassant des poissons morts traînant sur le port, et dépense le peu qu’il gagne auprès des prostituées.

Ecrit en 1952, ce roman autobiographique fut censuré au Maroc jusqu’en novembre 2000, à cause de la crudité des scènes sexuelles. Il ne sera publié en France qu’en 1980, par Maspero, traduit par Tahar Ben Jelloun. Devenu un classique de la littérature marocaine, il dénonce, au travers de ses personnages souffrant de la faim et de la misère, les injustices sociales du Maroc de l’époque. Usant d’un style dépouillé et cru, il dépeint une réalité qui l’est plus encore : ce sont toutes les menaces qui planent sur ce jeune garçon livré à lui-même, de la maladie à la famine, du viol jusqu’au meurtre. On en sort écoeuré par la triste condition de tous ces jeunes adolescents, errant dans le Maroc d’alors comme dans de nombreux autres pays aujourd’hui. On en sort aussi lassé par la sexualité débridée du narrateur. Et pas forcément convaincu par la qualité littéraire intrinsèque du texte. Mais par ce qu’il ose décrire, oui.

Le pain nu [Texte imprimé] : récit autobiographique / Mohamed Choukri ; présenté et trad. de l’arabe par Tahar Ben Jelloun. - Paris : Seuil, 1997. - 160 p. : couv. ill. ; 18 cm. – (Points ; 365). - ISBN 978-2-02-031720-7 (br.) : 5,50 €.
Emprunté au C.D.I.

Rester vivante * de Catherine Leblanc (2010)

09.05
2010

« JE SUIS LAIDE. C’est sans rémission. J’ai essayé d’arranger les choses mais le maquillage faisait ressortir la vanité de ma tentative. Je suis maigre, j’ai perdu l’espoir d’avoir un jour des seins. Quand je ris, c’est rare, personne n’entend le moindre son. C’est un rire silencieux, retenu, amputé. Je passe inaperçue. J’aime l’ombre et l’esquive. Je déteste qu’on me remarque. Mon cœur est plein de verre pilé. J’évite les autres. Je survis dans la solitude, sans miroir, regard, sourire, remarque qui me renverrait à mes incapacités. » (incipit, p. 9)

Chez elle, Jo ne supporte plus ses parents, médiocres, désunis. Au lycée, elle existe à peine aux yeux des autres, si ce n’est ceux de Laurence, son amie, et de d’Amina, qui l’invite à passer une soirée chez elle avec des amis. Alors quand, sur place, elle rencontre un garçon qui s’intéresse à elle, elle fond et décide de franchir la frontière. Bien lui en prend : pour cette première fois, Ganji se révèle respectueux, délicat et sensuel…

Un roman d’apprentissage bien écrit, au travers duquel l’héroïne se réconcilie avec son corps et avec son rapport aux autres et au monde grâce à cet intérêt de l’autre, à ce passage à l’acte qui la rend femme.

LEBLANC, Catherine. – Rester vivante. – réédition. – Actes Sud junior, 2010. – 108 p.. – (Romans ado). – ISBN 978-2-7427-9117-0 : 10 euros.


Ikigami * à ** de Motorô Mase (2005)

22.04
2010

Préavis de mort : série de mangas

Niveau Seinen (plus de 16 ans)

Que décideriez-vous de faire s’il vous restait 24 heures à vivre ? C’est la question que vont se poser, dans chaque tome de cette série, deux jeunes gens âgés entre 18 et 24 ans, dont on va dévoiler le parcours fauché en plein départ dans leur carrière et dans leur vie d’adulte. Fujimoto, de l’état civil, est chargé de donner à chacun d’entre eux l’ikigami, un préavis de mort, 24 heures avant leur décès programmé dès leur enfance, dans l’anonymat le plus parfait. En effet, dans son pays, sur 1000 enfants à qui l’on fait une piqûre, un seul, victime du sort, mourra avant de pouvoir devenir adulte, et il ne le saura que 24 heures avant de mourir. Dans quel but ? Cette loi a été instaurée pour rappeler à tous la valeur de la vie. Elle est censée pérenniser la prospérité de la nation, et à quiconque la conteste on innocule immédiatement la capsule mortelle…

Cet habile thriller d’anticipation brosse le portrait de personnages attachants, en qui les adolescents peuvent facilement s’identifier, lesquels découvrent brutalement leur mort prochaine, et font, pris de panique, des choix, plus ou moins bons, toujours dans l’urgence, pour exploiter au maximum le peu de temps qu’il leur reste à vivre : se tourner vers soi ou vers les autres, qui continueront à vivre après leur mort ?

Autour de ces drames poignants, l’auteur nous fait découvrir à travers le jeune fonctionnaire la machinerie bien huilée de cette loi inébranlable, dont celui-ci commence à douter du bien-fondé, et pour sa propre vie privée, et pour la société. Faut-il contrôler les naissances, la démographie ? Quelle est la part de responsabilité d’un fonctionnaire qui obéit à une Loi qu’il désapprouve ? Jusqu’où peut-on parler de liberté d’expression ? Voici des thèmes qui ne sont pas sans évoquer notre monde contemporain. « Cela va être difficile de ne pas se jeter sur les suivants !!! » pensais-je après la lecture des premiers tomes, chacun racontant deux histoires d’adolescents. Mais si le concept paraissait intéressant au départ, il est dommage que le protagoniste, Fujimoto, soit si lent à remettre le système en cause et à réagir, et l’intérêt à lire ces histoires d’adolescents condamnés à mort, souvent pathétiques, finit par s’émousser… Mon enthousiasme initial étant tombé, je n’ai pas poursuivi la série.

Sur le site officiel (http://www.ikigami.fr/ ), vous pourrez lire les premières pages.

MASE, Motorô. – Ikigami : préavis de mort. – Kaze Manga, 2010. – 206 planches en n.b.. – ISBN 978-2-84965-537-5 : 7,95 €.

 

Blog de Jean-Philippe Blondel (2010)

07.04
2010

Rideau. Pas un mot à son père, c’est décidé, jusqu’à sa majorité. Ce qu’il a fait, cela s’apparente purement et simplement à un « viol virtuel » ! Car son père a osé lire tout son blog, tout ce qu’il a pu vivre ces dernières années et qu’il a fait partager à ses amis du lycée. Pour tenter d’enterrer la hache de guerre, Philippe, son père, dépose un carton tout poussiéreux à la porte de sa chambre. Quand l’adolescent, encore révolté et furieux, se décide à l’ouvrir, il y découvre entre autres son journal intime de lycéen, et surtout un drame qu’il a toujours caché à ses deux enfants…

« C’est pour ça que je veux du monde, plein de monde, des visages, des mains, des paroles, de la chaleur humaine – et en même temps, je voudrais me détacher, rencontrer de nouveaux amis, un nouvel amour, prendre un nouveau départ. Quand j’ai arrêté d’écrire, je me suis dit que la fiction, c’était peut-être ma façon de réduire la souffrance. De la maîtriser. Et surtout, de n’être jamais seul. » (p. 62-63)

Collant parfaitement aux problèmes actuels de dévoilement par les adolescents de leur vie privée sur Internet, sans se rendre compte des conséquences fâcheuses que cela peut engendrer, cette histoire dresse le parallèle entre deux modes d’écriture intime, celle restée secrète du père, et celle davantage mise en scène du fils. Au-delà, il s’agit avant tout des rapports délicats entre un père et un fils, passablement conflictuels, le second ignorant tout du premier, et en particulier sa propre adolescence, et voulant s’en démarquer. Un excellent roman-jeunesse.

BLONDEL, Jean-Philippe. – Blog. – Actes Sud junior, 2010. -  114 p.. – (Romans ado). – ISBN 978-2-7427-8936-8 : 10 euros.
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Ma première fois de Boris Le Roy (2010)

31.03
2010

Élève en terminale, un adolescent fait l’amour pour la première fois à une étudiante américaine, lorsque le vacarme de la guerre en Irak qui vient d’éclater, relayé par le téléviseur de l’appartement, résonne jusque dans la chambre qu’ils occupent…

Ce court récit à la première personne, de moins de quarante pages, narre deux événements majeurs qui se télescopent le même soir dans la vie du narrateur : sa première fois dans une chambre et le choc d’un conflit qui éclate à quelques milliers de kilomètres de là mais qui le préoccupe tout autant. Drôle et frais car tellement réaliste ! Pour les 15-20 ans.

LE ROY, Boris. – Ma première fois. – Actes Sud junior, 2010. – 41 p.. – (D’une seule voix). – ISBN 978-2-7427-8717-3 : 7,80 euros.