Categorie ‘Mangas

Encyclopedia diabolica : tome 1 ** de Christophe Kourita (2010)

01.12
2010

Le professeur Lafayette, Yôkailogue, spécialiste des yôkai, également appelés Mononoké, ces êtres imaginaires qui peuplent traditionnellement le Japon, nous révèle leur présence disséminée à travers toute la France. Sirènes de feu en Bretagne, Plantureux au Puy-en-Velay, Grande Gueule Noire dans le Nord,… facétieux, maléfiques, ces êtres capables de prendre des formes variées, sources de bien comme de mal, expliquent bien des phénomènes étranges, et connaissent l’âme humaine mieux que personne.

D’origine nippo-française, Christophe Kourita a la particularité d’allier une solide culture de la bande dessinée à une expérience de mangaka au Japon. Il a donc eu l’idée bien sympathique d’exploiter en une douzaine d’histoires le bestiaire surnaturel japonais en faisant voyager son lecteur à travers les différentes régions française. Du coup, on ouvre un curieux objet illustré en couleurs, de format manga, avec ses chapitres courts donnant du rythme à l’ensemble, mais aux personnages aux traits forcément bien franchouillard.  On serait tenté de les prendre pour des contes pour enfants, mais ne vous y trompez pas, ils font alors partie de ceux qui, historiquement, évoquent bien souvent le thème de la mort et du deuil.

Une excellente idée cadeau pour des adolescents.

Vous pouvez lire d’autres critiques dans Télérama et sur BDGest’.

Préface de Jirô Taniguchi.
Ed. Ankama, 2010. – 152 p. : ill. en coul. ; 21 cm. – ISBN 978-2-35910-114-0 : 11,90 EUR.

Manabé Shima * de Florent Chavouet (2010)

06.10
2010

Textes et illustrations de François Chavouet

Manabe Shima, c’est l’une des îles formant l’archipel japonais, sur laquelle François Chavouet a jeté son dévolu pour y passer deux mois… de quoi nous faire connaître ses habitants et leurs habitudes.

Après la visite guidée du quotidien de Tokyo, voici le second carnet de voyage illustré de François Chavouet. Sur cette toute petite île de pêcheurs, personnages, animaux, lieux et aliments sont toujours croqués avec un grand sens d’observation mêlé à beaucoup d’humour et de tendresse.

Toujours très agréable à lire, même si l’effet de surprise et d’émerveillement est passé depuis le premier opus sur Tokyo, peut-être d’ailleurs plus intéressant. Fort de son premier succès, Florent Chavouet continue donc l’aventure en nous faisant découvrir à sa manière le quotidien des habitants des lieux où il séjourne au Japon. Quelle sera donc sa prochaine destination ?

Une grande affiche détachable est jointe à la bande dessinée : il s’agit d’une cartographie de l’île.

Pour vous faire une idée du trait de Florent Chavouet, vous pouvez feuilleter son premier livre, Tokyo Sanpo, chez Picquier ou visiter le site ou le blog de l’auteur.

CHAVOUET, Florent. – Manabé Shima. – Arles : Picquier, 2010. – 141 p. : ill. en coul. ; 196*270 mm. – ISBN 978-2-8097-0213-2 : 23 €.

Sortie prévue le 7 octobre 2010.

Ikigami * à ** de Motorô Mase (2005)

22.04
2010

Préavis de mort : série de mangas

Niveau Seinen (plus de 16 ans)

Que décideriez-vous de faire s’il vous restait 24 heures à vivre ? C’est la question que vont se poser, dans chaque tome de cette série, deux jeunes gens âgés entre 18 et 24 ans, dont on va dévoiler le parcours fauché en plein départ dans leur carrière et dans leur vie d’adulte. Fujimoto, de l’état civil, est chargé de donner à chacun d’entre eux l’ikigami, un préavis de mort, 24 heures avant leur décès programmé dès leur enfance, dans l’anonymat le plus parfait. En effet, dans son pays, sur 1000 enfants à qui l’on fait une piqûre, un seul, victime du sort, mourra avant de pouvoir devenir adulte, et il ne le saura que 24 heures avant de mourir. Dans quel but ? Cette loi a été instaurée pour rappeler à tous la valeur de la vie. Elle est censée pérenniser la prospérité de la nation, et à quiconque la conteste on innocule immédiatement la capsule mortelle…

Cet habile thriller d’anticipation brosse le portrait de personnages attachants, en qui les adolescents peuvent facilement s’identifier, lesquels découvrent brutalement leur mort prochaine, et font, pris de panique, des choix, plus ou moins bons, toujours dans l’urgence, pour exploiter au maximum le peu de temps qu’il leur reste à vivre : se tourner vers soi ou vers les autres, qui continueront à vivre après leur mort ?

Autour de ces drames poignants, l’auteur nous fait découvrir à travers le jeune fonctionnaire la machinerie bien huilée de cette loi inébranlable, dont celui-ci commence à douter du bien-fondé, et pour sa propre vie privée, et pour la société. Faut-il contrôler les naissances, la démographie ? Quelle est la part de responsabilité d’un fonctionnaire qui obéit à une Loi qu’il désapprouve ? Jusqu’où peut-on parler de liberté d’expression ? Voici des thèmes qui ne sont pas sans évoquer notre monde contemporain. « Cela va être difficile de ne pas se jeter sur les suivants !!! » pensais-je après la lecture des premiers tomes, chacun racontant deux histoires d’adolescents. Mais si le concept paraissait intéressant au départ, il est dommage que le protagoniste, Fujimoto, soit si lent à remettre le système en cause et à réagir, et l’intérêt à lire ces histoires d’adolescents condamnés à mort, souvent pathétiques, finit par s’émousser… Mon enthousiasme initial étant tombé, je n’ai pas poursuivi la série.

Sur le site officiel (http://www.ikigami.fr/ ), vous pourrez lire les premières pages.

MASE, Motorô. – Ikigami : préavis de mort. – Kaze Manga, 2010. – 206 planches en n.b.. – ISBN 978-2-84965-537-5 : 7,95 €.

 

Un zoo en hiver ** de Jirô Taniguchi (2009)

10.01
2010

Le jeune Hamaguchi se déplait dans son entreprise de textile à Kyôto : lui qui pensait pouvoir dessiner des modèles se retrouve à s’occuper de la réception des produits commandés aux ateliers de tissage et de la livraison auprès des détaillants. Alors, dès qu’il a du temps libre, il va dessiner les animaux du zoo. Un jour, son patron lui demande d’accompagner sa fille Ayako, qui vient de le couvrir de honte en trompant son mari, dans toutes ses sorties pour la surveiller. Comme il la laisse retrouver son amant, il sent le vent tourner pour lui et en parle à un ami qui le fait engager à Tôkyô comme assistant auprès d’un mangaka…

 

Un zoo en hiver est un récit largement autobiographique. L’histoire n’en est pas moins touchante puisque dans ce récit d’apprentissage, Taniguchi révèle au public ses premiers doutes malgré un talent certain, ses rencontres avec d’autres dessinateurs humbles et attachants, et surtout son premier amour, celui grâce auquel sa vocation va s’accomplir, celui pour une jeune fille à la santé déclinante qui va lui donner des idées et l’inciter à achever son manga. On peut d’ailleurs y voir aussi une certaine forme d’hommage à Mariko. Sans être au niveau de Quartier lointain, qui reste de loin son meilleur manga, celui-ci, plus intimiste, vaut le détour pour mieux comprendre son itinéraire.

A lire dans Carnets de SeL du même auteur :

Le gourmet solitaire *
Un ciel radieux **
Icare **
Terre des rêves *
L’orme du Caucase **
Le journal de mon père **
L’homme qui marche ***
Quartier lointain ***

Casterman, 2009. – 231 p. : ill. n.b.. – (Ecritures). – ISBN 978-2-203-02099-3.

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Tokyo Sanpo : promenades à Tokyo ** de Florent Chavouet (2009)

18.03
2009

cop. Picquier

Textes et illustrations de François Chavouet

Voici dessinée la ville de Tokyo, pas forcément belle mais pleine de surprises et d’incongruités pour un occidental. Quartier par quartier, cartes, passants, temples et habitations, objets du quotidien et commissariats, tout ce qui a attiré l’œil et le crayon de Florent Chavouet lors de ces quelques mois passés là-bas est croqué avec humour et précision, vagabondant grâce à une bicyclette, muni d’une chaise pliante et de ses crayons.

En voilà une idée qu’elle est bonne ! Mieux que le scrapbooking, quand on sait aussi bien dessiner, plus évident que n’importe quel récit de voyage, plus efficace qu’un guide, ce concept de dessins croqués sur le vif et légendés gagnerait à être généralisé pour toutes les autres destinations. Avis aux éditeurs !

Dans le même esprit, on pensera également au parcours initiatique des habitudes alimentaires japonaises du Gourmand solitaire de Taniguchi.

Vous pouvez feuilleter ce livre chez Picquier ou visiter le blog de l’auteur.

CHAVOUET, Florent. – Tokyo Sanpo : promenades à Tokyo. – Picquier, 2009. – 206 p. : ill. en coul. ; 196*270 mm. – ISBN 978-2-8097-0076-3 : 22 €.
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Les gouttes de Dieu ** de Tadashi AGI & Shu OKIMOTO (2004-)

07.09
2008

Yutaka Kanzaki, oenologue mondialement connu, vient de décéder. Dans son testament, il lègue l’une des caves les plus coûteuses et extraordinaires du monde à celui qui saura reconnaître et le mieux décrire les douze vins qu’il a sélectionnés. Ceci doit se décider entre Issei Tomine, critique de vins célèbre, et son fils Shizuku, dégoûté  des vins par une éducation trop rigoureuse au goût et à l’odorat dès la petite enfance. Pour ce faire, ce dernier se lie d’amitié avec la charmante Miyabi Shinohara, apprentie sommelière. Tous deux poursuivent le même but : exceller dans leur connaissance du monde des vins.

 

cop. Glénat


Voici un manga qui séduira aussi bien les néophytes que les amateurs de vin. En effet, ce manga ne dissimule pas son objectif éminemment pédagogique, n’hésitant pas à proposer en fin de chaque volume des fiches récapitulatives de tout ce que le lecteur aura appris durant l’histoire. Après cette lecture, vous deviendrez sans aucun doute un as en oenologie… Il ne manque plus qu’à goûter aux vins dont il est question, du moins cher à 6,50 euros au plus cher, inabordable… Hélas, on y parle pour l’instant plus du bordeaux ou du bourgogne rouge que du blanc : zut ! 

Glénat

8,99 euros le tome.

Série en cours : 29 volumes.

Un ciel radieux ** de Jirô Taniguchi

31.08
2007

Lors d’un terrible accident de la route, un adolescent et un homme se retrouvent dans le coma. A l’instant-même où Kazuhiro Kubota, le chauffeur de la fourgonnette, la quarantaine, meurt, laissant derrière lui sa femme et sa fille, celui-ci s’éveille au milieu de visages inconnus, dans le corps du jeune motard, Takuya Onodéra…

Les critiques et le public ne semblent pas avoir été tendres avec ce dernier manga de Taniguchi, blasés par cet incipit fantastique paraissant quelque peu peu réchauffé après Quartier lointain. C’est ce qui avait retardé mon achat. Et puis je l’ai lu, et bien m’en a pris. Comme dans Quartier lointain, c’est un homme mûr qui observe de l’intérieur un adolescent choyé par sa famille, sans un sourire ou un mot de gratitude, dans cette attitude caractéristique de la jeunesse à la quête de son indépendance. Le deuil a frappé la sienne, de famille, il sait combien sa mort la laisse démunie. Adolescence, famille, deuil font en effet partie de la thématique de l’auteur, tout comme il fait du travail le frère ennemi de la famille, qui ne survit pas sans lui mais auquel l’homme se sacrifie physiquement ici. Certes, on retrouve tous ces thèmes chers à l’auteur, mais le plaisir à la lecture reste intact, tant ils sont traités avec délicatesse et réalisme. Alors un conseil, lisez-le donc et sortez vos mouchoirs !

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