Categorie ‘Mangas

Les contrées sauvages : tome 1 de Taniguchi

31.12
2014

cop. Casterman

Entre 1975 et 1986, à la fois profondément inspiré par la richesse des décors et des informations contenues dans les cases de la bande dessinée franco-belge, et par la liberté de ton du manga adulte, Jirô Taniguchi crée une nouvelle dynamique de l’image, et partant du récit, à la fois très rapide et très fouillée.

Il rend hommage dans ces huit récits aux grands espaces, aux Indiens d’Amérique décimés, qui surent créer un équilibre respectueux avec leur environnement, et donne souvent sa revanche à la Nature, parfois de façon très cruelle, sur une humanité meurtrière. Une belle réussite. 

TANIGUCHI, Jirô. – Les contrées sauvages : tome 1. – Casterman, 2014. – 216 p. + 14 p. : ill. n.b. + coul. ; 21 cm. – EAN13 9782203084438 : 13,95 €.

Les pieds bandés de Li Kunwu

13.08
2014
cop. Kana

cop. Kana

Forcée par sa mère, qui souhaite lui offrir sa seule chance par un beau mariage de s’élever au-dessus de sa condition, Chun Xiu doit renoncer à l’insouciance et aux jeux de son enfance, et à l’amour de son camarade de jeu Magen, pour souffrir le martyr : désormais elle ne peut plus sauter ni courir, ni même marcher comme les autres. Hélas, à peine est-elle en âge de se marier, que la révolution éclate : à bas les coutumes féodales ! De convoitée, Chun Xiu est soudain transformée en paria. Fuyant la violence de la ville, elle se réfugie avec Magen à la campagne. Mais dès le premier jour d’absence de son fiancé, qui n’a encore pas osé la toucher, Chun Xiu subit un viol collectif, et ne peut plus enfanter. Le déshonneur est tel qu’il lui faut alors également renoncer à Magen…

 

Longtemps j’ai tardé à acheter ce one-shot chinois dont Joël de l’ACBD m’avait fait l’éloge : je savais que ce serait terrible… Ce le fut. Aucun doute là-dessus : impossible de retenir une larme à la lecture de l’histoire tragique de cette pauvre femme qui ne connut, à vrai dire, quasiment que peine et douleur tout au long de sa vie… et tout ceci à cause de l’impitoyable tradition millénaire des pieds bandés, que l’on dit alors « aériens », ressemblant à la belle gazelle, mais qui sont tout bonnement horriblement atrophiés, jusqu’à ne mesurer que 7,5 cm ! Si cette histoire mérite d’être connue, la virtuosité de l’auteur, déjà plébiscité pour Une Vie chinoise, mérite d’être, elle, saluée : la page 72, par exemple, renouvelle la mise en page de l’héroïne, cible de tous les regards. Un manhua incontournable.

Mitsuko attitude de Mamoru Kurihara

06.08
2013
cop. Delcourt

cop. Delcourt

Après la mort successive de sa mère puis de son père, d’un cancer du pancréas, Mitsuko, jeune fille débrouillarde, essaie de vivre seule mais son patron lui fait plus que des avances chez elle, et elle est contrainte d’accepter de vivre chez son oncle et tante. Là elle apprécie de se sentir entourée, même si elle a des mots avec sa petite cousine très intelligente du CP. Mais les coutumes de cette famille lui semblent vite bizarres : si elle est heureuse de trouver une assiette remplie de fruits pour son petit déjeuner, elle est très surprise de découvrir son oncle nu en train de se faire des lavements, et son beau cousin buvant son urine…

Oh là ! C’est trash ! Ce premier tome à l’apparence rose bonbon guimauve cache bien son jeu en démarrant très scato. Gageons que le cousin s’est bien fichu d’elle et qu’il boit tout simplement du thé ! En tout cas, cette auteure âgée de quarante ans n’y va pas avec le dos de la petite cuiller : l’odeur du caca, du pipi, le cancer, la mort,… Un peu perplexe, j’ai fait ma petite recherche sur google pour vérifier l’épilogue pédagogique et effectivement, certains le préconisent. Pour faire passer le message de « mieux vaut prévenir avant de s’apercevoir que l’on ne peut plus en guérir », la mangaka y va fort, proposant des solutions extrêmes, tout cela avec beaucoup d’humour, avec un graphisme assez représentatif du shôjo.

Emprunt au CDI du lycée

 

Pablo : 1. Max Jacob

10.07
2013
cop. Dargaud

cop. Dargaud

Le jeune artiste barcelonais Pablo arrive à Paris à l’automne 1900, avec son ami Carlos Casamegas. Pablo ne s’est pas encore fait un nom : tous deux sans le sou s’adaptent à la capitale dans les bras de poules parisiennes qui les font un peu tourner bourriques, au point de jeter dans le plus grand désespoir Carlos. Parallèlement, Fernande, la muse future de Pablo, tente tant bien que mal de s’arracher à une série de destins désenchantés…

Dans la tendance des biopics en bande dessinée, voici enfin la biographie de Pablo Picasso en quatre volumes. Le choix de la scénariste est d’évoquer la biographie de Picasso en parallèle de celle de sa muse, Fernande. Dans ce premier tome, elle met l’accent par le sous-titre avec l’importance capitale de sa rencontre avec le poète Max Jacob, le grand ami de Picasso et son premier véritable admirateur. J’avoue en revanche ne pas avoir été particulièrement emballée par le choix de ces planches en six cases, avec des aplats de dialogues, mais plutôt fascinée par la reconstitution historique de la bohème montmartroise et de l’Exposition universelle par Clément Oubrerie (le dessinateur de la série Aya de Yopougon). A suivre !

Challenge La Belle Epoque

Challenge La Belle Epoque

 

Bride Stories de Kaoru Mori

21.12
2011

 

cop. éditions Ki-oon

 

La jeune mariée âgée de vingt ans, Amir, venue à cheval d’un lointain village (aux alentours de l’actuelle Mongolie), découvre aux noces son époux, Karluk, âgé de douze ans. Tous deux commencent doucement à s’habituer l’un à l’autre, à se connaitre, d’autant que leurs costumes comme leurs coutumes diffèrent, et même à s’attacher l’un à l’autre. Mais la douce Amir, qui se révèle être aussi une excellente chasseuse, doit aussi s’intégrer dans cette grande famille, tandis que la sienne découvre soudain qu’elle aurait pu conclure une alliance plus avantageuse avec un autre clan, et décide de retourner chercher Amir…

 

Kaoru Mori réussit le tour de force de nous faire découvrir ici quelle pouvait être la vie quotidienne des ces peuples, souvent nomades, vivant sur la route de la Soie. Sur fond d’une histoire d’amour naissante à partir d’un mariage arrangé, pleine d’une tendresse que d’aucuns trouveront un peu mièvre, elle nous brosse les moeurs

cop. Kaoru Mori

d’une civilisation disparue, avec un rare souci du détail. La présence de cet explorateur anglais dans la famille est peut-être un peu incongrue, certains personnages se ressemblent aussi un peu trop, mais on passe vite outre, tant les dessins sont vraiment de toute beauté : les décors en intérieur (les tapis !) comme en extérieur (la chasse au lièvre) sont somptueux, les costumes magnifiques, les pièces en bois travaillées par le vieil artisan extrêmement précises.

Une excellente cadeau de Noël (trois volumes sur les quatre de la série sont sortis), qui plaira surtout aux adolescent(e)s.

 

Apprécié

Bride stories / Kaoru Mori. - Ki-oon , 2011.- 194 p. : ill., couv. ill., jaquette ill. en coul.  ; 18 cm. - ISBN 978-2-35592-308-1 : 7,50 €.

 

Le chien gardien d’étoiles de Takashi Murakami

23.11
2011

cop. Sarbacane

Non, non, il ne s’agit pas du Takashi Murakami, chef de file du néo-pop japonais, qui fit scandale à Versailles, mais bel et bien d’un homonyme mangaka.

L’histoire débute sur la découverte des cadavres d’un homme et d’un chien dans la carcasse d’une voiture.Le plus étrange, c’est que la mort du chien semble ne remonter qu’à trois mois environ, alors que celle de l’homme date d’il y a un an. Par le biais d’un flashback, le lecteur apprend le drame de cet homme, malade, licencié et quitté par sa femme et sa fille qui le laissent sans le sou. Son seul et dernier compagnon de vie ? Ce chien, très attaché à son « Papa » qui le sort tous les jours, se confie à lui et finira par prendre la route avec lui…

Un tantinet gentillet, dans la mesure où l’histoire est perçue par le chien dont on lit les pensées sommaires et souvent joyeuses, et mélodramatique, ce récit peut avoir plusieurs niveaux de lecture. C’est d’abord l’histoire émouvante d’une amitié indéfectible, le maître allant même jusqu’à renoncer à ses biens pour sauver la vie de son chien, Happy. On peut aussi y voir une critique de la société contemporaine, rejetant ce malade non-productif, licencié puis quitté, et ce jeune garçon démuni pris en auto-stop.  C’est enfin un bel hymne à l’amour

cop. Sarbacane

 

d’autrui et à la vie, le personnage du père, ne se laissant jamais abattre par les drames qui jalonnent son parcours, poursuivant sa route, faisant de cette histoire un road trip faisant la part belle aux éléments naturels (la narration suit les changements de saisons, s’arrête sur les tournesols, la mer, les étoiles), qui va se poursuivre au présent à la fin du livre, avec un changement un peu brusque de narrateur.  Cette histoire simple et émouvante, servie par un graphisme sobre, dans un bel objet-livre, pâtit tout de même de ce côté un peu « mignon » et gentillet qu’affectionnent les Japonais.

 

Apprécié

Le chien gardien d’étoiles / Takashi Murakami. – Trad. de :
Hoshi mamoru inu. – Paris : Sarbacane, 2011. – 124 p. : ill., couv. ill. en coul. ; 22 cm. - EAN 9782848654584 : 17,50 euros.

Blue * de Kiriko Nananan (1997, France 2004)

05.01
2011

Dans un lycée japonais de province, Endô Masami et Kirishima Kayako se lient d’amitié. Endô a été renvoyée du lycée l’an dernier, après avoir avorté d’un homme marié. Kirishima en conçoit de la jalousie. Son trouble la pousse dans les bras d’un garçon dont est amoureuse son autre amie Watanabé, avec laquelle elle se brouille. Interrogée par Endô sur son geste, Kirishima lui avoue qu’elle l’aime. Entre elles naît une idylle…

Alternant entre très gros plans et scènes d’ensemble, en noir et blanc, le dessin de Kiriko Nananan ne cherche pas la précision, certains de ses personnages n’ont même pas de visage (le professeur) et peuvent se confondre, mais de faire sourdre dans un univers intimiste l’émotion, la sensibilité de ses personnages tourmentés dans les cris, mais surtout dans de longs silences. Tout y est décliné de manière subtile, souvent au moyen de planches muettes ou dans les non-dits entre les personnages : la déception après une nuit d’amour avec un garçon, la peur d’une sexualité qui s’annonce moins simple à vivre, l’absence de choix, l’évidence d’un amour interdit, la jalousie, l’état amoureux,…

Une bande dessinée pleine de sensibilité, dont s’est probablement inspiré Julie Maroh pour Le Bleu est une couleur chaude **, sélectionnée au Festival d’Angoulême.

Blue / Kiriko Nananan ; traduction, Corinne Quentin…. – Casterman, DL 2008. – 229 p. : ill., couv. ill. ; 24 cm. – (Écritures). . – Trad. de : Burū. - ISBN 978-2-203-01744-3 (br.) : 13,50 EUR. – EAN 9782203017443.