Categorie ‘Littérature argentine

La traduction ** de Pablo de Santis (France, 2004)

10.04
2011


copyright Métailié

 

RELECTURE :

Un congrès de traduction se tient dans une petite station balnéaire argentine, où jamais rien ne se passe, où seuls des cadavres de phoques viennent s’échouer sur la plage. C’est alors que trois traducteurs vont l’un après l’autre mystérieusement s’y suicider, une ancienne pièce de monnaie glissée sous la langue. Au fur et à mesure, leur collègue Miguel de Blast fait alors le lien avec l’objet même de leur recherche, qui n’est autre qu’une certaine langue mythique convoitée par tous les linguistes…

Ingénieux, ce court polar insolite, mêlant scènes d’actions et de suspense, et réflexions sur la langue et la traduction, dégage une atmosphère fantastique quasi borgésienne renouant avec le mythe de la tour de Babel.

Un auteur coup de coeur rencontré cette année au Salon du livre.

Une autre critique du roman sur Fattorius.

Du même auteur :  L’hypnotiseur ** à *** (BD), Le Calligraphe de Voltaire, Le Cercle des douze.

 

DE SANTIS, Pablo. – La traduction / trad. de l’esp. par René Solis. – Métailié, 2004. – 153 p.. – (Suites ; 93). – ISBN 2-86424-512-4 : 8 euros.


Le cercle des douze de Pablo de Santis

04.10
2009

cop. Métailié

« Il n’y avait aucun livre dans la maison de Grialet : c’était la maison tout entière qui était un livre. L’immeuble, comme je le sus par la suite, avait appartenu à l’éditeur Fussel, qui avait fait construire portes et fenêtres comme si elles avaient été des couvertures de livres. Les escaliers à colimaçon s’élevaient comme des arabesques ; des pièces imprévues surgissaient de-ci de-là comme des notes de bas de page ; les couloirs s’allongeaient telles des gloses exagérées. Et sur les murs blancs s’étalaient des écritures, tracées parfois avec soin et d’autres avec l’urgence que donne l’inspiration subite. » (p. 150)

Fils de cordonnier à Buenos Aires, Sigmundo Salvatrio n’aspire qu’à devenir l’un des grands détectives privés rassemblés au sein du Cercle des Douze. Aussi, lorsque l’un d’entre eux, Renato Craig, propose un cours, il s’y précipite dans l’espoir de devenir peut-être son assistant. C’est chose faite lorsque celui-ci, malade, le délègue pour le représenter à Paris à une réunion du Cercle au complet. Pas vraiment au complet puisque l’un d’entre eux, Darbon, meurt avant l’ouverture de la fameuse exposition universselle de 1889, en chutant de la Tour de Monsieur Eiffel. Pour les besoins de l’enquête, Sigmundo devient alors l’assistant de Viktor Arzaki, détective polonais vivant à Paris, le meilleur ami de son maître…

Pablo de Santis ancre avec habileté ce polar dans cette période un peu trouble où le positivisme, le progrès scientifique et technique, angoissent tous ceux qui aiment à cultiver le mystère et les réunions secrètes. Mettant son érudition au service d’un roman policier jouant tant sur le registre des vieux romans populaires que sur celui aux frontières d’un fantastique philosophique hérité de Borges, il nous offre ici une lecture des plus passionnantes.

Vous trouverez aussi du même auteur critiqués dans mes Carnets de SeL :

2012 : La Soif primordiale (roman)
2010 : L’Hypnotiseur (BD)
2004 : La Traduction (roman)
2004 : Le Calligraphe de Voltaire (roman)

SANTIS, Pablo de. – Le Cercle des douze / trad. de l’espagnol (Argentine) par René Solis. – Métailié, 2009. -  270 p.. – ISBN 978-2-86424-692-3 : 19 euros.

L’étoile rouge et le poète d’Alicia Dujovne-Ortiz

05.09
2009

cop. Métailié

La muneca rusa


Après avoir été à la tête des miliciens à la guerre d’Espagne, Africa de las Heras, désormais à la solde du KGB et formée par Oleg, amoureux d’elle, commence par être la secrétaire de Trotski, séjournant alors à la Casa Azul de Diego Rivera et Frida Khalo, avant d’être chargée de séduire un poète uruguayen, Felisberto, anticommuniste déclaré, pour l’épouser et introduire sur le sol américain des espions soviétiques.
« Et si la clé ne se trouvait pas dans ce que l’on conserve, mais dans ce que l’on perd, ou dans l’interstice existant entre les deux ? » (p. 244)
A partir d’une histoire vraie, Alicia Dujovne-Ortiz nous brode une romance totalement farfelue et fantaisiste sur fond d’espionnage en pleine guerre froide, qui se lit sans déplaisir.
DUJOVNE-ORTIZ, Alicia. – L’étoile rouge et le poète / trad. de l’espagnol (Argentine) par Claude de Frayssinet. – Métailié, 2009. – 243 p.. – (Bibliothèque hispano-américaine). – ISBN 978-2-86424-689-3 : 18 €.

 

Tango ** d’Elsa Osorio (2007)

30.01
2007

Titre original : Cielos de Tango, traduit de l’espagnol (Argentine)

De passage à Paris, Luis, argentin, va au Latino voir les Français danser le tango et repère tout de suite Ana, qui le danse divinement bien, bien qu’elle exècre l’Argentine, terre de ses aïeux dont son père ne garde que de mauvais souvenirs. De fil en aiguille, Luis lui propose de co-écrire avec lui un scénario sur le lien qui unit leurs ancêtres au tango. Ils font débuter cette fresque familiale à la fin du Xxe siècle, aux amours contrariés par des clivages sociaux, sur fond de tourmente populaire. Le tango, naissant et vivant dans les maisons closes et les quartiers populaires de La Boca, est alors méprisé par la bourgeoisie, tandis qu’il s’exporte et devient à la mode dans tout Paris…

Roman polyphonique, Tango mêle avec brio la voix des vivants et des morts, celle du Tango personnifié, les espaces entre l’Argentine, Paris, Biarritz et l’Espagne, le temps présent de cette idylle naissante et celles passées ou contrariées de leurs ancêtres, tous violemment animés par la passion du tango. Sensualité, militantisme, mariage d’intérêt et passions étouffées m’ont fait préférer de beaucoup les récits appartenant au passé aux interruptions du présent.

Lire aussi l’article sur le site du tango argentin et sur celui très complet… de L’Humanité.

SORIO, Elsa. – Tango / trad. de l’espagnol (Argentine) par Jean-Marie Saint-Lu. – Métailié, 2007. – 418 p.. – ISBN : 978-2-86424-596-4 : 22 €
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Le calligraphe de Voltaire de Pablo de Santis

28.09
2005

Remarquant quelques-unes de ses esquisses de calligraphie et souhaitant s’’en débarrasser rapidement, l’’oncle sous la tutelle duquel Dalessius est placé depuis le naufrage de ses parents, l’’envoie à l’École de calligraphie de M. de Vidors. L’’avarice de ce dernier se répercutant dans le non-choix de plumes adaptées, Dalessius se met rapidement à inventer ses propres plumes et encres, fantaisistes, invisibles, parfois mortelles. A sa sortie d’’école, une seule maison prend ses défauts pour des qualités et l’’accueille, celle d’’un Voltaire vieillissant, isolé à Ferney. Ce dernier, le voyant échouer dans les missions qu’’il lui confie, l’’envoie alors à Toulouse enquêter sur l’’affaire Calas. Sur le trajet en convoi funéraire, Dalessius s’éprend d’une inconnue gisant dans un cercueil, qu’’il revoit peu de temps après à la fenêtre d’une maison de passe ; il rencontre ensuite Kolm, un ancien bourreau, avec lequel il se lie d’’amitié, pour enfin remonter à Paris où il joue le rôle d’’espion double pour les Dominicains et affronte l’’énigmatique Silas Darel, maître calligraphe. C’est alors qu’il s’’émeut en écrivant des messages sur le corps nu d’’une belle femme, puis tombe sous le charme du modèle de chair et de sang de l’’inconnue au cercueil, qui n’’est autre que la propre fille du célèbre inventeur d’’automates…

Pablo de Santis nous dévoile ici le côté obscur du Siècle des Lumières, empreint de fantastique borgésien, plein de mystères et de complots, de plumes empoisonnées, et d’’automates remplaçant les vivants. Mais historique, ce troisième roman de Pablo de Santis l’’est aussi, drôle également, à sa manière plutôt macabre, lorsqu’’il met en scène le personnage du bourreau, lequel se venge d’’un comédien pendu sur scène comme Calas, et expérimente sur lui-même la guillotine. Un roman enfin dont le fil directeur n’’est autre que la passion de l’’écriture et des mots, menant à l’’aventure ou au crime. Une valeur sûre, à distinguer au milieu de cette rentrée littéraire.

SANTIS, Pablo de. – Le calligraphe de Voltaire. – Paris : Métailié, 2004. – 178 p. : couv. ill. en coul. ; 22 cm. – (Bibliothèque hispano-américaine). – ISBN 2-86424-510-8 (br.) : 16 €€.