Comment dire ?… Je n’ai pas trouvé d’intérêt à ce roman, que je n’ai d’ailleurs, pour le coup, pas terminé… Ni au niveau de l’intrigue, qui se veut érotique, ni au niveau de l’écriture… Pour une fois je passe mon tour…
« Un écrivain n’oublie jamais le moment où, pour la première fois, il a accepté un peu d’argent ou quelques éloges en échange d’une histoire. » (incipit, p. 11)
Carlos Ruiz Zafon utilise le « je », la première personne du singulier, pour favoriser l’identification du lecteur au jeune narrateur alors âgé de dix-sept ans. D’emblée, David Martin raconte dans ce premier chapitre « le soir qui devait changer le cours de ma vie » (p. 12), c’est-à-dire le défi lancé par son patron au journal, défi qu’il relève haut la main, celui d’écrire une bonne histoire : « d’après Vidal, vous ne seriez pas si mauvais que ça » (p. 13). Pour ce faire, il invoque une image pour l’inspirer. A partir de ce moment, ses feuilletons d’histoires sombres font la joie des lecteurs du journal, avant que la jalousie de ses collègues ne le pousse vers la porte. Qu’à cela ne tienne, « L’envie est la religion des médiocres. » (p. 24), et Vidal, son bienfaiteur, lui trouve des éditeurs pour le lancer dans une carrière d’écrivain à succès sous pseudonyme. Arrive une mystérieuse enveloppe scellée par un cachet de cire avec un ange, l’invitant à un curieux rendez-vous d’initiation sexuelle assez inquiétante, un cadeau de la part d’un éditeur, semble-t-il. Mais quand David Martin y retourne peu de temps après, le lieu n’existe plus depuis belle lurette, et tout semble avoir été reconstitué de toutes pièces pour lui seul, dans un décor proche de l’atmosphère de ses romans. La saveur de cette initiation lui fait songer à celle qui occupe toutes ses pensées, Cristina Sagnier, la fille du chauffeur de Vidal, lequel bien sûr l’épousera, ce qui séparera le narrateur de son bienfaiteur…
Passée la première page, qui joue à la perfection son rôle d’attrape-lecteur, j’avais bien envie de… ne pas poursuivre.
Certes, il est normal que ce cinquième roman de Carlos Ruiz Zafon (publié n 2008 en Espagne, en 2009 en France) exploite la même thématique que dans L’Ombre du vent, son quatrième roman, puisqu’il constitue le second volet de cette trilogie du Cimetière des livres oubliés. Mais cela n’est pas bien différent non plus de Marina, que je viens de lire. Une pointe de surnaturel pour tenir en haleine, un Méchant pour faire peur, souvent les mêmes ficelles (d’ailleurs on retrouve une allusion à des pantins à un moment donné, dans la vieille maison près du parc Güell, sans donner d’explication, après les horribles marionnettes de Marina), du pathos en vois-tu en voilà, des séquences émotion à la pelle. La recette est censée marcher à chaque fois, mais là j’avoue avoir ma dose, d’autant que le dénouement me semble quelque peu bancal. Page 299 c’est même la deuxième fois (cf. Marina) que CRZ nous fait le coup de la jeune fille amoureuse écrivant sur le héros sans qu’il sache quoi exactement.
Alors pourquoi ai-je lu les 666 pages de ce best-seller ? Justement par curiosité à la fois pour ses techniques d’écriture, dont il a l’ironie de nous distiller quelques recommandations au fil du récit, pour ce mystère de l’éditeur doublé du mystère de cette maison, et enfin pour ce fameux livre d’une religion-somme. Or ces trois sources d’intérêt se sont terminées de façon un peu décevantes. Le mystère de la maison et celui du fameux livre ont été vite éventés, peu délayés, et auraient pu ne faire qu’un avec celui de l’éditeur : j’avais un autre horizon d’attente, celui d’une nouvelle Bible pour convertir les hommes dont les prêtres seraient à présent des vampires qui recueilleraient leur sang pour en faire du vin pour le Diable, qui aurait séjourné dans cette maison. Voilà ma fin à moi, dans l’esthétique du roman quasi-gothique. Bon, vous l’aurez compris, je n’en lirai pas d’autre de lui : quand on en a lu un, on les a tous lus !
Retour dans la Barcelone des années 80, au milieu de ses vieilles demeures laissées à l’abandon, où aime errer Oscar, âgé de quinze ans, avant de regagner le soir le pensionnat où il est interne. Son aventure commence le soir où il pénètre dans l’une d’entre elles, y entend une voix merveilleuse puis voit un vieillard qui l’effraie et lui fait prendre la fuite, emportant avec lui une montre sans s’en rendre compte. Quand il y retourne pour la rendre, c’est pour y rencontrer Marina, qui l’éblouit aussitôt avant de l’emmener dans un cimetière ne figurant sur aucune carte pour y guetter une mystérieuse dame en noir…
« « Nous ne nous souvenons que de ce qui n’est jamais arrivé », m’a dit un jour Marina. » (incipit)
Qu’est-ce qui en fait un best-seller ? Tout y est machiavéliquement bien pensé pour ferrer le lecteur : sans vouloir révolutionner l’histoire littéraire, Carlos Ruiz Zafon a imaginé une mécanique bien huilée pour attraper son lecteur et le tirer par la manche avec beaucoup de suspens, avant de lui soutirer une belle larme d’émotion au dénouement. On a beau le savoir, on s’y laisse prendre avec délectation. Chapeau !
paru en 1999
trad. par François Maspero
Salvador, à quelques semaines de la retraite, accoste à chaque chapitre, dans l’aéroport où il balaie, les passagers qui attendent leur vol, ou d’autres employés, comme la vendeuse de journaux. Pour les premiers, il devine sans peine la destination, prodigue des conseils et raconte des histoires passionnantes qui, parfois, se poursuivent quelques chapitres plus loin :
« Il y a cinq ans, je sortais de l’aéroport pour prendre un bus lorsqu’une femme s’est approchée par-derrière et m’a pris la main en me disant : « Je pensais que tu ne viendrais pas. »
Je me suis retourné. J’ai une très bonne mémoire des gens. J’ai su aussitôt que je ne l’avais jamais vue.(…) » (p. 98)
Quelle perle que ce petit roman plein d’imagination, d’humour et d’esprit ! D’un chapitre à l’autre, on tombe sous le charme de ces histoires abracadabrantesques et surtout de ce conteur hors pair.
Un vrai coup de cœur.
TORRES-BLANDINA, Alberto. – Le Japon n’existe pas / trad. de l’espagnol par François Gaudry. – Métailié, 2012. – 158 p. ; 19 cm. – (Suite hispanique). – EAN13 9782864248743 : 9 €.
Laissé en 1514 par Christophe Colomb sur l’île d’Hispaniola avec trente-huit autres naufragés de la Santa Maria, Domingo Pérez relate, dans une lettre destinée à son frère, ses relations avec les Indiens et surtout avec une Indienne, Nagala, qu’il rencontre lors d’une expédition lancée avec quelques confrères, assoiffés d’or.
Cette lettre, qui se transforme en journal fictif des découvertes et aventures du protagoniste, reflète bien la cupidité des conquistadores de l’époque, convaincus par ailleurs de l’infériorité morale des païens qu’ils découvraient sur ces terres lointaines.
« Pendant les nombreuses semaines qui se sont écoulées depuis lors, j’ai observé chez ces Indiens maintes choses qui provoquent l’étonnement. Par-dessus tout, leur peu de désir de richesses. Au rebours de notre patrie où l’homme doit travailler jusqu’à épuisement pour survivre, le travail dans ces contrées, même s’il est dur, ne sert qu’à produire la nourriture nécessaire pour la cité ; quand il y en a trop, de grandes fêtes sont préparées, auxquelles on invite aussi les habitants des villages voisins, pour épuiser le surcroît de provisions. » (p. 123-124)
Un petit roman d’aventures, plein de suspens, dénonçant les exactions des Espagnols envers les Indiens, dès leur première rencontre.
FAJARDO, José Manuel. – Lettre du bout du monde / trad. de l’espagnol par Claude Bleton. – Métailié, 2012. – 153 p. ; 19 cm. – (Suite hispanique). – EAN13 9782864248750 : 9 €.
cop. La Table ronde
Roman espagnol traduit en France en 2009
«Une femme, cuvée 1929 elle aussi, en tailleur noir à col blanc, leur ouvrit. C’était comme si elle les invitait à franchir le seuil du premier chapitre d’un roman gothique. En toute logique, vu l’aspect de la réceptionniste, ils n’en ressortiraient pas vivants. On les assassinerait avant d’aller vendre leurs dépouilles au factotum d’un médecin psychopathe et sans scrupules. » (p. 35)
En cette fin des années 80, à Madrid, Paco claque la porte de celui qui fut son éditeur durant 22 ans, et décide d’ouvrir une agence de détectives et de ne plus écrire. Désormais, le personnage principal, ce sera lui, celui qu’il veut être, celui qui s’invente lui-même ! Sa première enquête arrive plus vite qu’il ne l’aurait cru : son beau-père est retrouvé assassiné. Alors que le club des Amis du Crime Parfait, où chacun porte le nom de son héros préféré, édicte les règles du roman policier, Paco, alias Sam Spade, mène une enquête qui va le conduire à s’intéresser au passé politique du défunt…
Alors quelles sont les règles pour écrire un bon roman policier ? A en croire nos personnages, ce serait…
1- le lecteur doit avoir autant de chances que le détective de résoudre l’énigme,
2- l’auteur ne doit pas user de subterfuges autres que ceux employés par le criminel pour induire en erreur le détective,
3- pas d’intrigue amoureuse
4- le coupable ne peut être le détective ou un membre de la police,
5- le coupable doit être démasqué par des déductions, et non par hasard, par accident ou par un aveu.
Quelle jubilation cela doit être d’écrire un roman policier dans lequel les personnages qui ont choisi pour nom Poe, Marlowe, Sherlock ou Maigret, s’entendent sur les règles d’or du parfait roman policier, appellent l’héroïne de leur roman du nom de leur épouse, et laissent leur imagination prendre le pas sur la réalité. Malgré tout, l’histoire a dû mal à partir, le suspens semble secondaire, d’ailleurs l’auteur ne respecte pas vraiment ses propres règles (la 3e par exemple entre Hanna et Poe), et on en retient surtout les notes d’humour et les jeux littéraires plus que la résolution du crime, fondée sur la mémoire.
Apprécié
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copyright Métailié
Titre original : Bella y oscura
« Ce que je vais raconter, j’en ai été témoin : la trahison de la Naine, l’assassinat de Segundo, la venue de l’Etoile. Tout s’est passé à une époque reculée de mon enfance dont je ne sais plus maintenant si je m’en souviens ou si je l’invente : car en ce temps-là, pour moi, le ciel ne s’était pas encore détaché de la terre et tout était possible. L’univers venait d’être créé, comme avait pris soin de me l’expliquer dona Barbara : »Quand je suis née, m’avait-elle dit, le monde a commencé. » Comme j’étais petite et elle déjà très vieille, cela m’avait semblé un temps très long. » (incipit).
Oublié l’orphelinat dès que la fillette âgée d’une dizaine d’années retrouve sur le quai de la gare sa tante Amanda et la suit jusqu’au quartier sombre et trouble d’une grande ville, pour rejoindre bon an mal la seule famille qu’il lui reste, une famille de saltimbanques, composée de sa grand-mère doña Barbara, qui sait se faire respecter, de son silencieux cousin Chico, de sa tante, craignant son oncle, et de la lilliputienne Airelai, qui devient sa meilleure amie. Le grand absent, c’est son père qu’elle n’a jamais vu, Maximo, et qui un jour ou l’autre devrait rentrer et reprendre tout en mains.
Dans ce monde cruel où des gamins jouant au caïd meurent très vite, où les femmes s’offrent derrière des vitrines pour faire vivre leur famille, la fillette occulte le pire et imagine les explications les plus fantaisistes à tout ce qui arrive, en particulier grâce à celles que lui donne Airelai, la Naine. Aussi ce qui rend si singulier ce roman d’apprentissage remarquablement bien écrit, c’est mojns l’intrigue en elle-même, pourtant bien ficelée, que l’atmosphère qu’a su rendre Rosa Montero, nourrie d’un monde imaginaire qui oblitère la violence du monde réel menaçant la fillette.
MONTERO, Rosa . – Belle et sombre / trad. de l’espagnol par Myriam Chirousse. – Paris : Métailié, 2011. – 189 p. ; 22 cm. – (Bibliothèque hispanique). – EAN 9782864247715 : 18 EUR. Reçu en service de presse.