Categorie ‘Société

Olympe de Gouges de Catel & Bocquet

28.12
2015
cop. Casterman écritures

cop. Casterman écritures

 

Fruit de l’amour défendu entre « un noble et une roturière », Marie Gouzes aime lire et écrire, et, libérée des liens d’un mariage de raison par un veuvage précoce, elle décide d’élever seule son fils et de se faire appeler Olympe de Gouges. Côtoyant quelques grands noms de la littérature et de la révolution, grande amie de Louis-Sébastien Mercier, amante de Jacques Biétric de Rozières, Olympe de Gouges commence par défendre les droits des noirs, notamment à travers une pièce de théâtre, avant de rédiger la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, en 1791. Ses attaques virulentes par voie d’affichage du nouveau régime de la Terreur l’amènent droit à la guillotine.

Connaissant la biographie d’Olympe de Gouges dans ses grandes lignes, j’étais curieuse de voir de quelle manière elle serait traitée… De façon linéaire, chronologique, très (trop) détaillée sûrement (plus de 400 pages) avec chronologie et galerie de portraits célèbres en fin d’ouvrage. Un travail très sérieux donc, mais un récit qui aurait pu gagner en densité et en intensité en se concentrant sur les étapes majeures de son parcours de citoyenne soucieuse des droits de chacun.

 

Autobio de Cyril Pedrosa tomes 1 & 2

25.11
2015

cop. Fluide Glacial

Au quotidien, il n’est pas toujours simple de concilier velléités écolo et organisation de la vie familiale. Tri sélectif, insecticides, vélo hollandais, maison en paille, mesure de carte scolaire, départ en vacances : le père de famille est confronté à ses contradictions et à bon nombre de dilemmes toute au long de ces deux albums… avec beaucoup de gags à la clé.

Ces diverses facettes du mode de vie écolo feront rire aussi bien le sceptique que le bobo ou l’écologiste engagé.

 

cop. Fluide Glacial

 

 

 

Pedrosa, Cyril.

Autobio.

FLUIDE GLACIAL-AUDIE, 2008.

« Lewis Mumford » : pour une juste plénitude

23.06
2015

 

cop. Le passager clandestin

 

Thierry Paquot exhume ici la vie et l’oeuvre de l’Américain Lewis Mumford dont la mort du fils de 19 ans sur le front italien en 1944 va pousser vers une radicalité politique qui s’affichera désormais dans ses ouvrages et articles, et ce sur tous les grands sujets de société. Pour lui, le progrès technologique ne tend pas à améliorer les conditions de vie de chacun, comme les industriels cherchent à leur faire croire, mais conduit à uniformiser les modes de vie de ses concitoyens conditionnés par la société de consommation comme seul indicateur de croissance, et partant de réussite… Productivisme qui met à mal tout l’écosystème pour assurer les bénéfices de quelques-uns. La seconde partie de l’ouvrage réunit des extraits choisis de son oeuvre.

Parmi « Les précurseurs de la décroissance », Thierry Paquot nous fait découvrir ici un citoyen américain qui émit parmi les premiers des objections argumentées contre la société de consommation, le gigantisme des villes, la bombe atomique, le pillage de la Nature :

« Il existe un antagonisme fondamental entre une économie mécanique, centrée sur la puissance, et l’économie plus ancienne, centrée sur la vie… Une économie centrée sur la vie respecte les limites organiques, elle ne cherche pas à s’adjuger la plus grande quantité possible d’un bien. » 

A découvrir.

PAQUOT, Thierry.

Lewis Mumford  : pour une juste plénitude

Le passager clandestin (Les précurseurs de la décroissance ; 2015)

109 p.

EAN13 9782369350262 : 8 €.

 

Tao-tö king de Lao-Tseu

08.06
2015

Livre de bambou chinois, By vlasta2, bluefootedbooby on flickr.com [CC BY 2.0 (http://creativecommons.org/licenses/by/2.0)], via Wikimedia Commons

Bible fondatrice du taoïsme, le « livre de la voie et de la vertu » présente la doctrine monothéïste de Lao-Tseu (570-490 avant J.-C.). Il s’agit d’un recueil d’aphorismes sibyllins et elliptiques qui ont fait l’objet d’innombrables commentaires et interprétations.
Partie d’un a priori plutôt positif, j’ai été rapidement déçue par ce que j’ai pu y lire entre les lignes : certes, il s’inscrit à un degré beaucoup moindre que je ne l’aurais cru dans une pensée proche de l’épicurisme :
« Qui prend conscience de son erreur ne commet plus d’erreur. »
Mais il prône surtout l’existence d’un esprit supérieur, le Tao, et l’absence de trouble dans une société en se gardant bien d’élever la conscience du peuple… Et cela ne lasse pas de me déranger aux encoignures.
Tao-tö king de Lao-Tseu

Trad. du chinois par Liou-Kia-hway

Gallimard (Folio Sagesses ; n° 5956), avril 2015

198 p.

Ce qu’on dit des Rroms

20.04
2015

cop. Le passager clandestin

 

Nomades ?! Apatrides ?! Incapables de s’intégrer ?!

Mendiants ?! Délinquants ?!

Un livre pour faire le point sur les préjugés et les mensonges !

Pour en finir avec les préjugés, pour lutter contre les politiques du bouc émissaire qui refont aujourd’hui surface, ce livre se veut un précis de déconstruction des idées reçues sur les Rroms en même temps qu’un outil pour toucher du doigt la diversité et de la richesse de la culture romani.

Au fil de sept siècles de présence en Europe (antérieure à la naissance de la plupart des États-nations qui le composent), il a fallu aux Rroms survivre au mieux dans l’indifférence, au pire dans la haine, et se construire dans l’adversité. Il est évidemment plus commode de nier, voire de rejeter l’existence de ces millions d’individus dont la manière d’être, les habitudes culturelles, le rapport aux frontières… sont de plus en plus ouvertement jugés inassimilables.

Et pourtant les Rroms, par les multiples liens (linguistiques, culturels, historiques) qui les unissent au continent européen pris dans son sens le plus large, par la richesse de leur imaginaire et l’originalité de leur inscription dans les territoires qu’ils traversent, par leur conception libertaire de l’espace géographique, de la propriété du sol, de l’économie de marché, détiennent quelques-unes des clés du changement de paradigme dont les sociétés du vieux continent ont si cruellement besoin.

Dans cet ouvrage, Jean-Pierre Dacheux, docteur en philosophie, reconnu comme l’un des meilleurs connaisseurs de la question Rrom en Europe revient sur chacun de ces clichés que véhiculent les médias, les formations politiques et les pouvoirs publics. Et j’avoue qu’il m’a fait tout bonnement découvrir leur culture.

DACHEUX, Jean-Pierre

Ce qu’on dit des rroms

Le Passager clandestin (2015).

97 p. ; 17*11 cm.

EAN13 9782369350231 : 7 €.

De l’égalité des deux sexes de François Poullain de La Barre

02.02
2015

cop. Gallimard

Sur les pas de Descartes, François Poullain de La Barre (1647 - 1725) fait table rase des opinions communément répandues sur l’inégalité des deux sexes. Dans cet ouvrage qu’il publie anonymement en 1673, il se propose de réfuter dans un premier temps l’opinion vulgaire, et dans un second temps celle des savants, poètes, écrivains et philosophes comme Platon, Aristote, Socrate, Diogène, Démocrite et Caton. Car cette inégalité entre les sexes n’a rien de naturelle, si ce n’est les moyens de reproduction, mais est bien une construction culturelle du fait des hommes. Si l’on proposait aux femmes une véritable éducation, elles pourraient embrasser n’importe quelle carrière, même scientifique, politique ou militaire, aussi bien que les hommes.

Ordonné prêtre après ses études de théologie, ce libre-penseur cartésien est l’un des premiers à combattre pour l’égalité des sexes, et inspirera entre autres Simone de Beauvoir. Un texte qui pourrait paraître pour d’aucuns dépassé de nos jours en France, et la cause de l’égalité des esprits entendue : ce serait oublier le succès d’ouvrages contemporains inversant cette tendance, tels que Les Hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus… 

Vous pouvez lire ce texte intégralement ici.

 

POULLAIN DE LA BARRE, François.

De l’égalité des deux sexes : discours physique et moral : où l’on voit l’importance de se défaire des préjugés.

Gallimard (Folio 2€, 5901 ; 2015)

139 p.

EAN13 9782070462162 : 2 €.

« Murray Bookchin » : pour une écologie sociale et radicale

30.01
2015

 

cop. Le Passager Clandestin

Parmi les précurseurs de la pensée politique de la décroissance, Murray Bookchin (1921-2006) mûrit la thèse d’une écologie sociale, soucieuse de rétablir des liens entre les êtres humains comme entre la nature et eux-mêmes, et radicale, en condamnant sans appel le capitalisme, dont les limites ne sont pas purement économiques mais écologiques.

Le capitalisme, affirme Murray Bookchin, débouche sur la production pour la production, sur la consommation pour la consommation, des fins en soi dont les moyens, quantités négligeables, sont l’exploitation de la main d’oeuvre humaine et de la nature, d’ailleurs appelées pudiquement « ressources humaines » et « ressources naturelles ». Il ne s’agit pas, comme les Verts, dit-il,  de culpabiliser le consommateur ou de donner quelque amende aux multinationales peu soucieuses de l’environnement, mais d’éradiquer la forme économique du capitalisme qui pousse à la croissance, et donc à la concurrence et à la production au moindre coût. Car le capitalisme a réussi à coloniser nos valeurs, nous expliquent Vincent Gerber et Floréal Romero, faisant de l’être humain et un salarié exploité et un consommateur frénétique en lui créant de faux besoins, lui faisant dépenser son salaire en gadgets inutiles et objets de mauvaise qualité durant peu de temps.

Murray Bookchin préconise le développement d’une société organique en valorisant une technologie libératrice, produisant des biens durables, beaux et de qualité, où chacun pourrait mettre sa touche créative finale, l’échange et l’entraide profitable pour chacune des parties, en s’orientant vers des sources d’énergies renouvelables et une démocratie directe, structurée autour du principe du municipalisme libertaire et d’une confédération de communes décentralisées, chaque citoyen redevenant actif, débattant de visu, impliqué dans les décisions de sa ville, et non plus simple électeur et contribuable anonyme.

Une première approche synthétique de la thèse séduisante de l’écologie sociale de Murray Bookchin.  

A lire aussi dans Carnets de SeL la critique de son ouvrage Une société à refaire *** (Les éditions écosociété).