Categorie ‘Philosophie

Tao-tö king de Lao-Tseu

08.06
2015

Livre de bambou chinois, By vlasta2, bluefootedbooby on flickr.com [CC BY 2.0 (http://creativecommons.org/licenses/by/2.0)], via Wikimedia Commons

Bible fondatrice du taoïsme, le « livre de la voie et de la vertu » présente la doctrine monothéïste de Lao-Tseu (570-490 avant J.-C.). Il s’agit d’un recueil d’aphorismes sibyllins et elliptiques qui ont fait l’objet d’innombrables commentaires et interprétations.
Partie d’un a priori plutôt positif, j’ai été rapidement déçue par ce que j’ai pu y lire entre les lignes : certes, il s’inscrit à un degré beaucoup moindre que je ne l’aurais cru dans une pensée proche de l’épicurisme :
« Qui prend conscience de son erreur ne commet plus d’erreur. »
Mais il prône surtout l’existence d’un esprit supérieur, le Tao, et l’absence de trouble dans une société en se gardant bien d’élever la conscience du peuple… Et cela ne lasse pas de me déranger aux encoignures.
Tao-tö king de Lao-Tseu

Trad. du chinois par Liou-Kia-hway

Gallimard (Folio Sagesses ; n° 5956), avril 2015

198 p.

Instructions au cuisinier zen de Dôgen

02.06
2015

cop. Folio sagesses

Grand penseur du Japon, Dôgen (1200-1253) évoque les grandes responsabilités d’un cuisinier au service des moines : la préparation du repas se doit d’être faite elle aussi dans le recueillement et la méditation zazen.
« Si l’on ne se laisse pas polluer par les vues perverties, les idées reçues, les habitudes de pensée, l’esprit devient clair et limpide comme l’eau du ruisseau en automne. » (p. 71)
Voilà tout ce que j’ai pu extraire de cette lecture assez inintéressante : en gros, il faut se garder de toute émotion en cuisinant avec la même attention un mets des plus délicats ou un plat ordinaire, et méditer tout en préparant le repas… Bôf bôf bôf…..
Instructions au cuisinier zen
suivi de Propos de cuisiniers

Trad. du japonais

Gallimard (Folio Sagesses ; n° 5950), mai 2015

Diogène et les cyniques ou la liberté dans la vie simple

09.02
2015

 

cop. Le passager clandestin

« Platon le voyant laver ses légumes s’approcha de lui et lui dit tranquillement :

- Si tu te mettais au service de Denys, tu ne laverais pas des légumes.

- Et toi, répondit Diogène tout aussi tranquillement, si tu avais su laver des légumes, tu ne serais pas au service de Denys. »

Figure centrale du cynisme antique, Diogène semble être celui qui a le mieux incarné cette pensée, qui l’a appliquée à son existence-même. Etienne Helmer souligne la radicalité des changements et des renoncements qu’implique le fait de devoir se suffire à soi-même pour accéder au bonheur par une vie simple, vertueuse, d’une frugalité extrême et un retour complet à la nature, en deçà de toutes les conventions et coutumes… quitte à créer le scandale en autorisant l’anthropophagie, l’inceste et le parricide, et en abolissant les rites funéraires. Précurseur de la décroissance, Diogène cherche ainsi à réduire au maximum la distance entre l’appétit et son objet, le besoin et sa satisfaction, et donc la dépendance sociale, créée par le travail et le commerce, pour parvenir à une espèce d’autarcie ou d’autosuffisance libératrice.  

« A cette question « Quelle est la chose la plus belle dans l’homme ? » Il répondit : « La liberté de parole ». »

Proche finalement de la pensée épicurienne, Diogène s’en démarque par son comportement volontairement provocateur, propre à éveiller les consciences, qui, de nos jours, semblerait inimaginable.

 

 

HELMER, Etienne.

Diogène et les cyniques ou la liberté dans la vie simple

Le passager clandestin (Les précurseurs de la décroissance ; 2014)

103 p.

EAN13 9782369350194 : 8 €.

 

« Murray Bookchin » : pour une écologie sociale et radicale

30.01
2015

 

cop. Le Passager Clandestin

Parmi les précurseurs de la pensée politique de la décroissance, Murray Bookchin (1921-2006) mûrit la thèse d’une écologie sociale, soucieuse de rétablir des liens entre les êtres humains comme entre la nature et eux-mêmes, et radicale, en condamnant sans appel le capitalisme, dont les limites ne sont pas purement économiques mais écologiques.

Le capitalisme, affirme Murray Bookchin, débouche sur la production pour la production, sur la consommation pour la consommation, des fins en soi dont les moyens, quantités négligeables, sont l’exploitation de la main d’oeuvre humaine et de la nature, d’ailleurs appelées pudiquement « ressources humaines » et « ressources naturelles ». Il ne s’agit pas, comme les Verts, dit-il,  de culpabiliser le consommateur ou de donner quelque amende aux multinationales peu soucieuses de l’environnement, mais d’éradiquer la forme économique du capitalisme qui pousse à la croissance, et donc à la concurrence et à la production au moindre coût. Car le capitalisme a réussi à coloniser nos valeurs, nous expliquent Vincent Gerber et Floréal Romero, faisant de l’être humain et un salarié exploité et un consommateur frénétique en lui créant de faux besoins, lui faisant dépenser son salaire en gadgets inutiles et objets de mauvaise qualité durant peu de temps.

Murray Bookchin préconise le développement d’une société organique en valorisant une technologie libératrice, produisant des biens durables, beaux et de qualité, où chacun pourrait mettre sa touche créative finale, l’échange et l’entraide profitable pour chacune des parties, en s’orientant vers des sources d’énergies renouvelables et une démocratie directe, structurée autour du principe du municipalisme libertaire et d’une confédération de communes décentralisées, chaque citoyen redevenant actif, débattant de visu, impliqué dans les décisions de sa ville, et non plus simple électeur et contribuable anonyme.

Une première approche synthétique de la thèse séduisante de l’écologie sociale de Murray Bookchin.  

A lire aussi dans Carnets de SeL la critique de son ouvrage Une société à refaire *** (Les éditions écosociété).

Léon Tolstoï contre le fantasme de toute-puissance

12.12
2014

cop. Le passager clandestin

En 1947, George Orwell disait de Tolstoï que comme le Roi Lear, en renonçant au pouvoir, il avait dû faire face à un conflit intérieur tragique : appliquant la loi chrétienne de l’amour, en refusant de faire à autrui ce que l’on ne voudrait pas qu’il nous fût fait et donc de profiter du travail d’autrui, Tolstoï remet en question les promesses des socialistes et la vision classique d’une économie productiviste, utilisant les ressources humaines et naturelles pour servir des objectifs de rendement.

Léon Tolstoï préconise maîtrise de soi et modération, pour revenir aux désirs immodérés fondamentaux : il aborde alors la question du régime alimentaire, voyant le végétarisme comme un premier pas dans la voie du perfectionnement moral.

Il remet en question la vision classique de l’économie, focalisée sur la seule productivité et considérant les humains et la nature comme autant de ressources utilisables à volonté pour servir les objectifs de rendement dans un contexte de rareté.

Il se prononce pour une appropriation des outils et d’une terre à la campagne : il imagine une communauté à la fois technique et naturelle où chaque ouvrier ou artisan disposerait librement de ses outils, utiliserait la terre où il vit et qu’il connaît, qui est brisée par l’appropriation des terres et des moyens de production par les capitalistes.

Selon lui, la campagne préserve l’amour de soi, la juste estimation par l’homme de ses forces, ainsi de ce qui convient à son bien-être, alors que la ville n’est qu’amour-propre, vanité des hommes, confrontation et comparaison.

Il souhaite une alternance des quatre types d’activités humaines sur la journée, soit le travail physique, l’exercice du métier (artisanat), l’activité de l’esprit et de l’imagination, et enfin les relations sociales, pour obtenir les biens matériels et intellectuels y afférant : il n’y aurait alors plus de division du travail !

Il dénonce comme les anarchistes l’impôt comme un vol organisé par l’Etat.

Il se gausse enfin des intellectuels qui croient aux promesses des socialistes selon lesquelles en s’emparant des moyens de production, tous mèneront une vie facile et confortable.

Non content d’avoir écrit des chefs-d’oeuvre et prôné la non-violence à Gandhi avec le résultat que l’on connait, Léon Tolstoï a avancé avant l’heure des idées proches de la décroissance. Des textes qui résonnent encore, à réserver aux plus mûrs.

GARCIA, Renaud. – Léon Tolstoï contre le fantasme de toute-puissance. – Le passager clandestin, 2013. – 94 p.. – (Les précurseurs de la décroissance). – EAN13 9782369350002 : 8 €.

La philosophie pour ceux qui ont tout oublié

06.10
2014

cop. Larousse

cop. Larousse

Tout, vous saurez tout en quatre pages sur les principaux courants philosophiques et sur chacun des 67 grands philosophes jusqu’à Michel Foucault, il y a 30 ans. 25 dossiers sont également consacrés aux différents concepts, rédigés par Sébastien Barbara pour cette présente édition, puisque le reste des textes provient du Petit Larousse des grands philosophes. Ce qui ne retire rien à l’intérêt de cet ouvrage accessible et complet (si vous n’avez pas déjà le précédent), qui permettra aux lycéens non pas de se souvenir (à moins d’avoir une réminiscence platonicienne) mais de découvrir la philosophie.

La philosophie pour ceux qui ont tout oublié. – Larousse, 2014. – 367 p. : ill. n.b.. – EAN13 9782035902634 : 19,90 €.

Penser la mort ? de Vladimir Jankélévitch

07.04
2014
cop. Liana Levi

cop. Liana Levi

Peut-on penser l’impensable, la mort ? Dans quatre entretiens qu’il a donné à France Culture à la suite de la publication de son ouvrage sur La Mort en 1966, Vladimir Jankélévitch, qui a longtemps occupé la chaire de philosophie morale à la Sorbonne, s’exprime sur les multiples facettes de la pensée de la mort.

Dans un premier entretien avec Daniel Diné, le philosophe met l’accent sur le contraste entre le caractère somme toute banal, insignifiant de ce phénomène démographique, médical, à l’échelle de la planète, et le caractère unique, irrévocable de cette tragédie personnelle qui fait perdre le goût de la vie aux survivants. Si le défunt est « il » ou « elle », « Tout le monde est remplaçable », ce n’est jamais une perte pour la perpétuation de l’espèce humaine. Si le défunt est moi-même, je ne peux pas en parler. En revanche, si la mort est à la deuxième personne, si c’est un proche qui meurt, c’est là une expérience philosophique car cette mort me touche, et le prochain, cela peut être moi. D’ailleurs, quand les parents disparaissent, c’est la dernière barrière biologique qui disparait. Après c’est notre tour.

« La mort, non seulement nous empêche de vivre, limite la vie, et puis un beau jour l’écourte, mais en même temps nous comprenons bien que sans la mort l’homme ne serait même pas un homme, que c’est la présence latente de cette mort qui fait les grandes existences, qui leur donne leur ferveur, leur ardeur, leur tonus»

 Car la durée de la vie aura beau s’allonger sans cesse, la vie sera tout de même finie… 

Le second entretien avec Georges Van Hout porte sur la croyance religieuse et surtout sur celle d’un au-delà.

Le troisième entretien avec Pascal Dupont se penche sur le cas de l’euthanasie, qui est à la fois un problème philosophique et pratique pour le médecin qui ne veut pas être accusé d’être un meurtrier. 

Enfin, dans le dernier entretien, « Corps, violence et mort », sont examinées les pratiques sociales et gouvernementales vis-à-vis de la mort : cimetières, funérailles, peine de mort, greffes d’organes, guerres, tortures, répressions,… 

 

Il est souvent plus reposant de ne pas penser à la mort. C’est elle qui vient en général se rappeler violemment à nous, à travers le décès d’un proche. C’est pourtant le sujet philosophique par excellence, le seul peut-être par lequel il faille commencer. A la suite d’Epicure et de sa Lettre à Ménécée, Vladimir Jankélévitch, qui a longtemps occupé la chaire de philosophie morale à la Sorbonne, nous offre ici, dans un langage clair et direct, une réflexion sur la mort couvrant des champs aussi bien psychologiques et moraux, qu’éthiques scientifiquement, religieux, socio-culturels ou encore politiques. Des entretiens intéressants, qui entérinent mon avis sur la question.