Bernard Magnier (2004)

15.11
2006

directeur du département « Afriques » chez ACTES SUD

Etudiant, Maryse Condé lui a fait découvrir les littératures venues d’Afrique et de la Caraïbe. Les mots étaient neufs, écrits avec leurs «tripes». Il s’y est tellement intéressé qu’il est devenu journaliste et critique littéraire.
Il y a 11 ans, Actes Sud lui propose la création d’un département «Afriques» au sein de la maison. Actuellement, il accepte 1 des 100 manuscrits qui lui parviennent. Il anime des stages de formation de bibliothécaires et de documentalistes tant en France que dans divers pays africains.

Comment choisissez-vous un roman ?

Le choix est forcément subjectif. Le tout est de choisir honnêtement.
En art, l’objectivité n’existe pas. L’histoire littéraire est jalonnée d’erreurs.
Lorsqu’un manuscrit arrive à la maison d’édition, il y a un premier tri à la réception, afin de réorienter l’auteur qui se serait trompé d’adresse et qui aurait envoyé un manuscrit plutôt destiné à une autre collection, une autre maison, ou d’éliminer les manuscrits qui, dès la première page, font preuve d’une très médiocre qualité.
Il y a un second temps constitué de manuscrits qui peuvent envisager d’être publiés, que je lis puis qui sont lus par différents lecteurs de la maison.
Par an, Actes Sud reçoit quelque chose comme 6000 ou 7000 manuscrits et en publie 500. Dans mon domaine, c’est plus difficile à chiffrer, mais c’est de l’ordre de 1 à 2 %. C’est très faible parce que je publie 5 ou 6 livres par an pour l’ensemble du continent sud-africain, y compris les livres qui sont traduits, et donc déjà publiés dans une autre langue. La sélection est donc redoutable.

Les écrivains publiés chez Actes Sud peuvent-ils aussi être publiés en Afrique ?

Beaucoup d’écrivains africains vivent en dehors de leur pays natal. Cela peut être un exil familial, économique ou politique. Certains vivent en France et sont donc plus proches des structures éditoriales. De plus il y a l’attraction de la France, vue comme prestigieuse.
Pour les autres, demeurés en Afrique, il existe peu de maisons d’édition leur permettant de tout dire ou d’être diffusés à l’étranger. En France, la diffusion est plus large, non censurée mais en revanche, les livres sont plus chers. Pour les auteurs s’exprimant dans d’autres langues que le français (anglais, portugais ou une langue africaine), ils ont, en général, déjà été publiés ailleurs, et traduits.

Combien de temps faut-il entre le temps où le livre est lu et le moment où il est vendu ?

C’est très variable.
Disons entre trois mois pour les plus rapides et parfois plus d’un an pour d’autres.

Rencontrez-vous tous les écrivains que vous publiez ?

Il y en a qui, malheureusement, sont morts, d’autres vivent loin… Mais lorsque c’est possible, c’est toujours avec plaisir.

Avez-vous une politique d’auteur ?

Oui, nous aimons suivre un auteur. Ne pas publier un seul livre. Plusieurs auteurs de la collection ont déjà deux, trois et pour l’un d’entre eux, cinq livres. On accompagne un auteur. Une complicité se crée entre un auteur et un éditeur. L’un n’existe pas sans l’autre.
J’aime à définir mon rôle comme celui d’un «passeur d’enthousiasme».

Comment Actes Sud a-t-elle eu l’idée de créer votre département  ?

Il y a d’abord eu Actes Sud, Actes Sud junior et Actes Sud papier. Puis il y eut de nombreux départs, chaque nouvelle collection devenant une question de langue. Il y a eu ainsi « Afriques » qui regroupe une notion géographique, puis «Sinbad» qui regroupe les auteurs du monde arabe.

Pourquoi Actes Sud a-t-elle décidé de s’installer à Arles ?

Nyssen, belge, écrivain, a décidé de la fonder à Arles il y a 27 ans. L’idée de s’expatrier fait parler de la maison d’édition. Il a choisi par ailleurs de se démarquer avec un format original et un papier beige de qualité.

Propos recueillis en décembre 2004

et relus par Bernard Magnier en novembre 2006

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