Valentine Goby (automne 2008)

17.10
2008

C’est une jeune femme pétillante qui a été interviewée la première, dans cette salle du cinéma Gaumont à Nantes, ce jeudi 16 octobre 2008, pour cette rencontre organisée par la FNAC.

Valentine Godry : Dans ce roman, l’important pour moi, c’était de parler de ce corps qu’on ne choisit pas, comme le prénom, comme la famille. C’est l’histoire de ce passage du corps reçu au corps rêvé. Le corps passe par des déchirements pour être. Ce qui m’intéressait aussi, c’était d’abord la frontière entre la légalité et l’illégalité, et celle entre victime et bourreau.


Clarabelle : Avez-vous vu votre héroïne sous les traits d’Isabelle Huppert dans Une affaire de femme de Claude Chabrol ?
Valentine Godry : Le seul point commun entre l’actrice et mon personnage, c’est la décapitation d’une avorteuse. Nous sommes partis du même fait divers. Je me me suis d’ailleurs interdit de voir le film avant d’avoir terminé le roman. Mais Claude Chabrol a réalisé un film sur l’avortement, et moi sur la liberté d’être soi. Je n’ai pas écrit une biographie, mais un roman constitué des trous laissés dans sa vie, comme un puzzle imaginé. Je n’ai pas non plus écrit un roman sur les monstres car ce qu’ils font est le produit de leur histoire et de leur enfance.


Guillaume : Pourquoi le choix d’une intrigue sur 24 heures ?

Valentine Godry : C’est un moment-charnière où tout est possible et où on ne peut pas revenir en arrière. C’est une fausse unité de temps puisqu’il y a de nombreux flash-back pour comprendre le passé des personnages.

Quilian : Vous parlez de deux types de douleurs, physique et morale, pour les trois personnages. Sont-elles liées ?

Valentine Godry : Il y a en effet la souffrance psychologique pour le bourreau qui pense avoir tué sa mère, qui se sent coupable, si bien qu’il devient moteur d’une souffrance physique. Les deux souffrances sont aussi liées chez les femmes.

Mathieu : Chacun des personnages a tué ou va tuer. Quels sentiments éprouvez-vous pour ces personnages ?

Valentine Godry : Je ne peux pas écrire sur des personnages que je n’aime pas. Il y a une trajectoire humaine qui ressort pour chacun d’eux.

Inconnu(e) : Est-ce un plaidoyer contre la peine de mort ?
Valentine Godry : En tant qu’écrivain, je ne porte pas de jugement, je suis chacun d’eux. Je suis le bourreau comme la victime. En tant que personne, je suis opposée à la peine de mort.

Floriane : Vous racontez un avortement qui se passe en 43, n’est-ce pas passer à côté de l’avortement aujourd’hui ?

Valentine Godry : Encore une fois, ce n’est pas l’avortement seul qui m’intéressait. Je préférais prôner la vertu de la désobéissance face à la loi, l’individu qui s’oppose à l’État.

Julie : Peut-on qualifier votre livre de féministe ?


Valentine Godry : Je n’écris pas pour le droit des femmes, mais pour le droit du corps. Les deux femmes représentent la cause et l’effet seulement, et il y a un personnage masculin aussi. Aujourd’hui je me sens très petite vis-à-vis des combats menés.
Valentine Godry poursuit : Je n’écris pas avec ma tête. C’est le livre que j’avais envie d’écrire depuis le début. J’ai trouvé une langue pour dire mon sujet. Il y a peu de ponctuation dans le roman. J’ai beaucoup de mal à relire mon premier roman, alors que là, il épouse ma voie et ma voix.

Stéphane : Alors, meilleur écrivain ou meilleure personne ?


Valentine Godry : Meilleur écrivain grâce à cette empathie pour ses personnages.

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