Art et pouvoir de 1848 à nos jours

16.03
2012

 

cop. Scéren

Réalisé à destination essentiellement des enseignants d’histoire des arts et de leurs élèves en classe de terminale, cet ouvrage cherche à retracer chronologiquement de quelle manière les différents régimes politiques ont pesé ou soutenu les arts, notamment en France, depuis 1848, mais aussi dans les régimes totalitaires des années 30 et 50, et aux Etats-Unis du temps de la guerre froide.

Dans son introduction, Philippe Poirrier remarque que si l’évolution tend vers une plus grande autonomie de l’artiste vis-à-vis des pouvoirs en place, la nature de leurs relations ne relève plus des mêmes logiques. La marchandisation de la culture s’accélère dans le dernier tiers du 20e siècle, réduisant à néant l’autonomie des arts et des artistes par rapport au marché.

On assiste à la fin du 19e siècle au déclin du système académique et à la multiplication des salons. Apparaissent les musées, lieux propices à l’éducation du regard de tous les citoyens. Un concours fut lancé auprès des artistes pour représenter la figure symbolique de la République (puisqu’il n’y avait plus de Roi), et c’est de là que nous vient cette femme vêtue à l’antique représentant la devise républicaine. Sous Napoléon III, grand amateur d’art, Hausmann, nommé préfet en juin 1853, relia Le Louvre aux Tuileries, fit construire la bibliothèque de Richelieu, les Halles (détruites sous Jacques Chirac) et l’opéra Garnier (1862-1875), où le groupe de La Danse de Jean-Baptiste Carpeaux fit scandale en 1869, en raison de sa composition et de son sujet : une ronde de femmes nues tournoyant autour du génie de la danse. Il inspirera les théâtres du monde entier. Il crée les Bois de Boulogne et de Vincennes.

Sous la Commune, en 1871, apparaît une Fédération des artistes par eux-mêmes, dégagée de toute tutelle de l’Etat.

La IIIe République, où règnent le théâtre et l’opéra, est surtout atteinte de statuomanie : la statue revêt une fonction pédagogique, souvent sous la forme d’hommage à des hommes politiques ou à des militaires (avant 1914) puis sous l’aspect de mémoriaux (1914-1918).

Les peintres en particulier, en temps de guerre, versent dans l’accusation des ennemis et la glorification des leurs, puis, quand la grande guerre s’enlise, dépeignent des spectacles de désolation.

Souvent, on a pu observer sous les régimes totalitaires des édifices de taille monumentale, à la forme inspirée par le passé gréco-romain. D’ailleurs, sous Hitler, l’art moderne sera dit « dégénéré » et condamné.

Sous Vichy, de même, l’art « dégénéré » sera interdit au profit de l’art antique. La scène culturelle est sous contrôle. Cela n’empêche pas Picasso, immigré espagnol, de produire autant qu’entre deux guerres. Néanmoins on assiste aux censures antisémites, à la fermeture des nombreuses galeries d’art juives. La musique de jazz elle commence à avoir du succès.

Le réalisme socialiste en France est une doctrine esthétique venue d’URSS, exportée par le mouvement communiste international, et évoquée dès 1932 dans l’Humanité par Jean Fréville. Parmi les écrivains prolétariens, on peut nommer Henry Poulaille (Les damnés de la terre), Henri Barbusse (Le Feu), et les surréalistes. A la tête du réalisme socialiste en 1934 se trouve Louis Aragon, qui anime des débats avec Jean Lurçat, Fernand Léger (pour le « nouveau réalisme »), Marcel Gromaire et Le Corbusier. En 1947 et 1948 prolifèrent revues de combat et maisons d’édition communistes. Fougeron peint les Parisiennes au marché. Aussi le réalisme socialiste s’exprime-t-il en littérature et en peinture, mais peu au cinéma et au théâtre.

A l’opposé, le cinéma hollywoodien séduit les Européens. Intellectuels et artistes sont invités à voyager aux États-Unis. C’est là qu’éclate l’expressionisme abstrait : Pollock (action painting qui incarne l’individualisme, la liberté), Rothko, Gorky. Mais c’est aussi à cette époque que le maccarthysme (1947-1954) dresse sa fameuse liste noire.

L’art urbain dans  les villes nouvelles
Conçues au milieu des années 60, les villes nouvelles françaises ont dès le départ cherché à renouer le dialogue entre l’art et la ville. Ont été ainsi créés 9 musées de plein air, peuplés d’œuvres des sculpteurs comme Marta Pan (Saint-Quentin-en-Yvelines, Evry, Rouen, Brest, La Courneuve, réalisations japonaises), Piotr Kowalski, Dani Karavan (La Défense, Cologne), Nissim Merkado. Mais L’Axe majeur à Cergy-Pontoise de Dani Karavan est resté longtemps inachevé malgré les protestations de son artiste car le maire avait privilégié le logement social.

Le Ministère des Affaires culturelles est créé en juillet 1959, sous la Ve République. De Gaulle charge Malraux de ce ministère, dont les objectifs vont être de « rendre accessibles les œuvres capitales de l’humanité, et d’abord de la France au plus grand nombre possible de Français, d’assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel et de favoriser la création d’œuvres de l’art et de l’esprit qui l’enrichissent. » Malraux crée alors les maisons des jeunes et de la culture, commande le plafond de l’opéra à Marc Chagall, fait restaurer le château de Versailles et nettoyer les monuments parisiens. A partir des années 90, à la défense de l’ »exception culturelle » se substitue la « diversité culturelle », et beaucoup moins la démocratisation des pratiques culturelles. Le 20 octobre 2005 est signée la convention sur la diversité culturelle à l’UNESCO.

La politique publique du cinéma en France
De 1895 à 1929, l’État prélève en impôts 25% des recettes comme spectacle de curiosités, et non 5 ou 9 % comme art. Il censure d’abord pour bonnes mœurs, pour la sécurité des salles de projection qui se trouvent dans des cafés, puis avant diffusion, à partir des exécutions filmées à Béthune en 1909. De 1930 à 1948, la demande est faite à l’État de créer une organisation administrative et d’assurer un soutien financier. De 1948 à 1995, une loi d’aide à la production cinématographique crée un fonds de soutien pour redistribuer l’argent au secteur de la création. En 1954, François Truffaut, dans les Cahiers du cinéma, s’insurge contre ce système qui bénéficie à un cinéma populaire de mauvaise qualité. L’État confère en 1959 une valeur esthétique à la création, et crée une Avance sur recettes avant réalisation. En 1995, l’État encourage un cinéma de « prestige » qui s’inspire d’Hollywood : Cyrano de Bergerac, La Gloire de mon père, Tous les matins du monde, ou pédagogique Germinal, Van Gogh, La Reine Margot,… et plus seulement sur l’hexagone. On constate de plus en plus une concentration des images dans le domaine des industries culturelles : cinéma indépendant, éducation artistique, chronologie des médias.

La politique publique du théâtre en France du Front populaire à nos jours
Depuis le XVIIIe siècle, soit l’État soutenait le théâtre, soit il le censurait (jusqu’en 1945). Quatre grands théâtres sont régulièrement subventionnés par l’État : la Comédie française, l’Opéra, l’Opéra-comique, l’Odéon. Sous le Front populaire, un certain nombre de mesures sont prises : aide à la mise en scène de grands spectacles, augmentation de la subvention de l’Odéon, nomination de Bourdet à la Comédie française, subvention de certaines troupes par le biais de la radiodiffusion nationale et du théâtre d’essai, mise en œuvre d’une réforme du théâtre sur tout le territoire. Sous Vichy on assiste à une extension du secteur public, un renforcement de l’administration, un regroupement professionnel des directeurs de théâtres parisiens,… Après 1945, la licence d’entrepreneur du spectacle est créée, Odéon est désormais exploitée par la Comédie française, la direction du Festival d’Avignon est confiée à Jean Vilar, 5 Centres Dramatiques Nationaux sont créés, ainsi qu’une aide à la première pièce.  Sous la Ve République, Malraux augmente les subventions et le nombre de CDN en France, tandis que Lang élargit le théâtre aux arts du cirque et aux marionnettes, accordant une plus grosse enveloppe budgétaire au théâtre.

La commande publique – l’exemple des arts plastiques
Autrefois les arts plastiques étaient utilisés pour les commémorations, les propagandes et les décorations. Il faut attendre brièvement la Commune, puis le Front Populaire pour que se crée une association d’artistes modernes, Raoul Dufy et les Delaunay. L’État offre alors du travail à des artistes, et fait partager l’art contemporain au plus grand nombre. Il prévoit un arrêté dit du 1% pour chaque construction d’établissement scolaire. Malraux commande en 1964 le plafond de l’Opéra à Chagall. Lang, lui, le consacre au plaisir visuel : Christo emballe ainsi le Pont neuf en 1985.

La commande publique : l’exemple de la musique contemporaine
Depuis les années 70, environ 60 compositeurs bénéficient chaque année d’une commande. L’État, à l’aide de musiciens experts, attribue des commandes à des artistes « sérieux », mais qui ne leur suffisent ps pour vivre. Radio France leur offre aussi la possibilité de créer des pièces à la radio ou à la télévision. Sont créés en 1958 le GRM (Groupe de Recherches musicales) et en 1970 l’IRCAM de Pompidou. Depuis 1985, ces aides se heurtent à l’opposition de la droite qui considère que la musique relève de la sphère privée, et que l’État n’a pas à intervenir.

Les grands travaux présidentiels sous la V’ République
Sous la Ve République ont été réalisés les grands travaux présidentiels suivants : la Maison de la Radio (1963, De Gaulle), le Centre Georges Pompidou (1977, Pompidou), le Musée d’Orsay (1977), le Parc de la Villette, le Grand Louvre (1999), la Bibliothèque Nationale de France (Mitterrand), le Musée du quai Branly (Chirac), le Centre Georges Pompidou à Metz.

 

Ce livret ne manquera pas d’intéresser tous ceux qui comme moi s’intéressent aux arts et à la politique culturelle.


Art et pouvoir de 1848 à nos jours / sous la direction de Philippe Poirrier, coord. par V. de Montchalin. - Paris : CNDP, 2006. - 80 p.. – (Baccalauréat ; Histoire des arts). – EAN13 9782240025586 : 10,75 €.

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