Appelés en Algérie ** à *** de Claire Mauss-Copeaux

26.08
2010

Claire Mauss-Copeaux procède en 1998 à une étude systématique de la mémoire de 39 simples appelés du contingent, originaires des Vosges, traumatisés et honteux. Ouvriers ou paysans pour la plupart. Sa démarche va mettre en branle un travail d’introspection, rendu difficile par la solitude de ces anciens combattants qui n’ont pas osé en parler à leur père ou à leur grand-père, lesquels ont fait des guerres mieux reconnues, ni à leurs enfants.

Beaucoup avaient commencé à travailler à 14 ans : des ouvriers et les paysans pour la majorité, les autres, les riches, les fils d’ingénieur, les médecins, les journalistes, bénéficiaient d’un sursis, ou pouvaient remplir des fonctions administratives et logistiques.

Là-bas, ils avaient tous entre 20 et 22 ans. Le service militaire durait alors de 27 à 30 mois, dont 18 à 24 mois en Algérie pour les opérations de « maintien de l’ordre ». Cela relevait du devoir civique, même s’ils étaient quelques-uns à s’interroger sur le bien-fondé de leur mission : pourquoi aller se battre là-bas ? pour sauvegarder les richesses et les privilèges des colons ?

L’esprit de groupe, la fraternité prévalaient dans cet univers parallèle où les règles étaient différentes, qu’ils considéraient d’abord comme absurdes avant de s’y habituer, où la morale n’était pas la même. Pour eux, la guerre, cela relevait du massacre, mais aussi de toutes ces violences quotidiennes : les vérifications d’identité, les ratissages, les bouclages, les embuscades au quotidien. Ils étaient bouleversés par les « corvées de bois » pour lesquelles on demandait des volontaires. Quand ils partaient en mission, ils n’en savaient pas plus. Ils ne savaient pas si cette guerre allait s’arrêter, si l’un ou l’autre prenait le dessus. Face à la faible motivation des appelés, il y avait le courage des Algériens qui se battaient pour leur terre. Et ils étaient blessés par l’ingratitude des colons, choqués par leurs richesses et leur confort, qui n’avaient pas l’air de se rendre compte qu’ils étaient en guerre.

Édifiante, passionnante, cette somme de témoignages, cette mémoire orale de simples appelés au cœur du conflit, avec leurs doutes, leurs opinions, leurs expériences, est encadrée par l’analyse fine de l’historienne, qui croise les sources, débusque les fantasmes et préjugés, et donne la parole à ceux qu’on a mis en première ligne.

MAUS-COPEAUX, Claire. – Appelés en Algérie : la parole confisquée. – Hachette littératures, 1998. – 333 p.. – (Pluriel). – ISBN 978-2-012-79052-0 : 7,60 euros.

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