Acide sulfurique ** d’Amélie Nothomb (2005)

30.09
2005

cop. Albin Michel

Huis clos entre victimes et bourreaux

Un jour, Pannonique, étudiante à la beauté sidérante, est raflée comme tant d’autres anonymes au Jardin des Plantes. Dès cet instant, elle deviendra désormais la victime d’une nouvelle émission de télé-réalité, Concentration, et la cible de millions de regards. Comme son nom l’indique, le principe de l’émission est très simple : les personnes raflées ont été divisées en deux camps, les bourreaux ou « kapo » et les prisonniers appelés par leur matricule, et chaque matin, les premiers désignent ceux qui parmi les seconds vont rejoindre la file des exterminés. Chacun, très vite, s’identifie à son personnage jusqu’à oublier les caméras, tous exceptée CKZ 114, de son vrai nom Pannonique, qui semble personnifier le Bien, la dignité humaine, qui attire le Mal incarné en le kapo Zdena…

Certes, Amélie Nothomb n’invente rien en exploitant jusqu’à son paroxysme le voyeurisme malsain mis en exergue par les télé-réalités, et ce tout en créant une distance entre son héroïne (et narratrice) et la monstruosité des relations humaines. Foin d’ailleurs des descriptions, des effets de style, d’un dénouement vraisemblable, ici pas de plaisir du texte, l’intérêt réside ailleurs : pour Amélie Nothomb, la forme dialoguée est reine car elle permet de dire, de remplir chaque parole, parole pour autrui, car elle vouvoie ou tutoie, car elle nomme les êtres et les choses. Jamais démonstration aussi habile n’avait été faite de ce que parler veut dire dans ses précédents romans. Car ici, dans ce camp de concentration où se joue la dignité humaine, dire, nommer, prend tout son sens.

NOTHOMB, Amélie. – Acide sulfurique. – Albin Michel, 2005. – 192 p.. – ISBN : 2-226-1672-6 : 15,90 €.
Lisible en 1h30.
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1 Reponse to “Acide sulfurique ** d’Amélie Nothomb (2005)”

  1. Alain dit :

    Un court extrait

    A la revue matinale, Pannonique vit le kapo Marko ramener la fillette. Elle sourit à la petite qui avait une mine de déterrée.
    Puis le Kapo Jan vint sélectionner les condamnés du jour : normalement, il passait en revue l’effectif et jugeait qui méritait de mourir ; cette fois, sans hésitation, il sortit du rang ZHF 911 et PFX 150.
    Un frémissement parcourut l’assemblée. On avait beau avoir l’habitude du mal, la condamnation d’un enfant, c’était autre chose. On ne parvint même pas à se réjouir d’être enfin débarrassé de la vieille.
    On entendit pour la première fois la voix de ZHF 911, qui résonnait toujours à mi-chemin entre le grincement et le ricanement.
    - Les extrêmes s’attirent, on dirait.
    Il lui était égal de mourir.
    PFX 150, elle, resta abasourdie de silence.
    On dut la pousser pour la faire marcher.

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