300 contes pour solde de tout compte ** de Jacques Sternberg (2002)

27.09
2005


La culture :

« Il avait une soif de connaissances tellement dévorante qu’il ne pouvait pas acheter un kilo de tomates sans avoir potassé l’évolution de la tomate à travers l’univers et les siècles. »

300 contes pour solde de tout compte, un titre ô combien adéquat puisqu’il s’agit du dernier livre publié par Jacques Sternberg, qui s’éteindra quatre ans plus tard, un mercredi 11 octobre 2006, à l’âge de 83 ans. Comme dans son œuvre, il aura achevé sa vie sur une note d’humour noir, d’abord en mourant d’un cancer du poumon alors qu’il avait arrêté de fumer depuis 20 ans, ensuite en choisissant de se faire incinérer… Ses cendres sont déposées au cimetière du Père Lachaise.

On comprend mieux pourquoi son quatorzième et dernier recueil fait la part belle au cynisme et à l’humour noir, omniprésents même dans ses quelques 17 récits fantastiques et 19 de science-fiction qui le composent, ou encore érotiques.

Comme toujours, Jacques Sternberg se refuse à tout réalisme topographique, onomastique et à toute psychologie individualisée. Pas de patronyme donc, pas d’épaisseur psychologique des personnages. Il emploie presque toujours la troisième personne du singulier, la plupart du temps masculine, et féminine une quinzaine de fois, pour s’en moquer tout autant ou pour en louer les atouts de séduction.

Comme toujours aussi, ses textes brefs relatent un événement particulier, qui apparaît souvent comme le résultat explicite d’un choix dans un large éventail des possibles. Jacques Sternberg épure l’intrigue du récit par une technique du raccourci qui rendent plus percutantes encore ses attaques contre la société actuelle qui l’écœure, mais aussi contre le monde de l’édition.

D’ailleurs, plus que dans tout autre ouvrage, Sternberg s’attarde ici beaucoup sur ce qui le préoccupe personnellement, soit sur la non-reconnaissance dans le monde de l’édition, sur les affres de l’écriture, sur la difficulté à être connu, et puis sur la maladie, la vieillesse et plus que tout, sur la mort.

Les récits que j’ai le plus appréciés :

L’Auteur, La Certitude, Les Chiffres, La Culture, Le Déclin, La Fascination, L’Essayiste, L’Indifférent, L’Exergue, La Rue

La certitude :

« Sa vitalité (…), son inconséquence également, lui avaient permis d’avoir une existence pleine de détours passionnés, d’élans irréfléchis (…), mais comme sa lucidité ne l’avait jamais quitté, il ne put jamais oublier que la vie n’était jamais que le seul raccourci d’un rien terrifiant à un autre. » (citation tronquée pour ne pas dépasser quelques lignes – cf droits)

A déguster lentement, mais sûrement : deux minutes suffisent pour lire l’un de ces contes qui peuvent faire deux lignes comme une page, mais combien de temps ensuite la plupart restent gravés dans l’esprit !

STERNBERG, Jacques. – 300 contes pour solde de tout compte. – Paris : Manitoba / Les Belles Lettres, 2002. – 318 p. : couv. ill. en coul.. – (« Le grand cabinet noir »). – ISBN 2-251-77168-9 : 20 euros.

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